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22/12/2011

Enfin un autre son de cloche dans un journal français!

Côte d'Ivoire : coup d'Etat contre Laurent Gbagbo ?

 
Jeudi 22 Décembre 2011-Marianne-par Alain Léauthier
 

Un coup d’État contre Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire ? Jusqu’à présent la thèse prospérait surtout dans les milieux proches du président déchu, désormais entre les mains de la Cour pénale internationale CPI), et dans quelques cercles panafricanistes dont l’audience dépasse rarement les réunions de la gauche radicale. Elle fait aujourd’hui l’objet d’un livre réclamé par un nombre croissant de libraires, du moins en France, puisqu’il semble en revanche quasiment introuvable à Abidjan.

 

Côte d'Ivoire : coup d'Etat contre Laurent Gbagbo ?Au terme d’une enquête de plusieurs mois, le journaliste franco-camerounais Charles Onana entend démontrer que la chute de Laurent Gbagbo était programmée de longue date : par Paris, par certains chefs d’État voisins étroitement liés à la France, notamment Blaise Campaoré, le président burkinabé peu réputé pour sa fibre démocratique, et enfin par les ex-rebelles du Nord sur lesquels Alassane Ouattara s’est appuyé pour prendre le pouvoir. À ceux qui lui reprocheront une vision trop « complotiste », Onana rétorque qu’il ne s’agit pas en l’occurrence d’une vulgaire barbouzerie, comme l’Afrique en a connu tant, mais d’une option d’État : un président trop indépendant à la tête d’un pays considéré, à bien des égards, comme stratégique, gênait. Il fallait donc le « dégager ».

Auteur de plusieurs ouvrages sur l’Afrique et notamment le Rwanda et la RDC (Congo-Kinshasa), le journaliste ne nourrissait aucun préjugé particulier à l’égard des divers acteurs du drame. S’il attaque durement la France dans le cas ivoirien, il a refusé d’enfiler les patins de la pensée unique lors du génocide rwandais et, ainsi n’assimile-t-il pas le rôle de l’armée française à celui de la Wehrmacht.

 

Le livre décortique plusieurs épisodes troublants des relations franco-ivoiriennes et dresse un portrait très à charge contre le nouveau maître de la Côte d’Ivoire. Alassane Ouattara y est croqué sous les traits d’un opportuniste, intrigant et cynique, prêt à toutes les alliances pour parvenir à ses fins. On peut ne pas adhérer à l’ensemble mais l’ouvrage d’Onana a le mérite d’éclairer différemment la crise ivoirienne dont les racines remontent  aux lendemains de l’indépendance.

Il paraît au moment où la victoire militaire de Ouattara, acquise uniquement grâce à l’intervention de la France, se double d’un triomphe politique aux élections législatives qui se sont tenues le 11 décembre dernier. Avec 127 députés sur 255, le Rassemblement des Républicains de Côte d’Ivoire (RDR), son parti, obtient la majorité absolue dans la nouvelle Assemblée et pourrait le cas échéant se passer de l’aide du PDCI, le vieux parti houphouëtiste d’Henri Konan Bédié, son allié à la présidentielle. Ce peut être une source de tension. Il y a en bien d’autres dans le pays. Le 19 décembre, plusieurs civils ont ainsi été abattus par des membres des FRCI, le nouveau nom donné aux ex-forces rebelles, dans une commune de l’ouest du pays.

 

Après les massacres à grande échelle commis par les ex-rebelles lors de leur offensive au mois d’avril dernier, la région n’a toujours pas retrouvé la paix. Et en dépit de promesses répétées, Alassane Ouattara n’a toujours pas validé l’arrestation de ceux de ses anciens alliés qui se seraient rendus coupables de crimes de guerre. La lecture du livre d’Onana tombe donc à point nommé pour mieux comprendre le parcours et les motivations de celui qui rendra visite à son ami Nicolas Sarkozy au début de l’an prochain. Marianne2 vous propose de larges extraits de deux chapitres.

 

Le 6 novembre 2004, deux avions Sukhoï 25 appartenant aux forces armées ivoiriennes (FANCI) et pilotés par des mercenaires biélorusses bombardent le camp militaire français du lycée Descartes à Bouaké causant la mort de neuf soldats français et d’un civil américain. Trente-huit soldats français seront également blessés au cours de cette attaque. À Paris, on accuse immédiatement le chef de l’Etat ivoirien, Laurent Gbagbo, d’être à l’origine de cet acte criminel.

 

Une décision du président Jacques Chirac est aussitôt transmise par Michèle Alliot-Marie au chef d’état-major des armées, le général Henri Bentegeat, l’autorisant à détruire l’aviation ivoirienne. Peu après, deux MI 24 et deux Sukhoï 25 sont rendus inopérants. Tout laisse croire à cet instant que la riposte française est légitime. Simplement, un problème se pose. Au lieu de rechercher les auteurs de l’attaque contre les soldats français afin de les mettre à la disposition de la justice, les autorités françaises les laissent s’enfuir vers le Togo puis hors d’Afrique.

 

Dans la période qui précède le bombardement, la Côte d’Ivoire est coupée en deux. Toute la partie nord du pays se trouve sous le contrôle des forces rebelles pro-Ouattara. Le Sud, incluant Abidjan, est la seule zone placée sous l’autorité des forces gouvernementales. Entre les deux, il y a ce qu’on qualifie de « zone de confiance », placée sous le contrôle de l’armée française. Malgré ce grave problème de partition de fait du pays et d’occupation illégale d’une partie du territoire par les rebelles, « la communauté internationale », c’est-à-dire essentiellement pour l’occasion les États-Unis et la France, presse néanmoins Laurent Gbagbo dont le mandat arrive à expiration d’organiser les élections présidentielles en 2005. (…)

 

L’accord d’Accra III du 30 juillet 2004 exige pourtant que les rebelles procèdent au désarment au plus tard le 15 octobre de la même année. Lorsque la date butoir arrive, les rebelles d’Alassane Ouattara ne sont ni blâmés ni sanctionnés pour non respect de leurs engagements. Laurent Gbagbo comprend alors qu’il n’a plus le choix. Le président choisit de reconquérir militairement le Nord du pays devenu un bastion des forces rebelles.

 

Le 2 novembre 2004, le colonel Mangou qui dirige les opérations des forces gouvernementales sur le terrain, informe un officier supérieur français de l’imminence d’une offensive contre les rebelles.

 

Dans la même journée, on assiste à un déploiement des avions Soukhoï 25 à l’aéroport de Yamoussoukro. À quelques pas de là, un avion Antonov 12 immatriculé TU VMA procède au déchargement du matériel de combat. Il effectue plusieurs rotations entre Abidjan et Yamoussoukro pour livrer des armes et des munitions aux soldats de l’armée ivoirienne. C’est alors que l’ambassadeur de France en Côte d’Ivoire, Monsieur Gildas Le Lidec, et le général de la force Licorne, Henri Poncet, décident de se rendre chez le président Gbagbo pour essayer de le dissuader de mener cette offensive contre les rebelles. Ils essuient un refus : le chef de l’Etat ivoirien n’a pas l’intention de reculer. Le lendemain, 3 novembre vers 11h15, peu après le conseil des ministres à Paris, le président Jacques Chirac, déjà informé, téléphone directement au président Laurent Gbagbo pour le mettre en garde contre le risque d’incidents graves entre les troupes ivoiriennes FANCI et les forces françaises de la Licorne. 

 

Mécontent de la fermeté qu’affiche son homologue Laurent Gbagbo, le président Chirac élève la voix oubliant vite que son interlocuteur est attentif à la fois à la forme et au contenu de son propos. Soudain, le président Gbagbo, qui l’écoute depuis un moment, l’interrompt et lui dit que sa décision de lancer l’offensive est déjà prise, qu’il souhaitait simplement l’en informer. Il raccroche le combiné. Le président Gbagbo explique : « Après cet échange avec Jacques Chirac, nous avons décidé de conduire l’attaque contre les rebelles avant la date effective afin que la France ne puisse pas réagir contre notre initiative militaire »

 

Pourtant, quelques jours avant l’offensive de l’armée ivoirienne, les officiers français étaient déjà au courant, du fait des indiscrétions des officiers ivoiriens, des préparatifs de l’attaque contre les rebelles  (….)

 

Dans la matinée du 4 novembre 2004, l’offensive est donc lancée contre les rebelles. Elle porte exclusivement sur des objectifs militaires des Forces Armées des Forces Nouvelles situés dans la région de Bouaké.

 

Le lendemain, l’offensive ivoirienne se poursuit dans la zone des rebelles. Les Sukoï 25 et les MI 24 pilonnent les positions militaires rebelles. Un rapport confidentiel de l’ONUCI daté du 9 novembre 2004 souligne que les bombardements de l’armée ivoirienne ont atteint des cibles militaires. Selon des sources proches de l’ONUCI, « il suffisait d’un jour supplémentaire de bombardements de l’armée ivoirienne et la rébellion du Nord aurait été complètement anéantie ». Cette perspective était inacceptable pour l’Élysée.

 

C’est dans ce contexte de tension et de parti pris politique que survient l’attaque contre le cantonnement français le 6 novembre 2004 à Bouaké. 

 

Qui a donné l’ordre de bombarder le camp français de Bouaké et dans quel objectif ? Selon les informations en notre possession, le président Laurent Gbagbo semble n’avoir pas même été informé de ce qui allait réellement se produire ce jour-là (….) Le bombardement du camp français fut un acte délibéré et fortement suggéré aux pilotes mercenaires pour incriminer monsieur Gbagbo. Dans quel intérêt Laurent Gbagbo, qui cherchait des voies d’apaisement avec la France, aurait-il poussé ses soldats à commettre un tel acte contre des militaires français ? Il est évident que même un piètre sous-officier rongé par la mégalomanie n’aurait jamais envisagé de bombarder un campement de soldats français à ce moment-là.

 

Le général Poncet, contrairement à ce qu’il a avancé un temps dans la presse, sait qui a donné l’ordre de tirer sur le lycée Descartes à Bouaké.

 

Revenons sur le déroulement des faits et l’on comprendra davantage l’étrange attitude des autorités françaises. Dès le 2 novembre 2004, lorsque les Sukhoï 25 arrivent à l’aéroport de Yamoussoukro, un détachement de recherche du 2ème régiment de Hussards reçoit l’ordre de les surveiller. Deux équipes, se relayant chaque jour, auront ainsi les yeux rivés sur le tarmac. Elles notent, filment et relèvent tous les détails susceptibles de fournir des indications sur les actions des Sukhoï 25. Les Français réussissent même à photographier les pilotes des Sukhoï 25 ainsi qu’une partie du personnel navigant. Toutes ces données sont envoyées au bureau de renseignement G2 du PCIAT (Poste de Commandement Interarmées de Théâtre) à Abidjan. Les mêmes informations sont également transmises au bureau du chef d’état-major des armées à Paris ainsi qu’à la DGSE (Direction Générale de la Sécurité Extérieure) et à la DRM (Direction du Renseignement Militaire). Nul ne peut donc prétendre que l’information n’est pas disponible sur les Sukhoï 25 et sur leur personnel. 

 

Lorsque l’attaque est achevée, la première décision qui vient de Paris est la destruction des Sukhoï 25 et pas une demande d’arrestation du commando qui vient de liquider les militaires français et d’en blesser d’autres. D’ailleurs, l’ordre de destruction des Sukhoï ivoiriens a été diversement apprécié au sein de la Force Licorne.

 

Dans la tension et la confusion qui règnent autour de la mort des soldats français à Bouaké, certains officiers se rendent vite compte, à leur grand étonnement, que le pouvoir politique n’est pas très intéressé de voir une enquête s’ouvrir sur cette attaque particulièrement brutale.

Le lendemain, 7 novembre, le général Poncet et ses hommes arrêtent neuf ressortissants ukrainiens, quatre ressortissants biélorusses et deux ressortissants russes. Au total, quinze personnes suspectes sont immédiatement placées en rétention dans un hangar par les militaires français. 

 

Alors qu’un gendarme du commandement des opérations spéciales tente, avec quelques militaires, de les interroger pour en savoir davantage sur leur responsabilité éventuelle dans le bombardement contre le lycée Descartes, un ordre venant du Quai d’Orsay exige la libération immédiate des mercenaires slaves détenus par les Français. « Pour demander l’extradition de ces ressortissants, il aurait fallu qu’un mandat international soit délivré. Cela n’a pas été le cas. A l’époque, nous n’avions aucun élément de preuve, les photos par exemple n’étaient pas déterminantes. Nous n’avions donc rien à leur reprocher » expliquera le ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie. Ses propos font bondir les experts et certains militaires (…)

 

Prétendre que la France avait besoin d’un mandat d’arrêt international pour procéder à l’arrestation des suspects n’est pas totalement exact car la loi du 14 avril 2003 réprimant l’activité des mercenaires offrait une singulière opportunité d’auditionner ces personnes qui avaient, pour certaines, participé au transport de munitions de l’avion Antonov 12 et pour d’autres, des liens avec les pilotes des Sukhoï 25. En outre, affirmer qu’il n’y avait rien à leur reprocher signifie au moins que les informations accumulées par les militaires et les services de renseignements français étaient sans intérêt, au plus qu’elles n’avaient aucun lien avec le bombardement de Bouaké.

 

Le 11 novembre 2004, à la demande expresse de l’ambassadeur de France, les Français remettent, sans trop renâcler, les quinze mercenaires aux autorités consulaires russes. Après cet épisode particulièrement confus, les autorités françaises s’illustrent à nouveau en laissant, cette fois, les pilotes du Sukhoï 25 s’évader. Que s’est-il passé ? Quelques jours après le bombardement, les auteurs s’éclipsent clandestinement vers le Togo, pays voisin de la Côte d’Ivoire. Au cours d’un contrôle routier à la frontière du Ghana et du Togo, ils sont arrêtés à bord d’un car par les forces de police togolaises (…)

 

Au vu des éléments, le ministre de l’Intérieur togolais, qui remarque la fébrilité des services de renseignement français à l’annonce des ces arrestations, cherche à comprendre pourquoi la France ne s’empresse pas d’exiger l’extradition des suspects biélorusses afin que la justice française fasse la lumière au plus vite sur cette étrange affaire. Ne voyant rien venir, les autorités togolaises se lassent de garder indéfiniment les Biélorusses en prison.

 

Selon certains observateurs, le comportement des autorités françaises dans ce dossier est plus que troublant. Elles vont d’ailleurs multiplier à l’infini les obstacles au travail des juges. Ceci nous a été confirmé par la juge Brigitte Raynaud qui était chargée, dès le début, du dossier (…)

 

La première personne qui ne montre pas une franche détermination à connaître les auteurs et les commanditaires de l’attaque du lycée Descartes est bien la ministre Michèle Alliot-Marie.

 

Pourquoi la ministre, Michèle Alliot-Marie, a-t-elle laissé s’évader les auteurs du bombardement de Bouaké alors qu’ils étaient arrêtés par les autorités togolaises et mis à la disposition des autorités françaises ? Pourquoi n’a-t-elle pas facilité le travail de la justice française alors que celle-ci était disposée à tirer cette affaire au clair ? Pourquoi avoir refusé de faire une autopsie des corps des militaires pour aider la justice à démasquer éventuellement le président Gbagbo ? Pourquoi avoir inversé les corps des soldats dans les cercueils au point d’ajouter à la douleur des familles, un traumatisme inutile ? Pourquoi ne veut-on pas connaître qui a ordonné le bombardement de Bouaké ? Pourquoi l’Elysée n’a jamais encouragé la déclassification de tous les documents demandés par les juges s’il n’y a rien à craindre de son côté ?

 

 A qui la vérité sur cette affaire pose réellement problème ? Il faut avouer que ce n’est certainement pas au président Laurent Gbagbo. Il nous a confié : « Nous ne savons pas dans quelles circonstances précises les neuf Français ont trouvé la mort. L’ambassadeur de France en Côte d’Ivoire, Monsieur Le Lidec m’avait téléphoné pour m’annoncer que les Biélorusses avaient été arrêtés à Abidjan par les militaires français. J’étais donc très heureux de savoir qu’ils étaient aux arrêts et surtout que la vérité allait éclater. Nous avons cru que nous allions savoir pourquoi les soldats français avaient été tués et qui avait donné l’ordre de commettre un tel acte. J’ai finalement appris qu’ils avaient été libérés par les Français et nous n’avons jamais reçu le moindre procès-verbal d’audition les concernant ni des éléments d’une enquête préliminaire sur leur arrestation en Côte d’Ivoire. J’ai par la suite appris qu’ils avaient été arrêtés au Togo et que le ministre de l’Intérieur du Togo les avait entendus. Ce dernier aurait essayé en vain de joindre les ministres français de la Défense et de l’Intérieur pour obtenir l’extradition des suspects biélorusses. Jusqu’ici, nous ne savons toujours pas qui a tué les soldats français ni pourquoi ils ont été tués. Ceci signifie qu’on peut formuler des hypothèses sur cette affaire ».

 

marianne2.fr

20:07 Écrit par Shlomit | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bouaké, alliot-marie, sukoï, mangou, poncet, chirac | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | Pin it! | | |

10/11/2011

Le bombardement de Bouaké, une «bavure manipulée»?

6 novembre 2011

 

Par Alexandre François

MEDIAPART

 

Un des Sukhoï détruit par les Français.© (dr)

Un des Sukhoï détruit par les Français.C'était le 6 novembre 2004, au quatrième jour de l'offensive des troupes du président Laurent Gbagbo contre les positions rebelles de Guillaume Soro. Deux avions de chasse Sukhoï ivoiriens, pilotés par des mercenaires biélorusses, survolent le lycée Descartes de Bouaké où les troupes françaises ont établi leur quartier général. A leur deuxième passage, ils lâchent leurs roquettes sur l'objectif, tuant neuf militaires français et un civil américain et blessant trente-huit autres soldats. A leur retour à l'aéroport de Yamoussoukro contrôlé par l'armée française, les pilotes se posent sans encombre. Leurs appareils sont détruits par des tirs de missiles français quelques minutes plus tard.

Le pilote sort de son SU-25 après le bombardement

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Les deux pilotes biélorusses, Barys Smahine et Youri Souchkine, regagnent Abidjan par la route où ils sont arrêtés avec une douzaine d'autres mercenaires slaves par des militaires du général Poncet, qui commande alors l'opération Licorne déployée en Côte d'Ivoire.

 

Ils sont interrogés pendant plusieurs jours avant d'être expédiés dans un bus, sans autre forme de procès, au Togo. Là, ils sont interceptés par les autorités du pays qui, pendant deux semaines, les gardent au frais, proposant à la France de les récupérer. Mais Paris n'en veut pas. De guerre lasse, les Togolais les renvoient en Biélorussie. Depuis lors, on a perdu leur trace.

 

Sept ans, jour pour jour, après ce bombardement, l'enquête du Tribunal aux armées de Paris (TAP) est en panne. Et Me Jean Balan, l'avocat de plusieurs familles de victimes, perd patience. « Tout s'est arrêté, s'emporte-t-il, dans une lettre ouverte. Aucun acte de procédure significatif n'a plus été effectué depuis un an et demi. » Me Balan réclame les auditions d'une dizaine de conseillers de Michèle Alliot-Marie, alors ministre de la défense, de l'ex-président ivoirien Laurent Gbagbo, aujourd'hui détenu par les troupes de son rival Alassane Ouattara, et de Robert Montoya, un ex-gendarme élyséen de Mitterrand, soupçonné d'avoir livré à la Côte d'Ivoire les deux avions ayant servi au bombardement et d'avoir exfiltré les mercenaires biélorusses.

 

L'avocat s'en prend à Alliot-Marie qu'il accuse d'avoir, «dès le début de l'affaire», cherché à «saboter l'action de la justice afin d'éviter, à tout prix, que la vérité ne soit connue». Et il conclut par cette grave accusation: «Des éléments du dossier laissent apparaître des pistes plus que troublantes. Par exemple, que le bombardement était voulu afin de créer une situation propice pour se débarrasser de Laurent Gbagbo.»

 

A entendre l'avocat, ce bombardement, où neuf soldats français ont péri, serait à classer dans les dossiers les plus obscurs de la Françafrique. A priori, les faits paraissent pourtant clairs. La quarantaine de témoins, militaires rescapés, interrogés au début de l'instruction par les juges au TAP, sont unanimes pour affirmer que l'attaque était intentionnelle et que les pilotes n'ont pu se tromper de cible après l'avoir survolée à deux reprises.

 

« Les pilotes savaient tout à fait où ils frappaient », affirme un spécialiste de la défense aérienne cité dans le dossier d'instruction. «Le premier Sukhoï était très bas. Je voyais même la tête du pilote qui regardait de droite et de gauche », raconte un autre rescapé interrogé. « L'avion s'est clairement positionné dans l'axe et nous a piqué dessus pour lâcher les roquettes sur les lieux de vie (le foyer) où nous étions tous regroupés. Car nous étions tous à l'ombre pour nous cacher un peu aussi », témoigne un autre survivant.

 

Devant l'attitude visiblement agressive des avions, les militaires français s'étaient mis à l'abri sous des auvents mais aucun d'entre eux ne se trouvait à l'intérieur même du foyer visé. Et pour cause, samedi 6 novembre 2004, ce lieu de rencontre et de repos était exceptionnellement fermé pour inventaire.

 

D'où l'étonnement et l'incompréhension de nombreux témoins et cette question: pourquoi les Sukhoï ivoiriens ont-ils visé un bâtiment qui n'avait aucun intérêt stratégique, de surcroît inoccupé ce jour-là ? «Comme si les bâtiments visés devaient être vides à un moment déterminé», note malicieusement l'avocat de la partie civile.

 

D'après un mercenaire français « engagé » aux côtés de l'armée gouvernementale, des officiers ivoiriens auraient été intoxiqués par «une source militaire française » sur la prétendue tenue d'une réunion des chefs rebelles le 6 novembre dans un bâtiment du lycée Descartes, le campement de Licorne à Bouaké. Cette thèse, avancée dans les heures qui avaient suivi l'attaque, a très vite été escamotée. Elle expliquerait pourquoi les mercenaires biélorusses ont visé le foyer avec autant de précision. Elle pourrait, peut-être, être confirmée par la plus haute autorité ivoirienne de l'époque, Laurent Gbagbo, l'ex-président. A condition que la justice française daigne venir l'interroger dans sa résidence surveillée de Korogho (nord de la Côte d'Ivoire).

 

La France a pris des risques insensés

 

Autre fait troublant, les corps des neuf soldats tués n'ont pas été autopsiés, ce qui est contraire à la loi française, soutient Me Balan. L'avocat explique que, dès le 7 novembre, on était dans le cadre d'une procédure de « délit flagrant » de nature criminelle. Sur ce point, la loi française est claire : en cas de crime supposé, l'autopsie est obligatoire. Les victimes ont été jetées « comme des bêtes », dira une mère, dans des sacs mortuaires placés dans des cercueils immédiatement plombés embarqués pour Paris sans que les honneurs militaires soient rendus devant les autorités locales.

 

Les parents n'ont jamais pu voir le corps de leur fils. « Ils n'étaient pas présentables », a rétorqué Alliot-Marie. Lors d'une première réunion de la juge avec les familles en 2005, une des mères, demandant à consulter le dossier de son fils, a fait une découverte sidérante : elle a constaté que le corps photographié avant la mise en bière n'était pas celui de son enfant. La juge a ordonné des exhumations et a découvert ainsi que deux dépouilles avaient été inversées. Plus choquant encore, des mères ont alors constaté que les corps avaient été jetés dans les sacs plastique tels qu'ils avaient été trouvés sur le terrain : couverts de sang, de poussière, vêtements déchirés, sans être lavés ni habillés.

 

Le 6 novembre 2004, dans les rangs de l'armée française, la stupéfaction fait vite place à la colère. Selon le dossier d'instruction, l'état-major du général Poncet attend les ordres de Paris. Ils arrivent aussitôt. Jacques Chirac ordonne la destruction de « tous les aéronefs ivoiriens », des Sukhoï et des hélicoptères de combat MI-24. Lors de son audition devant le tribunal aux armées, le 20 février 2008, le général Henri Poncet affirme avoir informé de l'attaque de Bouaké le chef d'état-major des armées (CEMA), le général Henri Bentegeat, un quart d'heure après les faits.

 

«Le général Bentegeat m'a alors demandé (...) si j'étais en mesure de détruire les avions dans le cadre d'une opération de rétorsion. Je lui ai répondu: “Oui, s'ils se posent à Yamoussoukro.”» «Que vous a répondu le général Bentegeat ?» a demandé la juge Michon. «Dans mon souvenir, il y a eu un petit temps de latence, le général Bentegeat étant sans doute en liaison directe avec l'Elysée, je pense avec le président en personne, puisque celui-ci est chef des armées et que le CEMA lui est directement subordonné. Ensuite le général Bentegeat a donné son feu vert pour la destruction des avions», s'est souvenu Poncet.

 

Cette décision aurait pu avoir de terribles conséquences sur les 3500 militaires français et la dizaine de milliers de ressortissants présents sur place. Elle témoigne d'un mépris certain pour la sécurité de tous ces expatriés dont la vie a été mise en danger. Le système d'alerte par îlots n'a pas pu être déclenché. Le général Poncet avait en effet massé toutes ses troupes le long de la ligne de démarcation entre loyalistes et rebelles. Le Bataillon d'infanterie de marine (Bima) près de l'aéroport d'Abidjan est alors quasiment désert. Les marmitons et les infirmiers doivent monter au feu.

 

A l'aéroport, seulement une dizaine de soldats gardent les deux Transall stationnés là. Ils ont placé un blindé en travers du portail d'entrée, reçu l'appui d'une vingtaine d'hommes et doivent repousser, vers 15 heures, un premier assaut ivoirien. Pour prendre le contrôle de l'aéroport, un objectif jugé crucial, le général Poncet prend tous les risques. Alors que la piste de l'aéroport est déjà en partie occupée par les « patriotes », trois Transall font un « touch and go » sur le tarmac pour y déposer, sans couper les moteurs, des renforts français.

 

Les combats sont extrêmement violents. On relève sept tués parmi les Ivoiriens et plusieurs blessés côté français. A 16h30 les deux derniers Sukhoï ivoiriens et deux hélicoptères MI-24 sont mis hors d'usage dans un hangar. A coups de hache car le stock de dizaines de tonnes de munitions entreposé près des avions pourrait faire sauter tout l'aéroport. Vers vingt heures, trois hélicoptères encore indemnes, qui stationnent dans l'enceinte de la résidence présidentielle de Yamoussoukro, sont bombardés.

 

Les mercenaires biélorusses escamotés

 

Chauffées à blanc par Blé Goudé, le « général de la rue » qui s'est installé devant les caméras de la télévision nationale, des dizaines de milliers de personnes déferlent dans les rues d'Abidjan à la nouvelle de la destruction de leur aviation nationale. Posté sur le toit de son ambassade, Gildas Le Lidec avoue n'avoir jamais vu une foule aussi nombreuse. Le soir, des hélicoptères français tirent à balles réelles sur la foule qui tente de franchir les deux ponts sur la lagune pour attaquer le bataillon d'infanterie marine (Bima) et le quartier français. Les renforts venant de Bouaké n'arrivent à Abidjan que le matin du 8 novembre après avoir forcé sur sa route plusieurs barrages, tuant sur leur passage plusieurs «patriotes». Le même scénario se reproduit pour la colonne qui vient de l'ouest du pays.

 

Dans les jours suivants, un pont aérien permet l'évacuation de milliers de Français. Il y aura beaucoup de destructions matérielles, mais aucun mort, ni blessé sérieux parmi les expatriés, seulement trois cas de viol faisant l'objet d'une plainte. Sous d'autres cieux africains, de tels événements se seraient terminés dans un bain de sang. Côté ivoirien, on dénombre une soixantaine de victimes, pour la plupart civiles.

 

Pendant qu'Abidjan est à feu et à sang, les pilotes biélorusses et la dizaine de mécaniciens qui les accompagnent ont regagné Abidjan. Ils sont arrêtés par des gendarmes et remis pendant quatre jours à des officiers des forces spéciales. Depuis, le compte-rendu de leurs auditions a été enseveli sous le secret-défense où elles reposent toujours.

 

A la fin de cette longue « garde à vue », on les prie de prendre la poudre d'escampette. Direction, le Togo où Robert Montoya, un ex-gendarme élyséen sous Mitterrand, reconverti dans « l'import-export », est chargé de les réceptionner. C'est lui qui a livré à Gbagbo les deux avions Sukhoï et leurs équipages, au vu et au su des militaires français stationnés à Lomé, la capitale togolaise. C'est donc un retour à l'envoyeur. Montoya dépêche sa secrétaire récupérer au poste frontière le minibus et son contenu de Biélorusses. Mais François Boko, alors ministre de l'intérieur du gouvernement togolais, ne l'entend pas de cette oreille. Il expliquera aux juges du TAP qu'il a tenté de réexpédier les mercenaires slaves aux autorités françaises qui, pendant dix jours, refuseront obstinément de les arrêter.

 

Michèle Alliot-Marie a affirmé que la France n'avait pas, à l'époque, d'informations suffisamment précises pour exiger de Boko qu'il garde prisonniers des mercenaires : « Les analyses et les recoupements, nous ne les avons eus qu'après, explique benoîtement la ministre de la Défense de Chirac au juge chargé de l'enquête, et ils n'ont conduit qu'à des présomptions que des pilotes pouvaient peut-être se trouver dans ce groupe. » Pourtant, le ministre de l'intérieur togolais se souvient d'avoir remis les photocopies des passeports des deux pilotes au représentant local de la DGSE dès leur arrestation au poste frontière : « Dix jours après, il a dit qu'il n'en voulait pas parce que Paris n'en voulait pas. » Pour les mercenaires slaves, c'est la fin de l'aventure ivoirienne. Ils sont embarqués dans un avion à destination de Moscou et s'évanouiront dans la nature.

 

Pourquoi a-t-on laissé ainsi filer les auteurs de neuf homicides commis contre des ressortissants français? Les arguments avancés par Paris pour justifier ce pataquès judiciaire sont d'une affligeante pauvreté.

La France ne connaissait pas l'identité des pilotes ? « L'équipage de l'avion Sukhoï n'a pas été identifié. Ses deux membres se sont enfuis », ose même répondre Michelle Alliot-Marie en réponse à une question d'un député UMP à l'Assemblée nationale, fin 2004. Le dossier d'instruction regorge pourtant de photos et de films sur leur activité du 2 (date de leur arrivée) au 6 novembre sur l'aéroport de Yamoussoukro et dans le ciel ivoirien. Une vraie cinémathèque.

 

Quelques témoignages : « Deux équipes ont été employées 24 heures sur 24 pour surveiller le tarmac dès l'arrivée des avions. Tout le personnel de type caucasien a été surveillé et photographié. Toutes les opérations aussi. Les équipages des Sukhoï ont été identifiés », affirme un militaire, Marc Beck, devant la juge. Un autre soldat, Xavier Alibaud, a établi neuf bulletins d'information sur l'activité des mercenaires à Yamoussoukro entre le 2 et le 6 novembre. «Ordre avait été donné de concentrer notre action de renseignement sur ces appareils, déclare-t-il. Cela devenait une priorité. Nous disposions de tout le matériel adéquat. Deux sous-dossiers vidéo contiennent les équipages à leur retour du bombardement du camp français. Je suis affirmatif sur ce point. Les avions n'étaient pas encore revenus à Yamoussoukro que nous savions déjà qu'ils avaient bombardé Bouaké.»

 

Cette dernière remarque contredit les affirmations de certains membres de la hiérarchie militaire qui soutiennent avoir été informés avec retard de l'attaque du camp français. Or, la radio interne de l'opération Licorne a donné l'information en live.

 

Le général Bentégeat a transmis l'ordre de détruire les Sukhoï mais «l'ordre n'a pas été donné d'aller récupérer les pilotes après qu'ils se sont posés », explique le colonel Destremau, patron du régiment bombardé à Bouaké. «Nous n'avons reçu aucune instruction pour récupérer les boîtes noires », ajoute-t-il. Dans une note adressée au commissaire Robin, patron de la brigade criminelle, Bentégeat écrit « qu'à sa connaissance, les Sukhoï n'avaient pas de boîtes noires. En tout cas, elles n'ont pas été récupérées ».

 

La France n'avait pas de moyens légaux de les inculper, a soutenu Alliot-Marie. Paris disposait pourtant d'un triple arsenal pour les traduire en justice. D'abord la loi Pelchat, datant du 14 avril 2003, qui réprime l'activité des mercenaires. Ensuite, l'article 65 du code de justice militaire prévoyant que sont justiciables du tribunal aux Armées tous auteurs ou complices d'une infraction contre les forces armées françaises. Enfin, l'article 113-7 du code pénal indique que la loi pénale française est applicable à tout crime commis par un étranger hors du territoire de la République lorsque la victime est de nationalité française. Quant à l'argument avancé un moment par Alliot-Marie de créer une crise diplomatique avec la Biélorussie, il touche le fond du ridicule.

 

L'action de la justice française entravée

 

En réalité, les Biélorusses ont été arrêtés pour la forme dans le but d'apaiser les protestations de militaires du rang qui avaient fait part à leur état-major de leur « rage » après la mort de leurs camarades. Au cours de l'un de ses interrogatoires devant la juge du TAP, le général Poncet lui-même n'a pas caché son incompréhension: « L'ordre m'a été donné de libérer la quinzaine de mercenaires slaves. Je n'avais pas du tout envie de lâcher ces personnes... Moi je ne demandais pas mieux que les mettre dans un avion pour les envoyer en France. »

 

Sept ans après ce tragique bombardement, les familles des soldats tués et les victimes attendent toujours un procès et une indemnisation. Pourtant, Brigitte Raynaud et Florence Michon, les deux juges qui se sont succédé jusqu'en 2010 au Tribunal aux armées pour instruire ce dossier, n'ont pas ménagé leur peine en auditionnant des centaines de personnes.

 

Depuis l'instruction est au point mort. Frédéric Digne, le dernier juge nommé, est souffrant depuis plusieurs mois. Depuis 2004, les autorités françaises ont sciemment multiplié les embûches pour empêcher la justice de faire son travail. En voici un listing non exhaustif :

- Le 6 novembre 2004, un représentant du ministère de la Justice dépêché à Bouaké veut informer le procureur de la République pour avoir des directives. Sa demande est refusée. Il faut attendre le 10 novembre pour qu'une enquête de flagrance soit ouverte et que la justice soit officiellement saisie. Entre-temps, les corps des victimes ont été rapatriés à Paris. De nombreux éléments de preuves ont disparu. D'autres sont ensevelis sous le « secret » et ne seront déclassifiés qu'à doses homéopathiques sous la pression des parties civiles.

- Dans le dossier, on ne trouve aucune trace du civil américain tué dans le bombardement et, à ce jour, son mystère reste entier. Quelques plaintes de parties civiles (les premières seront déposées à partir du 1er décembre 2004) ont disparu. C'est le cas d'une ressortissante ivoirienne, Mme Kouassi Amoin épouse Rolland.

- Il faut attendre le 14 décembre 2005 pour qu'une demande de mandat d'arrêt à l'encontre des deuxcopilotes ivoiriens des Sukhoï, Patrice Ouei et Ange Gnanduillet, soit transmise du juge d'instruction au procureur de la République. Le 19 juin 2006, le juge Blé Kokobo Nicolas, qui officie au tribunal militaire d'Abidjan, s'étonne que ces mandats d'arrêt ne soient pas parvenus en Côte d'Ivoire. Le 9 février 2006, soit plus de quinze mois après les faits, des mandats d'arrêt sont enfin délivrés contre les mercenaires biélorusses Youri Suchkine et Boris Smahine.

- Lorsqu'elle est remplacée par Florence Michon, Brigitte Raynaud, juge au Tribunal aux armées chargée de l'affaire de Bouaké, laisse une lettre testament à l'adresse de Michèle Alliot-Marie, son ministre de tutelle : « Je relève qu'à la fin de ma mission aucun renseignement ne m'a été fourni sur les raisons pour lesquelles les mercenaires et leurs complices, identifiés comme auteurs de ce crime, bien qu'arrêtés immédiatement ou dans les jours qui ont suivi les faits, avaient été libérés sur instruction ou avec le consentement des autorités françaises sans avoir été déférés à la justice. »

 

La juge a interrogé tous les plus hauts gradés de l'armée française (sauf Bentégeat) : les patrons de l'opération Licorne, Poncet et Thonier, celui de la DRM, Masson, le directeur de la DGSE, Pierre Brochant. Dans un même chœur unanime, ils affirment ne rien savoir sur l'audition des mercenaires slaves par les forces spéciales.

 

Il n'est pas exclu qu'ils disent la vérité et que l'opération Bouaké ait été décidée en tout petit comité élyséen. Dominique de Villepin, qui, depuis 2002, surveillait comme le lait sur le feu l'évolution de la crise ivoirienne, a été cuisiné pendant cinq heures par la juge du TAP. Conclusion de l'audition : il ne sait rien. A l'écouter, il connaîtrait à peine l'existence de la Côte d'Ivoire, note ironiquement l'avocat Jean Balan. « Son témoignage est un monument, ajoute-t-il, un exemple parfait de comment botter en touche avec talent sans donner l'impression de se moquer de la justice. »

 

Instruction en panne, dossiers toujours couverts par le secret-défense, mercenaires exfiltrés, témoins amnésiques: cette affaire du bombardement de Bouaké contient tous les ingrédients d'un mauvais polar françafricain. Le général Poncet, qui était aux premières loges, l'a qualifiée un jour de « bavure manipulée ».

 

Bavure, manipulation, encore faut-il s'accorder sur l'ordre des mots. La manipulation a-t-elle précédé la bavure ? De fausses informations ont-elles été données aux pilotes dans le but de discréditer Gbagbo et d'entraîner sa chute ? Pourquoi les plus hautes autorités de l'époque se sont acharnées à empêcher la manifestation de la vérité ? Et pourquoi, sept ans après, alors qu'il est aux arrêts dans l'attente d'une éventuelle traduction devant la Cour pénale internationale, après avoir été délogé de son bunker présidentiel par l'armée française, personne ne se soucie d'entendre Laurent Gbagbo, le « commanditaire présumé » de l'attaque de Bouaké?

 

14:54 Écrit par Shlomit | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bouaké, sukoï | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | Pin it! | | |