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04/10/2016

Ouattara perd sa sérénité


Alassane Ouattara « chez » Guillaume Kigbafori Soro. Comme jamais il ne l’avait fait depuis son entrée au Palais présidentiel en 2011. C’est la scène à laquelle les Ivoiriens vont assister ce 5 octobre 2016 à l’Assemblée nationale.
Le chef de l’Etat va défendre lui-même son projet de loi portant Constitution de Côte d’Ivoire. Ce 5 octobre, Ouattara ne sera pas dans un « peuple » aussi acquis qu’on pourrait le croire. C’est le terrain de Guillaume Soro. L’homme qui a pris les armes afin qu’il devienne, lui Ouattara, président de la Côte d’Ivoire. Et Soro a déjà fait savoir que Marcoussis n’a pas parlé de nouvelle Constitution mais de « révision constitutionnelle » et qu’il fallait s’en tenir à cela.
Soro a ses hommes à l’Assemblée nationale qui parient sur son avenir politique. Il n’est pas négociable pour ces parlementaires de laisser obstruer cette carrière par un projet de confiscation de pouvoir par le président du Rdr. Il s’agit de prouver, pour une fois, que le rêve de Ouattara a des limites. Bien que revêtant les couleurs du Rdr, ils ne jureraient que par Soro. Le président de l’Assemblée nationale n’a pas l’habitude de se renier. Voter « oui » ce texte signifierait renoncer aux recommandations de Linas-Marcoussis selon lesquelles il fallait une « révision constitutionnelle » et non une nouvelle Constitution. Par la même occasion, Soro renoncerait à la marche suivante de sa carrière, qui mène au Palais présidentiel. C’est pourquoi les tractations en cours, à l’Hémicycle, pour faire échouer Ouattara, lui font perdre sa sérénité.
Mais il n’y a pas que cette catégorie de députés issus du Rdr qui peuvent être improbables pour Ouattara. Il y en a également une bonne partie au Pdci. On se souvient qu’au début de ce projet, Maurice Kakou Guikahué, le secrétaire exécutif du Pdci-Rda, avait déclaré qu’il ne s’agissait pas de donner un chèque en blanc à quelqu’un pour s’éterniser au pouvoir par un troisième mandat. Cette position de Guikahué est largement partagée au sein du Pdci et de ses députés, ce, malgré le serment de fidélité d’Henri Konan Bédié à Alassane Ouattara. Le secrétaire exécutif du Pdci-Rda a touché là, un des dangers que représente le projet de Ouattara. Les écailles tombent des yeux, l’esprit critique tente de prendre le dessus. C’est dans cette ligne que s’inscrit la protestation de Nestor Koffi, membre du Bureau politique du Pdci-Rda disant dans les colonnes de votre quotidien (Le Temps) : « Ne touchez pas à notre Constitution ». Il y a donc de fortes chances que ceux qui cultivent cette position se coalisent contre Ouattara pour l’amener à retirer son texte. Il suffit pour cela d’en supprimer les dispositions majeures auxquelles il tient jalousement. De même, Ouattara ne peut pas compter entièrement sur le parti d’Albert Mabri Toikeusse, allié du Rdr dans le Rhdp, l'Union pour la démocratie et pour la paix en Côte d'Ivoire (Udpci). Car lundi 19 septembre 2016, dans la cour familiale à Kabacouma, à l’occasion d’une cérémonie commémorant l’assassinat de son géniteur, Francis Pédou Guéi, un des fils du Général Robert Guéi, président fondateur de l'Udpci s’est prononcé sur le projet de la nouvelle Constitution. Il s’y est opposé fermement en s’adressant à Mabri Toikeusse en ces termes : «L’Udpci a son mot à dire sur le référendum qui se prépare pour faire voter la nouvelle Constitution. L'Udpci ne peut pas rester bouche B devant le changement de la Constitution qui a été mise en place par le fondateur du parti. Si les responsables de l’Udpci demandent à voter cette nouvelle Constitution, c’est qu’ils veulent la deuxième mort de Robert Guéi. Parce que demander à changer l'actuelle Constitution, voter la nouvelle Constitution, c’est tuer Guéi 2 fois. » Et il va jusqu’à menacer en disant : «L'heure de prendre nos responsabilités à sonné…»
En plus, Ouattara doit se souvenir d’un précédent dans l’histoire de la Côte d’Ivoire moderne. Alors qu’il prévoyait d’accorder la double nationalité aux Libanais, Félix Houphouët-Boigny a essuyé le « niet » des députés. Et il a reculé sans complexe. Mais Houphouët et Ouattara éprouvent-ils le même degré de détachement relativement à leur projet ? Non ! Pour Ouattara, c’est à peu-près une question de vie et de mort. Il ne recevra la mauvaise nouvelle sans renifler ses larmes derrière un mouchoir. Or, Houphouët a pu certainement se dire aisément « au diable, ce projet ! ». Parce que, comme disait le Professeur Ouraga Obou, président du Comité d’Experts, si le projet de Constitution pour la troisième République n’est pas voté, le ciel ne nous tombera pas sur la tête. Il aurait pu ajouter : « Sauf sur celle de son auteur ». C’est pourquoi l’initiateur du projet court pour aller « au charbon » à l’Assemblée nationale pour soutenir son texte. Il aurait pu laisser son dauphin, Guillaume Soro, président de l’Assemblée nationale, faire ce travail pour lui auprès des députés. Il aurait pu le faire aux termes de l’article 57 de la Constitution qui stipule ceci : « Le Président de la République communique avec l'Assemblée nationale, soit directement, soit par des messages qu'il fait lire par le Président de l'Assemblée nationale, ces communications ne donnent lieu à aucun débat. » Mais que non ! Ouattara perd sa sérénité et débarque à l’Assemblée nationale pour faire du corps à corps. Pour parler à l’oreille des députés, comme à celle de Jean Ping.

Germain Séhoué
gs05895444@yahoo.fr
Germain Sehoué

20:28 Écrit par Shlomit | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | Pin it! | | |

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