Shlomit
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26/09/2016

Grève et riposte « sauvages »


Passe d’armes entre la ministre de l’Education nationale, Kandia Camara Kamissoko et le patron du Mouvement des instituteurs pour la défense de leurs droits (Midd), Mesmin Comoé. Au centre des flèches à têtes porteuses d’invectives, les cours du mercredi. Un arrêté ministériel les a réinstaurés. Cette décision a concentré contre elle la colère de bon nombre d’enseignants du primaire. Ces lignes, nous en sommes convaincu, ne suffiront pas à épuiser notre opinion personnelle sur la question. Nous l’avons tout même déjà exprimée dans les colonnes du journal que vous tenez entre les mains. Cette décision, à notre sens, est inopportune, parce que, au risque de nous répéter, elle offre le terreau fertile à des grèves…sauvages. Même si nous sommes d’avis que l’intention de la ministre n’est pas à blâmer. Bref, venons-en au choc des mots.

A la « grève sauvage » de Mesmin Comoé, Kandia Camara a promis « une riposte sauvage ». Et s’en est suivie la dérive langagière. « Les enfants de Mesmin Comoé étudient à l’étranger. Bien plus, il gagne 1 500 000 Fcfa par mois en qualité de vice-président de la Mugefci. Il a deux voitures : une Mercedes de classe « S » et une 4X4 de fabrication américaine. Il tient à assurer une meilleure formation à ses enfants, et il empêche les enfants des autres de bénéficier d’un apprentissage de qualité. C’est méchant ! C’est égoïste ! C’est inhumain ! » clashe la patronne de l’éducation nationale.

Autant nous trouvons peu hygiénique que Mesmin fasse sien le vocable « sauvage », incompatible avec le noble métier d’enseignant qu’il exerce, autant nous restons pantois devant la « riposte sauvage » promise par la ministre.

La raison est double. Ramener le débat aux avantages dont jouit Mesmin, c’est nier un droit fondamental inscrit dans la Constitution, le droit à la grève. Sans spéculer sur ses motivations, Kandia semble remettre en cause la licéité de la grève-ci. Si tel est le cas, il appartient à la ministre d’argumenter sa décision, sans jamais réduire le débat à un affrontement diamétral Mesmin-Kandia. Or, à la lecture de la réaction de la ministre, réaction du reste épidermique, on a le net sentiment qu’elle rumine une colère noire envers Mesmin Comoé, à travers sa citation, « cette grève sera la dernière pour Mesmin Comoé et ses sbires ». Hormis le langage impropre à la fonction ministérielle, Kandia s’offre le droit divin de régenter l’activité syndicale du Midd. Dans la droite ligne des méthodes du régime Ouattara. Où le biceps prend toujours le pas sur le débat d’idées. Dans la foulée, Kandia Camara annonce l’affectation de Mesmin Comoé à Minignan, à 80 km d’Odienné. Elle cède là à la vieille trouvaille des régimes Houphouët et Bédié. Pour punir un syndicaliste « récalcitrant », on l’affecte dans le septentrion du pays.

Derrière ces décisions, ils ne se rendent pas compte de l’affront fait aux nôtres, originaires de cette partie du pays. En donnant de leur milieu naturel, le repaire de prisonniers politiques, de syndicalistes aux idées volcaniques. En somme, ils font du Nord, un camp Boiro qui ne dit pas nom. Au demeurant, la levée de boucliers contre l’arrêté de Kandia pose la problématique de la fonction ministérielle. Jadis couronnement de la carrière administrative bien remplie, elle échoie depuis le coup d’Etat avorté contre Gbagbo, en septembre 2002, à des personnes dont la valeur ne dépasse pas toujours le seuil de la médiocrité. Des rebelles au niveau d’étude approximatif ont été ministres. Des militants zélés de partis politiques aussi.

Ne devient ministre que celui qui verse le plus dans les propos orduriers à l’égard de l’adversaire politique. Le système éducatif déjà grabataire dans les années 1990 est resté à l’image de cette donne politique. Résultat : il forme aujourd’hui au rabais. Le mal est profond. Et ne saurait être réglé par des cours du mercredi. La thérapie devrait être pluridimensionnelle : politique, sociétale, culturelle, etc. Faire des cours du mercredi, le remède miracle, c’est prescrire de la nivaquine contre un cancer. A jeudi prochain pour voir d’autres mots danser.

17:50 Écrit par Shlomit | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | Pin it! | | |

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