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01/09/2016

Reprise de la lente ronde des témoins

 au procès de Laurent Gbagbo, à La Haye

LE MONDE | | Par 


« Monsieur le juge-président, c’est une requête, j’insiste, je vous le demande, je souhaite continuer ma déposition en public »,
 plaidait un député ivoirien à la barre de la Cour pénale internationale (CPI), début juin 2016, s’opposant au huis clos décidé par les juges. Le procès de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé doit reprendre mardi 30 août. Mais cet épisode marque un tournant dans l’affaire. Déposant sous pseudonyme, le député avait été identifié sur les réseaux sociaux dès le début de son témoignage et, las des fuites, les juges décidaient d’interrompre la retransmission du procès sur Internet.

Dans un pays toujours aussi divisé, le procès de l’ancien chef d’Etat ivoirien fait l’objet de mille spéculations. Et, à chaque nouveau témoin protégé, le jeu des devinettes bat son plein. Mais, depuis juin, les Ivoiriens ne peuvent plus suivre en direct, depuis Abidjan, à 5 000 kilomètres de la salle d’audience, l’audition des témoins, désormais accessible en vidéo plusieurs semaines après leur déposition à La Haye.
L’ex-président et son ancien ministre répondent de « crimes contre l’humanité »commis entre décembre 2010 et avril 2011, lors des violences post électorales, qui, selon l’ONU, ont fait plus de 3 000 morts. Depuis l’ouverture de leur procès, il y a sept mois, seuls treize témoins sont venus déposer. Pour le substitut du procureur, Eric Mc Donald, Laurent Gbagbo aurait comploté pour « conserver le pouvoir à tout prix », créant, au sein même de l’appareil sécuritaire ivoirien, un réseau parallèle dédié.
Cinq mois de violences
Mais, jusqu’ici, pas de « smoking gun », comme on dit dans le jargon judiciaire international, pas de preuve infaillible. A moins qu’elle n’ait été révélée dans le secret du prétoire ? Parmi les témoins, plusieurs sont des victimes de la crise de 2010. Un homme blessé lors de la répression de la manifestation de décembre 2010 vers la Radio-Télévision ivoirienne ; un autre battu, assistant, impuissant, à la destruction d’une mosquée où il officiait ; une mère pleurant son fils après le bombardement du marché d’Abobo en mars 2011…
Pour compléter leur récit, un chercheur de l’organisation Human Rights Watch a dressé le théâtre de cinq mois de violences, dont personne ne conteste l’ampleur. Le cœur du procès est ailleurs : pour la défense, les forces ivoiriennes affrontaient les rebelles d’Alassane Ouattara. Pour le procureur, les civils étaient ciblés pour leur appartenance supposée à son clan.
A la barre, Sam l’Africain, chef d’un petit parti, affirme avoir vu les Jeunes patriotes de Charles Blé Goudé – accusé d’avoir mobilisé les foules contre les partisans d’Alassane Ouattara – recevoir des enveloppes de la présidence. Mais, drapé dans un boubou, le témoin joue les équilibristes, se défendant de toute traîtrise envers l’accusé, tout en veillant à ne pas froisser le pouvoir en place. « Ce n’est pas une tribune politique ! », doit rappeler le président, Cuno Tarfusser.

« Années de déchéance »
Sam l’Africain a fêté son retour en Côte d’Ivoire sous les « hourras » des partisans de M. Gbagbo, tandis qu’à La Haye Joël Kouadio N’Guessan, porte-parole du Rassemblement des républicains (RDR), le parti de l’actuel chef de l’Etat, lui succédait à la barre, dénonçant « les années de déchéance de la Côte d’Ivoire » sous Laurent Gbagbo.
Comme à chaque contre-interrogatoire, les avocats de M. Gbagbo pointent le rôle de la France. Elle avait pour mission « de dégager » Laurent Gbagbo, suggère Me Emmanuel Altit. « L’ONU a demandé à la France de rétablir la légalité constitutionnelle, rétorque Joël Kouadio N’Guessan, de détruire les armes » des fidèles de M. Gbagbo, tournées contre « la population civile ».
Mais, pour le témoin suivant, un officier de l'armée de M. Gbagbo, l’ONU et la France « ont fait sauter les verrous qui ont permis aux Forces nouvelles [la rébellion proche d’Alassane Ouattara] d’avancer » depuis le Nord jusqu’à Abidjan pour prendre le pouvoir et ont produit « le feu d’artifice du 11 avril » sur la présidence, forçant Laurent Gbagbo à la reddition.

Au rythme actuel du procès, il faudra encore quatre ans au procureur pour présenter ses 138 témoins, puis viendront ceux des accusés. Laurent Gbagbo aura alors passé près de treize ans en détention préventive, et pourrait bien y fêter ses 80 ans.
Le 22 juin, l’écrivain et politicien Bernard Dadié et l’ex-premier ministre du Togo Joseph Koffigoh lançaient une pétition pour sa libération.

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