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15/08/2016

L'attiéké dorénavant bénéficie de l'AOC


AVANT DE "LABELLISER" L'ATTIEKE, IL FAUT LE PRODUIRE. S'il y a un domaine dans lequel le gouvernement ivoirien est champion, c'est la communication conçue comme un attrape-nigauds et un instrument de diversion. L'on se souvient tous que le pays des Eléphants a connu une explosion du coût de l'attiéké, manifestement liée à une pénurie, il y a quelques mois. Dans ce contexte, un obscur organisateur de salons faisait le buzz en affirmant lors d'une conférence de presse que la Chine était devenue le premier producteur mondial d'attiéké. Des propos fantaisistes, non sourcés et non confirmés par les experts. 

Une chose est sûre, cet homme a donné des idées aux autorités de son pays, très soucieuses de donner l'impression de travailler, surtout à l'international. Le porte-parole du gouvernement, l'inénarrable Bruno Koné, est sorti du bois pour annoncer que le ministre de l'Industrie avait eu instruction «de prendre les dispositions nécessaires pour assurer la protection juridique internationale de (l’)appellation «attiéké» ainsi que du mode de production de cette denrée». Effet d'annonce à l'efficacité garantie. Les médias du monde entier en parlent.
Et pourtant, il s'agit là d'une initiative gadget qui ne servira qu'à engloutir l'argent du contribuable dans des commissions et des études budgétivores. 
Je m'explique. Les produits qui profitent de leurs appellations protégées sont des produits qui se vendent fortement à l'international et dans des circuits de distribution très formalisés, comme le champagne ou la fêta. L'attiéké se consomme surtout en Afrique et dans la diaspora, dans des circuits informels ou semi-informels. Qu'importe-t-il à la ménagère de Ouaga ou de Brazzaville de savoir que son attiéké a été "préparé" par la voisine d'à côté ou par une maman adjoukrou de Dabou. Pour elle, la preuve de l'attiéké, c'est qu'il se mange et a un goût d'attiéké.
Au lieu de perdre son temps, le gouvernement ivoirien gagnerait à adresser le vrai problème. Ce problème c'est la colonisation des terres arables du sud de la Côte d'Ivoire, qui alimente Abidjan, par des cultures de rente comme le palmier à huile et l'hévéa. Il faut pouvoir créer un cadre qui valorise le vivrier aux yeux des producteurs et rende plus efficaces les filières de transformation et de distribution de l'agro-alimentaire.
Tu veux protéger l'appelation attiéké, alors que ta production de manioc est menacée ??? Non mais allo quoi.
Théophile Kouamouo.

11:28 Écrit par Shlomit | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | Pin it! | | |

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