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11/08/2016

retour sur IB


#‎REZOPANACOM‬
IBRAHIM COULIBALY alias IB ou LA FIN TRAGIQUE D'UN MANIPULÉ
La mort tragique le 27 avril 2011 d’Ibrahim Coulibaly, plus connu sous le nom d’IB par les ivoiriens et appelé affectueusement MAJOR ou encore GÉNÉRAL par ses affidés, marque l’épilogue (ou le début d’une longue lutte fratricide et sanglante qui trouve ses origines dans le conflit de légitimité entre Guillaume Soro et lui,conflit qui fait suite à la tentative de coup d’état contre le président Gbagbo en septembre 2002.
IB qui n’avait pas revendiqué cette tentative de coup d’état, sans doute pour ne pas embarrasser son tuteur Blaise Compaoré sur qui pesaient de lourds soupçons de collusion avec ceux qu’on appelait alors les mutins, et sans doute aussi pour assurer les arrières de la rébellion, laissa Guillaume Soro occuper le devant de la scène médiatique et politique. Du vrai pain bénit pour l’ex-leader étudiant rompu aux joutes verbales qui devint rapidement l’interlocuteur privilégié des médias et des hommes politiques tant en Afrique qu’en Occident.
IB, craignant alors d’être marginalisé, n’appréciait pas cette situation et ses partisans qui avaient l’audace de lui être encore fidèles alors qu’ils étaient à Bouaké sous les ordres des hommes de Soro durent le payer de leur vie. Adams et Kass, pour ne citer que ceux-là, furent affreusement exécutés. C’était la guerre entre les partisans des deux leaders fin 2003-début 2004 alors que Soro, nommé ministre d’état, boycottant les conseils de ministres à Abidjan, demeurait dans son fief de Bouaké.
La France de Mme Alliot-Marie qui disait que « les soldats français sont en Côte d’Ivoire pour figer les lignes et provoquer une solution politique » voyait du coup que cette stratégie risquait d’être inopérante si une partie de ceux qui devaient œuvrer à cette solution politique était décimée, prit alors prétexte du fait que des banques, notamment celle de la BCEAO, étaient attaquées, peut-être même les a-t-elle provoquées ou encouragées, pour ordonner à ses soldats de prendre pied à Bouaké et dans toute la zone controlée par la rebellion où cela s’était produit.
Les observateurs avisés n’avaient pas été dupes malgré le brouillage volontaire des pistes opéré par Soro qui disait alors que : « Les soldats français sont à Bouaké pour sécuriser le quartier des banques, mais s’ils devaient outrepasser la mission qui leur a été confiée, on ne se laisserait pas faire ». Il savait qu’il venait de remporter une victoire décisive sur IB. Il en profita pour prendre le contrôle total de la situation grâce aux forces françaises qui réorganisèrent complètement ses troupes.
Mais IB était toujours à Ouaga et ses partisans qui avaient grâce leur discrétion échappé à la purge opérée, risquaient de l’y rejoindre car le Burkina restait un refuge pour les rebelles en disgrâce.
IB qui venait donc de perdre la guerre contre Soro était aussi devenu encombrant au Burkina Faso. Les accusations de déstabilisation dont ce pays était l’objet de la part des autorités ivoiriennes étaient devenues récurrentes à tel point que la France, par la voix de son ministre des affaires étrangères d'alors Dominique de Villepin dut reconnaître qu’il y avait des implications extérieures, sans toutefois aller plus loin.
Il était dès lors devenu urgent de l’éloigner d’abord du Burkina et de le contrôler ensuite pour l’empêcher de rejoindre le nord de la Côte D’Ivoire où les tensions entre ses partisans et ceux de Guillaume Soro pouvaient ressurgir et avoir raison de la rébellion, ruinant ainsi tout espoir d'un règlement de la crise ivoirienne conforme aux intérêts de la France. On lui délivra donc un visa pour la Belgique qu’il devait rejoindre en passant par la France, mais c’était un piège. Une fois arrivé en France, il fut accusé de fomenter un coup d’état dans lequel le président Gbagbo devait être assassiné et il fut arrêté. Le président Gbagbo remercia la France et déposa plainte avant de se rendre compte plus tard de la grossière mise en scène et de renoncer à toute poursuite.
Ce geste du président avait été interprêté comme le signe d'un rapprochement entre les deux hommes alors que ce dernier s'était simplement rendu compte de la manipulation. IB lui, s'en était-il rendu compte aussi ? Pas sûr.
L’objectif donc, comme il a été dit plus haut, était en réalité de l’éloigner du Burkina et de le contrôler ensuite car il détient de lourds secrets pour avoir été de tous les coups : le coup d’état 1999 contre le président Bédié, la tentative d’assassinat du Général Robert Guéï en 2000, la tentative de coup d’état contre le président Gbagbo de janvier 2001 et enfin celle de 2002 qui s’est muée en rébellion avec la partition du pays.
On retrouvera même IB dans une énième tentative de coup d’état avec le français Jean-Paul Ney qui connut les geôles de la MACA d’Abidjan. Et la question qu’on peut se poser est de savoir qui lui fournit toutes ces armes.
En effet, cette question est d’autant plus importante que quelques temps après le début de la crise postélectorale, on le retrouve dans le quartier nord d’Abidjan avec «un commando invisible» dont il serait là aussi intéressant de savoir comment il a été armé puisque toutes les voies qui mènent à la capitale économique étaient contrôlées par les Forces de Défense et de Sécurité fidèles au président Gbagbo. La recherche par l'ONUCI de charniers du côté de N’dotré aurait-il été un leurre pour remettre des armes à des soudards ? Toujours est-il que c’est cette armée invisible qui a tenu tête et harcelé pendant longtemps l’armée ivoirienne dans ce quartier d’Abidjan et fait fuir les populations par des combats intenses.
Une fois que l’objectif initial pour lequel il s’est tant investi, et qui était de porter Alassane Ouattara au pouvoir, a été atteint, on lui intime, à travers la presse, l'ordre de désarmer alors que, normalement, la question ne devait même pas se poser. Il a alors compris qu’on le lâchait et qu’on voulait en réalité se débarrasser de lui, d’où sa méfiance qui l’a conduit à ne pas déférer à la convocation à l’Hotel du Golf qui lui a été adressée par le Chef rebelle Ouattara. Ibrahim Coulibaly venait ainsi de signer son arrêt de mort qui, de toute façon, était devenue inéluctable car avec cette mort, c’est aussi un voile qu'on jette sur un pan de l’histoire de la rébellion.
Alexis Gnagno
J'ai écrit cet article le 30 avril 2011, soit trois jours après la mort d'Ibrahim Coulibaly sous les balles de ceux qui furent ses compagnons d'armes.

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