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02/08/2016

"A revoir" et non "au revoir" !

DEVOIR DE MÉMOIRE


« J’aime la France à laquelle je dois tout. J’aime la Côte d’Ivoire, partie intégrante du grand Empire français. C’est à la seule fin de servir la plus grande France, la France des 130 millions d’habitants, une et indivisible, que je brigue vos suffrages. Mon oncle est mort bravement au service de la France. C’est le même sang utérin qui coule dans mes veines. Bon sang ne peut mentir… »

(Profession de foi de Félix Houphouët, candidat aux élections du 21 octobre 1945 à la Constituante française, il avait alors 40 ans )
Voilà ce que fut l’homme. Et lorsqu’on dira que cet homme fut le pion de la France toute sa vie durant, il se trouvera des gens qui auront à redire. Lorsqu'on dira qu' Houphouët est est à l'origine des malheurs de lAfrique et particulièrement de la Côte d’Ivoire, il se trouvera des gens, par tribalisme incontrôlé ou par affinité politique ou idéologique irréfléchie, qui réagiront immoderement, à ce quils qualifient d'attaques gratuites contre la personne d Houphouët. Or, les faits sont là, intangibles. Les malheurs de notre pays et de toute l’Afrique dans leurs relations avec la France trouvent leurs racines dans cette profession de foi. Houphouët n'a jamais voulu de l'indépendance des Etats africains encore moins de leur souveraineté. De Gaulle qui comprit très tôt les dispositions psychologiques de l’homme de Yamoussoukro n’hésita pas à élever celui-ci au rang de ministre français autant de fois que de besoin. De fait, c’est à Houphouët qu’on confia dans la rédaction de la Constitution française aussi bien de 1946 (L’Union française) et de 1958 (La Communauté française) les chapitres relatifs à la place des colonies françaises dans l’Empire français. Naturellement, il n’était pas question d’indépendance comme le voulurent les Senghor, Modibo Kéita, Sékou Touré, mais d’élever les Africains au titre de citoyens français.
C’est donc avec beaucoup d’amertume qu’il accepta l’indépendance de notre pays que lui imposa De Gaulle dans la conjoncture internationale du moment. Aussi, là où Nkrumah, en tenue traditionnelle sur un podium public dressé en plein air proclama l’indépendance du Ghana en 1957, en disant à ses compatriotes, avec des larmes de bonheur, « A partir d’ aujourd’hui nous sommes libres pour toujours (We are free forever) », Houphouët, lui, en tenue européenne, proclama-t-il l’indépendance de son pays dans une salle de l’Assemblée territoriale en présence de représentants français à qui il dit : « Nous sommes indépendants, ce n’est pas un adieu. C’est un au revoir ». De fait, notre pays n’a jamais été véritablement indépendant mais a reçu une sorte d'autonomie tout en demeurant dans le giron français.
De Gaulle, pour justifier l’octroi de cette parodie d'indépendance, n’a-t-il pas dit :
« Si leur administration novice, leur économie naissante, leurs finances désorganisées, leur diplomatie tâtonnante, leur défense à ses débuts, (ces Etats) recouraient à elle (la France) pour s’établir, il faudrait s’y prêter» ?

C’est de cette vision de de Gaulle que découlèrent tous les accords de coopération militaire, technique et économique qui ont lié mains et pieds les Etats africains francophones à la France. C’est tout cela que nous sommes appelés en conscience à revoir pour tracer le chemin véritable de l’Afrique si nous voulons lui garantir son plein épanouissement.
(Extrait de mon livre COTE D'IVOIRE, MA PASSION.
Une expérience de foi en politique, L’Harmattan, Paris, 2014,pp. 253-255)
Lazare Koffi Koffi

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