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02/07/2016

Joël et le RDR

BONJOUR A TOUS


AU-DELÀ DE JOËL NGUESSAN, SON PARTI LE RDR.
Interrogé en tant que témoin de l'accusation à la Cour pénale internationale dans le procès du président Gbagbo et du ministre Charles Blé Goudé, Joël Nguessan, porte-parole du RDR s'est montré tantôt arrogant tantôt mal à l'aise, en conflit permanent avec la vérité, supportant difficilement la contradiction. Mais au-delà du personnage, il faut surtout voir son parti dont il aura montré dans sa relation de la crise ivoirienne  et dans son comportement, le vrai visage que nous allons voir ensemble ici.

En Côte d'Ivoire, le RDR, le parti que dirige encore Alassane Ouattara, en dépit des prescriptions de la loi qui stipule qu'on ne peut à la fois assumer la fonction de président de la république ( même usurpée) et un poste de président de parti politique, n'a jamais été un parti de débat. On le dit libéral mais son projet de société est un mystère. Et finalement, il ne reste à l'observateur que le programme de campagne présidentielle de son président Alassane Ouattara fait de promesses mirobolantes en tous genres. C'est ce qu'on a appelé en Côte d'Ivoire la pluie de milliards.
Ce parti a pourtant été créé parce que le PDCI refusait d'entendre ceux qui se présentaient alors comme des rénovateurs, et qui voulaient donc promouvoir des idées nouvelles. Mais il a été récupéré très vite par les initiateurs de la charte du NORD qui en ont fait un parti d'affrontements. Rappelons juste que la Charte du NORD a précédé de trois ans la création du RDR qui est né en 1994.
L'objectif de cette charte du Nord était d'installer Ouattara au pouvoir parce que, selon ses initiateurs, il ne devait pas être question, s'il réussissait sa mission de premier ministre d'Houhpouët-Boigny, que quelqu’un d'autre vienne " tirer les marrons du feu " à sa place. Et déjà à cette époque, un homme comme Lamine Diabaté, le mari d'Henriette Dagri Diabate ex-secrétaire générale du RDR, flattait l'instinct ethno-régional des nordistes qui ne devaient plus se laisser mépriser par les gens du sud et par le PDCI, selon lui.

Le RDR, né donc d'une revendication de débat, n'est pas devenu un parti de débat démocratique, mais plutôt un parti d'affrontements qui opère dans l'ombre, s'adressant à une partie des ivoiriens, dans les mosquées. Et cela avait été dénoncé par l'artiste ivoirienne Aïcha Koné pendant la campagne pour le référendum de juillet 2000 sur la constitution de la deuxième république. Alors que ce parti appelait officiellement à voter OUI, il donnait une autre position, qui était NON, à ses partisans et sympathisants sur les lieux de prière.
Le RDR né pourtant après la ré-instauration du multipartisme, fonctionne comme un parti clandestin qui a beaucoup abusé des tracts dans lesquels il était expliqué à des personnes le plus souvent analphabètes que Ouattara venait pour les sauver d'un isolement dans lequel elles seraient maintenus économiquement, politiquement et intellectuellement. Le RDR est donc finalement un parti de conditionnement de ses partisans et sympathisants, et cela à des fins de conquête violente du pouvoir.

En 1999, le président Henri Konan Bédié est victime de cette ambition violente. Il est victime d'un coup d'état à la réalisation duquel ont participé tous ceux qu'on retrouvera plus tard dans la tentative de coup d'État et la rébellion de 2002, qu'on retrouvera aussi dans la guerre postelectorale, et qui travaillent aujourd'hui avec Ouattara à des postes de responsabilité élevés.
En octobre 2000, Laurent Gbagbo est élu président de la république. Dès le 04 décembre 2000, le RDR défie le nouveau pouvoir en organisant un grand meeting au stade Houphouët-Boigny auquel les initiateurs ne viendront pas eux-mêmes parce qu'en réalité, l'objectif était juste de rassembler des partisans et sympathisants remontés et de les lâcher ensuite dans la ville d'Abidjan. Un détail parlant, aucun micro n'avait été prévu pour s'adresser à la foule car il n'y avait personne pour parler à cette foule. Et quand l'un de ces partisans hystériques, las d'attendre, posera la question a Ally Coulibaly de savoir ce qu'ils devaient faire, il lui répondra : " marchez dans la ville. ". Les conséquences de cette manipulation furent dramatiques.

Mais revenons un peu en arrière, plus précisément en octobre 2000, le RDR dont le candidat n'a pourtant pas participé à l'élection présidentielle, demande à ses partisans de descendre dans la rue. " Le pouvoir est dans la rue " leur dit-on. Il s'ensuit des troubles graves et un charnier est découvert dans la fôrêt de Banco. Le RDR instrumentalisera ce charnier avec l'aide des médias français, et notamment de la radio RFI. Mais le summun de la manipulation de l'opinion sera atteint par un documentaire du belge Benoit Scheuer " Côte d'Ivoire: poudrière identitaire" qui alimentera les débats.
Il faut dire que, alors que le RDR est un parti légal, ce document vidéo sera distribué sous le manteau à une catégorie d'ivoiriens, plus précisément à des musulmans du nord que ce parti voulait dresser contre le régime en place. Le président Gbagbo, voyant le danger de cette manipulation, demande alors de diffuser ce film sur la chaîne de la télévision publique et d'organiser un débat. Le RDR donnera son accord pour ce débat mais au dernier moment refusera d'y participer, parce qu'il n'est pas un parti de débat, parce qu'il n'est pas un parti qui aime le débat où il faut exposer ses idées. Il préfère l'obscurité à la lumière.

Même quand, pendant la campagne pour l'élection présidentielle de 2010, les candidats en lice au deuxième tour devaient débattre, le RDR cherchait le moyen de refuser le débat. Il trouvait par exemple que la durée de l'émission était trop longue.
Le RDR n'est donc pas pour le débat démocratique. Oui, il faut le préciser car il affectionne une autre forme de débat faite d'invectives, de menaces dans laquelle il cherche constamment à entraîner son contradicteur pour ne pas avoir à exposer sereinement ses idées, parce qu'il n'y a pas d'idées à faire valoir. D'ailleurs que peut-on retenir de ces cinq ans de règne comme idée centrale qui entraînerait les ivoiriens de sorte à créer une dynamique nationale ? Plus précisément, quand on évoque le RDR, à quoi pense-t-on immédiatement en termes de projet de société ? Même le mot émergence abondamment servi à ses partisans et sympathisants n'est pas une idée mais un slogan qu'ils sont invités à s'approprier sans être trop curieux sur la réalité d'un échec économique depuis longtemps consommé ? On ne sait pas ce que ce terme d'émergence ressassé à longueur de discours recouvre concrètement pour le citoyen. En 2020, comment se définira le citoyen " émergent " ? Bien malin qui pourrait y répondre avec certitude.

Le RDR n'est donc pas un parti d'idées et par conséquent pas un parti de débat, et encore moins de débat démocratique. On ne peut dès lors que comprendre les difficultés du témoin Joël Nguessan qui est le porte-parole de ce parti dont le secrétaire général Amadou Soumahoro n'avait pas hésité à dire que " ceux qui s'opposent à Ouattara vont au cimetière ".
Alexis Gnagno

23:10 Écrit par Shlomit | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | Pin it! | | |

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