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30/06/2016

Sidiki Bakaba, sans détours, à Ouattara : «La justice des vainqueurs est une infamie»

EXCLUSIF/Sidiki Bakaba, sans détours, à Ouattara : «La
justice des vainqueurs est une infamie»

Sidiki Bakaba a quitté la Côte d’Ivoire, à la suite de la «crise postélectorale», comme beaucoup d’Ivoiriens aujourd’hui, contraints à l’exil. «Rapatrié sanitaire», le 22 avril 2011 en France, après avoir été blessé devant la Résidence du Président Laurent Gbagbo et échappé de justesse à la mort, il est aujourd’hui poursuivi par le régime Ouattara, en raison de son soutien à Gbagbo, pour «violations des droits de l’Homme et des droits internationaux en juillet 2012» après qu’il ait dénoncé le «double jeu» des autorités ivoiriennes, qui feignent d’appeler à la réconciliation tout en persécutant les pro-Gbagbo, l’acteur, réalisateur, cinéaste et metteur en scène ivoirien s’ouvre à la presse ivoirienne, pour la première fois, depuis son départ en exil. C’est à Lg Infos qu’il a parlé, après un long silence. Son exil, ce qu’il prépare, son regard sur la mascarade contre le Président Gbagbo à la Cpi, sa foi en sa libération très prochaine…Et ses cinglantes vérités

à Ouattara dont il jette à la face : le caractère antidémocratique du régime, l’impossible réconciliation sans Gbagbo, la justice des vainqueurs en Côte d’Ivoire, «une infamie». Sans oublier Joël N’guessan, «un ennemi de la réconciliation» cloué qui a porté des accusations grotesques et sans fondements contre le cinéaste.
Sidiki Bakaba sans détours, tel qu’on le connait.

Que devient Sidiki Bakaba ?
Je prépare un long métrage fiction «Au bout du chemin», un scénario de Ayala Bakaba: c’est un message qui s’adresse à la jeunesse africaine, la jeunesse dont l’horizon est malmené par les crises politiques récurrentes qui plombent son avenir. C’est néanmoins un scénario qui propose des sorties aux conflits actuels avec pour objectif,
que de véritables démocraties offrent des potentialités de développements personnels, économiques, écologiques et artistiques car l’Afrique est riche, puissante et son heure arrive».

Comment allez-vous ?
- Je me porte très bien malgré des éclats d’obus encore dans mon corps et un Avc que j’ai combattu avec l’énergie que vous me connaissez!

Depuis un bon moment, on ne vous entend plus parler. Pourquoi ce long silence ?
- De quel silence parlez-vous ?

Je ne parle pas quand je n’ai pas quelque chose à dire qui mérite d’être entendue comme je le fais aujourd’hui.
Regardez alors la presse, et surtout l’interview que j’ai accordée au Bénin, en 2013, que vous trouverez sur Youtube.com : « Sidiki Bakaba raconte son histoire dans le bunker de Laurent Gbagbo ». C’est toujours d’actualité. Écoutez aussi sur Rfi, l’émission «En sol majeur», dont je vous envoie le lien et où je fais un petit tour d’horizon de mon parcours
artistique.

Avez-vous quelque chose à vous reprocher ?
- Et vous ? Je n’ai rien à me reprocher. C’est seulement mon combat pour la liberté et la justice qui me motive.
C’est çà que je peux me reprocher ?

On ne vous voit pas dans les marches de la diaspora pour réclamer la libération du Président Laurent Gbagbo ?
- Il y a mille et une façon de mener son combat, vous c’est en prenant votre crayon, moi, c’est en prenant ma caméra pour témoigner de mon temps tels que les
documentaires « Los palenqueros de Colombie » 2000, « Côte d’Ivoire terre d’espérance» en 2001, «La victoire aux mains nues» en 2004 et ces images que j’ai tournées, en avril 2011 qui auraient pu faire l’objet d’un documentaire si je n’avais pas été blessé devant la Résidence du Président Laurent Gbagbo et Dieu seul sait où se trouvent mes images. 

Avez-vous rencontré le Président Laurent Gbagbo à La Haye ?
- J’en ai fait la demande, mais elle n’a pas abouti.

Que faites-vous concrètement en tant qu’artiste pour sa libération ?
Je le dis haut et fort dans mes témoignages. Un artiste, ça ne se tait pas…

J’ai plutôt la réputation d’être grande gueule, mes oeuvres ne vous suffisent pas ? J’ai incarné Albouri, Toussaint Louverture, et témoigné par ma présence à la Résidence du Chef de l’Etat de mes convictions d’artiste engagé, pour la Souveraineté de mon pays, cela ne vous suffit pas ?

Comment voyez-vous l’issue du procès du Président Laurent Gbagbo ?
- Je ne suis pas un spécialiste ni un juriste mais j’attends plutôt que la vérité et la justice triomphent.

Pensez-vous qu’il sera libéré ?
- Oui

Êtes-vous d’avis de ceux qui parlent de procès politique ?
- Absolument, ce n’est pas un homme bon comme lui qui devrait être jugé à la Cour pénale internationale, mais plutôt ceux qui ont commis de vrais massacres de populations comme au Rwanda ou comme chez les Yézedis en Irak et en Syrie en ce moment ou comme en Côte d’Ivoire.

Un mot sur la Cour pénale internationale?
- J’espère que le droit sera dit et que le Président Laurent Gbagbo sera libéré comme tous les prisonniers politiques depuis 2011.

Certaines personnes soutiennent qu’elle est à la solde des grandes puissances pour punir les insoumis comme Laurent Gbagbo…
- Je crois que c’est plutôt l’Afrique qui est visée particulièrement.

A la demande des autorités judiciaires ivoiriennes, vous êtes convoqué en France le 6 juillet 2016 chez le juge d’instruction Emmanuelle Debos. Quels commentaires faites-vous ?
- C’est une ignominie du Pouvoir judiciaire en Côte d’Ivoire.

On vous accuse de meurtre, menace de mort, complicité de violence, atteinte à la liberté individuelle, faits prétendument survenus le 8 avril 2011…
- Cela ressemble étrangement aux charges reprochées au Président Laurent Gbagbo, au ministre Charles Blé Goudé et sans compter les Fds comme le Général Dogbo Blé et le Commandant Séka Séka.
Apparemment ils manquent d’imagination. Pourtant, je suis du Nord, n’est ce pas ?
Il n’y a pas de fumée sans feu…C’est vrai qu’ils ne m’ont pas achevé dans les broussailles, Heureusement que j’ai été sauvé par des militaires français qui respectent eux, les Droits de l’Homme.

Pourquoi dites-vous que ce sont des motifs parfaitement surréalistes ?
-
C’est parce que leurs accusations dépassent la fiction comme les photos que je vous envoie : c’est une méthode dont l’objectif est de criminaliser un homme avec de faux montages.

Dans un courrier adressé à l’Onu, vous dites être victime d’une véritable cabale dont l’objectif est de vous nuire et de nuire à votre famille au moment où vous réclamez auprès des autorités ivoiriennes, la reconnaissance de vos droits en tant qu’Ambassadeur de Côte d’Ivoire, nommé le 2 octobre 2010…
- Je n’ ai pas réclamé mes droits avant car je ne disposais pas des documents qui pouvaient me permettre de le faire après le pillage de mon domicile où j’ai perdu tous mes papiers dont mon
décret qui a été trouvé en 2011, par un ami devant mon domicile dans un tas d’ordures et que j’ai reçu en 2015. Aujourd’hui, je suis Ambassadeur de Côte d’Ivoire en exil.

L’Onu a-t-elle répondu à votre courrier ?
-
Pas encore.

Est-ce que l’Onu est-elle la bonne porte ?
-
Oui.

Pourquoi appelez-vous l’Onu au secours ?
- Je n’appelle pas l’Onu au secours, je demande que me soient reconnus mes droits et mon statut de victime de guerre ainsi que mon immunité diplomatique qui a été violée, lors des évènements d’avril 2011.

Que comptez-vous faire ?
-
Me présenter au tribunal de Grande Instance de Paris.

Joël N’guessan, porte-parole du Rdr, vous accuse de l’avoir menacé de mort avec un pistolet et d’avoir filmé une scène de tuerie. Qu’en est-il exactement ?
- J’ai fait un droit de réponse que je vous ai envoyé et vous pouvez le republier.

Monsieur Joël N’guessan m’accuse de l’avoir menacé de mort avec un pistolet et d’avoir filmé une scène de tuerie. Monsieur Joël N’guessan confond la réalité avec un scénario de très mauvais goût. Qu’il cherche à montrer les images où je l’ai menacé avec un pistolet, puisqu’il prétend que je l’ai filmé et que je lui ai mis un pistolet sur la tempe, puisque ma camera a certainement été retrouvée à la résidence présidentielle au matin du 11 avril 2011, où je gisais dans le coma. J’accuse monsieur Joël N’guessan d’être un ennemi de la réconciliation nationale en essayant de détruire mon nom. Il devrait pourtant savoir que je suis un artiste qui «a fait la guerre à la guerre» pendant dix ans en Côte d’Ivoire en commençant par la première caravane de la paix de la société civile en novembre 2002. Je n’ai d’autres armes que mon art et ma camera avec lesquels j’ai assumé de témoigner de mon temps et pour cela, je l’ai payé de mon sang et de mes biens, pour que plus jamais, les Ivoiriens ne prennent les armes pour détruire notre patrie. Ce sont des personnes comme vous qui font que je vis dans ma seconde patrie, la France et je vous rappelle que je ne suis pas parti en exil mais que j’ai été un rapatrié sanitaire en France, par mondiale assistance avec l’accord de gouvernement le 22 avril 2011. C’est parce que j’ai témoigné de mon temps que je suis pour certains, un héros et pour d’autres comme vous un criminel qu’il faut éliminer à tout prix. Je reste et demeure attaché à la réconciliation nationale pour laquelle j’ai accepté en mai 2014 d’accompagner la délégation officielle de la Côte d’Ivoire, au Festival de Cannes, à la demande du Chef de l’Etat, Monsieur le Président de la République Alassane Ouattara, ce qui ne m’a pas valu seulement des amis. Je reste un homme de paix, n’en déplaise à ceux qui cherchent à me criminaliser, ceux qui font obstacle par leurs actes et leurs propos, à la réconciliation nationale.
De grâce, qu’ils ne falsifient pas l’histoire et ne prennent pas leurs fantasmes pour la réalité. Je suis prêt à leur pardonner au nom de la réconciliation nationale, à la condition qu’ils retirent leurs
diffamations grotesques à l’endroit d’un artiste international au service de la paix.

Pourquoi dit-on, qu’on ne touche pas à un artiste ?
-
Parce que dans la tradition africaine le griot a un statut particulier et sa parole est sacrée. Lui seul pouvait dire les paroles vraies au Souverain sans qu’il soit pour autant condamné. Dans les sociétés démocratiques de nos jours, le droit à la parole des artistes est respecté, c’est seulement dans les dictatures qu’on tue les journalistes, les reporters, et les artistes pour leur conviction..
Prenez l’exemple, de Gainsbourg, de Philippe Léotard, de Coluche ! Dans les dictatures, c’est le contraire, ils sont assassinés comme à l’époque du Président Pinochet.

Pourquoi veut-on vous faire taire ?
-
Parce que mes convictions dérangent.

A quand votre retour au pays ?
-
Quand il y aura à nouveau la démocratie comme à l’époque du Président Gbagbo et quand il n’y aura plus de xénophobie.

Avez-vous des conditions ?
-
Aucune que celle de voir mon pays libéré et mes droits soient enfin reconnus ; quand les prisonniers politiques seront amnistiés et que les exilés pourront rentrer en Côte d’Ivoire sans craindre d’être incarcérés, pour leur conviction et leur croyance.

Que faut-il faire pour une réconciliation vraie en Côte d’Ivoire ?
-
Je viens de vous le dire dans la réponse précédente.

D’aucuns disent que sans Gbagbo, il ne peut y avoir de réconciliation ?
- Certainement ! Je l’ai dit, dans mes précédentes interventions publiques et je le maintiens.
 

Que dites-vous de la justice des vainqueurs qui prévaut en Côte d’Ivoire ?
-
Que c’est une infamie. Il y a seulement un seul camp qui est jugé…Absolument. Des organisations réclament la tête de certains proches de Ouattara… Que l’Onu fasse son travail. Je suis pour l’amnistie générale pour que la réconciliation ne soit pas un vain mot.

Un mot sur le rattrapage ethnique en Côte d’Ivoire...
- Le rattrapage ethnique est une violence faite à l’intelligence et au peuple Ivoirien.

Interview réalisée par Yacouba Gbané
repris de Lecrid'Abidjan

20:50 Écrit par Shlomit | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | Pin it! | | |

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