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11/05/2016

Quand l'ex-ambassadeur d'Israël en Côte d'Ivoire appelait à la réconciliation

Le cri de cœur de SE Daniel Kedem, ex-ambassadeur d'Israël en Côte d'Ivoire

Publié le dimanche 13 mars 2011   |  Autre presse
Crise

Shalom ( paix ) à vous tous.

Depuis plusieurs jours, je reçois des appels et des mails d'amis et de connaissances de Côte d'Ivoire. Je vous en donne lecture, ce n'est pas une fiction, ce sont des appels et des mails réels d'amis et connaissances que j'ai connus lors de mes fréquentes visites.
Sylvie a été mise au chômage technique en décembre. Elle était employée dans un hôtel de la place. Évidemment, elle n'a plus de revenu et pourtant elle doit continuer à vivre, à manger, à se loger. Voici son mail : " Excellence, bonjour. Je suis en train de m'enfuir pour aller vers le Ghana parce que vers où j'habite on tire tout le temps et les balles perdues ne font que tuer. Moi j'ai peur quand j'entends les tirs toutes les nuits. Je ne travaille plus et mes petites économies que j'ai faites sont restes bloquées. J'ai dû marcher une semaine pour en être là. Je suis presque arrivée, je vous écrirai avec l'ordinateur d'un autre déplacé."
Abdallah (nous avions des projets dans l'anacarde) m'écrit ceci : "Les 25, 26, 27 furent des moments difficiles de ma vie. Cela est dû aux affrontements à Abobo N'Dotré et PK18. Ajouté à cela les coupures d'eau et d'électricité. J'ai dû m'enfuir avec ma femme et mes deux enfants. Des corps par-ci, des corps par-là. On a marché jusqu'au Deux Plateaux ou nous sommes logés. On a tout abandonné pour nous échapper ". J'ai reçu d'autres mails de déplacés dont l'un de Dakar et un autre de Koumassi (Ghana). I
ci encore, le même désarroi, la même peur du lendemain. Tous avaient essayé de bâtir, de construire leur vie. Tous croyaient en la Côte d'Ivoire, leur pays.
Aujourd'hui, ils sont des exilés, sans terre ni patrie, sans attaches et plus de rêves ne serait-ce que de survie. Je sais que certains, lors de ma dernière visite, ont essayé de me mettre dans un camp, de leur côté. Je peux leur dire aujourd'hui : "Oui, je suis dans votre camp, je suis de votre côté" ; mais de quel camp ou de quel côté s'agit-il ? Car mon camp et mon côté sont ceux des citoyens, des habitants de toute la Côte d'Ivoire, mon camp est et a toujours été celui du développement et de la solidarité. J'ai conscience que le problème, ce n'est pas moi. Qui suis-je ?

Le problème est l'avenir des habitants de ce pays que j'ai aime. Je ne sais pas quand le pays retrouvera la sérénité pour aller vers l'avenir, mais il est temps, il n'est pas trop tard, il n'est jamais trop tard lorsqu'on veut le bien être de tous et pour tous. Depuis le début (peut-être depuis 1993 ou 1999, ou 2000, ou encore 2002, ou même 2010, mais peu importe la crise est là. Le fait est que chacun veut avoir raison et ne veut pas entendre l'autre. Il faut oser le dire : chacun a tort d'avoir raison, tort d'avoir trop raison et dans son raisonnement, pas de place pour l'autre. Que celui qui n'a pas fauté, jette la pierre ! Attention à celui qui affirme : "Tout est a moi". Dans ces conditions, que reste-t-il au peuple ? Plus d'argent, plus de médicaments, plus d'école, plus de vision, plus d'espoir. Ce peuple qui est d'un camp ou dans l'autre ou qui n'est ni dans l'un ni dans l'autre, veut vivre, veut travailler, veut espérer un avenir meilleur. A tous, écoutez les cris, écoutez les pleurs, entendez les angoisses, prêtez oreille aux murmures de ces enfants et de ces femmes, de ces hommes, de tous ces êtres humains. Ils vous disent: ça suffit d'avoir raison! Le sang coule. Nos souffrances, nos malheurs, nos morts vous crient: Arrêtez! Discutez, trouvez une solution! Trouvez un accord, car après la guerre, il y aura un accord, alors il est encore temps. Sauvez la Cote d'Ivoire, votre pays ! Le débat idéologique, l'envie de savoir pourquoi et comment tout a commencé, ce sera dans un mois, dans un an, lorsque le pays aura retrouvé la paix, le développement, la tolérance, l'amour du prochain, la solidarité. Que tous ces déplacés, ces exiles reviennent pour reconstruire le pays, qu'ils reviennent en leur maison, leur seule vraie demeure, leur pays. Que la Cote d'Ivoire devienne le pays où couleront le lait et le miel et si vous le voulez, ce ne sera pas un rêve.
Daniel Kedem, abidjan.net

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