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10/05/2016

Fort McMurray : "Comme si Dame Nature nous envoyait un avertissement"

Fort
McMurray : "Comme si Dame Nature nous envoyait
un avertissement"

Les restes d'un car calciné sur le bord de l'autoroute, à Fort McMurray, Alberta, le 9 mai 2016. (Jonathan Hayward/AP/SIPA)
Le symbole est fort : l’incendie de Fort McMurray ravage une terre qui contribue dramatiquement au réchauffement climatique. De quelle manière ?

Pour ceux que les questions environnementales préoccupent, il y a quelque chose de biblique dans l’incendie gigantesque qui dévore la ville canadienne Fort McMurray depuis le 3 mai 2016 : comme si le doigt d’un Dieu accablé par les outrances humaines avait décidé de frapper une municipalité incarnant l’un des fléaux hérités du XXe siècle : la propension pathologique des hommes à détruire des écosystèmes vieux de plusieurs millénaires pour quelques poignées de dollars.

Mais qu’est-ce que Fort McMurray au juste ?
Le journaliste David Dufresne, auteur d’un webdoc "Fort McMoney" et d’un formidable documentaire (rediffusé sur Arte le mardi 10 mai à 23h45) sur ce Far West canadien répond aux questions de "l’Obs".


GRAND FORMAT. Un incendie dantesque provoque l'exode d'une ville au Canada

Pourquoi l’incendie de Fort McMurray n’est pas une catastrophe naturelle comme les autres

- Parce que Fort McMurray n’est pas une ville comme les autres, mais un symbole de la folie des hommes. Cet ancien village de la province de l’Alberta a toujours recelé d'immenses carrières de sables bitumineux, un sable dont on peut extraire du pétrole. Mais pendant des décennies, les compagnies ont jugé trop coûteux d'aller le chercher. Au début des années 2000, le cours du brent étant très élevé, il est devenu lucratif. Les pétroliers se sont donc rués sur place, et Fort McMurray a triplé sa population en quelques années.

Et Fort McMurray est devenu "Fort McMoney"...
- Oui, un nouvel eldorado qui faisait tourner les têtes. Les préfabriqués ont tout envahi, la forêt boréale a été ravagée, la terre éventrée… Un paysage sublime a disparu sous les chenilles des engins. Voilà pourquoi Fort McMurray est, en réduction, une illustration particulièrement frappante de la toxicomanie, de l'addiction suicidaire de notre civilisation aux énergies fossiles. On est prêt à tout ravager pour la satisfaire.

Sauf que l’incendie n’a pas de rapport avec cette avidité.
- On n’en connaît pas encore les causes exactes, donc je ne me prononcerai pas là-dessus. Mais une chose est certaine : Fort McMurray et ses millions de barils contribuent dramatiquement au réchauffement climatique. Or, il existe un lien avéré entre l’ampleur de ce sinistre et le réchauffement climatique. En effet, le sol était cette année particulièrement sec, parce que les neiges d’hiver sont de moins en moins importantes. La température locale s’y élevait à 32°C - le double des moyennes saisonnières. On sait enfin que l’incendie est encouragé par El Niño, cette anomalie climatique qui se forme dans le Pacifique, elle aussi liée au réchauffement du climat. Bref, c’est comme si Dame Nature envoyait un avertissement aux hommes via Fort McMurray.

Quel est l’état d’esprit des habitants là-bas ?
- Je ne leur jette évidemment pas la pierre, d’autant que beaucoup ont acheté leur maison plus du double de leur valeur et que cette maison est peut-être partie en fumée à l’heure qu’il est. La plupart sont venus avec l’idée de ne rester ici que quelques années, le temps de se faire de l’argent. Du coup, ils ne sont pas impliqués dans la vie locale. Fort McMurray, c’est le taux de participation aux élections le plus bas du Canada ! Sa mairesse est élue, mais c’est un peu une parodie de démocratie. Comme à chaque fois qu’il y a du pétrole en jeu, la démocratie recule.

La frénésie qu’a connue Fort McMurray semble correspondre à une ère, celle du gouvernement Harper [2006-2015], hostile à l'écologie. Il est curieux que l’incendie corresponde à une autre époque, celle de Justin Trudeau [aux affaires depuis le 4 novembre 2015] qui fait part de préoccupations environnementales…
- Harper a livré le pays compagnies pétrolières et son mandat a été tellement calamiteux sur le plan climatique qu’il a choisi de sortir le Canada du protocole de Kyoto ! Mais je me garderai d’enjoliver le mandat de Trudeau : il a quand même refusé d’établir un lien de causalité entre ce sinistre et le réchauffement climatique, alors que ce lien relève de l’évidence.

Propos recueillis par Arnaud Gonzague
"Fort McMoney" sera diffusé sur Arte le mardi 10 mai à 23h45.
nouvelobs.com

17:10 Écrit par Shlomit | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | Pin it! | | |

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