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09/05/2016

pas de détenus politiques, interview de désiré Douati

#‎Civ‬ Les ivoiriens continuent de se prononcer sur le discours choquant de Dramane Ouattara lors de la fête du travail le 1er Mai dernier dans lequel il nie l'existence de prisonniers politiques.
Désirée Douati, présidente de l'association des femme et familles de détenus d'opinion (AFFDO-CI ) réagit. Interview.

 Ouattara soutient qu’il n’y a plus de prisonniers politiques…
Désirée Douati: - Je vous remercie
C’est avec stupéfaction que j’ai accueilli les propos du chef de l’Etat et cela m’a conforté dans mon combat. Si les ivoiriens ne s’unissent pas autour de la question des détenus politiques et d’opinion, nos 205 parents détenus dans les prisons légales et nos 71 parents torturés de jours comme de nuits à la DST y resteront jusqu’à la fin de son mandat.
Il y’a en Côte d’ivoire 286 personnes détenues pour des raisons politiques ou d’opinion supposés et si le chef de l’Etat n’en est pas informé alors je lui donne l’information

Il n’y a pas de fumée sans feu…
- Je ne comprends pas le sens de cette question mais depuis l’avènement de MR Ouattara à la tête de notre pays, les droits des ivoiriens sont constamment violés. Il y a toujours du feu et aussi du péril. C’est de notoriété publique.

Comment allez-vous lui apporter la contradiction ?
- Notre combat ne nécessite pas de contredire une communication mensongère. Nous allons continuer de mener nos actions car hier il disait qu’il n’y avait pas de détenus politiques si aujourd’hui selon lui ils ont été libérés cela signifie qu’il y en a bel et bien eu dans ce pays et sous sa gouvernance dictatoriale. Un chef de l’etat qui emprisonne des personnes pour des raisons politiques est un dictateur. Monsieur Ouattara est pris à son propre piège de communication mensongère.

Combien de prisonniers politiques sont-ils en prison ?
- Il y a au total 286 personnes détenues abusivement dans notre pays et pour des raisons politiques.
MACA 165
MAMA : 10
DST :71
ECOLE DE GENDARMERIE 03
BOUNA 05
TOUMODI : 5
DIMBOKRO : 6
MAN 02
SEGUELA 04
KATIOLA 06
BOUNDIALI 03
DABOU : 2
CAMP PENAL BOUAKE : 4

D’aucuns soutiennent que Ouattara fait de la communication…
- Ce n’est peut-être pas faux et je consens que ce soit un choix. Mais il s’agit ici d’une question qui concerne la vie humaine et toute communication mensongère autour de la vie des humains ou des droits humains n’est pas tolérable. C’est une attitude condamnable que nous dénonçons et combattons.

Quels sont vos rapports avec ces prisonniers politiques ?
- Par la grâce de Dieu, nous entretenons de très bon rapport. TOUS m’appellent affectueusement maman car peut-être ils estiment que je suis à leur écoute et je m’engage à fond. Pour leur libération j’ai mis ma vie entre parenthèse pour en faire mon unique occupation.

Votre association ne donne plus de la voix…
- Affdo-ci (association des femmes et familles des détenus de Côte d’Ivoire) a différentes stratégies et se fait entendre de diverses manières à divers lieux. Il y a certes la presse pour se faire entendre (rires) ; mais disons aussi que les possibilités de communication sont multiples et variées.

Êtes-vous fatigués ?
- Non et Non jamais, nous ne baisserons les bras tant qu’il y aura encore une seule personne détenue pour son opinion.

Etes-vous découragés ?
- Rien ne nous découragera car ce combat est juste, noble et humain.

Vous ne croyez pas à la lutte ?
- Je ne veux pas rentrer dans une polémique sémantique. Mais la lutte est tout aussi multidimensionnelle. L’essentiel c’est le résultat. De 1000 détenus, nous en sommes aujourd’hui à 286, c’est le fruit d’une action collégiale de 5ans de combat, 5 ans de lutte. Par moment nous avons été arrêtés par le pouvoir mais jamais nous n’avons baissé les bras et rien ne nous fera reculer. On n’abandonne pas le combat de la justice, de la liberté et de la dignité. Nous y demeurons engagés, nous les membres de l’AFFDO-CI que j’ai le grand plaisir de diriger.

Quels sont vos rapports avec les organisations de défense des droits de l’homme ?
- Nous avons de très bonne relation d’action avec toutes les organisations de droit de l’homme et je profite de votre question et de votre quotidien pour, au nom de l’AFFDO-CI et en mon nom propre leur adresser toute notre gratitude et toute notre reconnaissance quant à leur combat pour le respect des droits humains en Côte d’Ivoire.

Que comptez-vous faire maintenant ?
- Permettez moi de ne pas étayer ici nos différentes stratégies mais une chose est certaine tant que dans notre pays des personnes seront brimées, violées, torturées, abusivement emprisonnées pour leur opinion, l’AFFDO-CI sera toujours debout à leur côté pour dénoncer et mettre au grand jour les comportements hideux des gouvernants.

Votre mot de fin
- A tous les détenus civils et militaires, condamnés ou en cabinet je réitère mon engagement et l’engagement de l’AFFDO-CI de faire d’eux des hommes libres. J’exhorte les ex détenus à faire leur bilan de santé afin d’éviter de mauvaises surprises dues aux sévices corporels et moraux subies lors de leur détention.
Aux familles des détenus, aux familles des disparus et aux familles des personnes torturées à la DST et aux personnes maintenant libres, je demande de nous rejoindre car plus nous sommes nombreux à crier, plus notre voix se fera mieux attendre. Que toutes les familles nous rejoignent afin que notre chagrin prenne fin grâce à la mutualisation de nos efforts.

Ma pensée profonde va à l’endroit de mon frère victorien arrêté le 10 Février 2013 sur la route de Grand Lahou. Il a été torturé à l'ANSI et à la DST avant d’être transféré à la Maca le 1er mars 2013 pour n'en sortir que le 07 décembre 2015 par ambulance en hospitalisation au CHU de Treichville pour une insuffisance rénale, d'où il obtiendra la liberté provisoire le 26/12/2015. 4 mois après cette liberté provisoire c'est-à-dire le 26 AVRIL 2016 il rendit l’âme.

C’est l’occasion pour moi de dire un grand MERCI à toutes les personnes vivant en Côte-d’Ivoire ou à l’étranger qui nous ont apporté un soutien matériel ou financier
A la famille biologique j’adresse au nom de l’AFFDO-CI nos sincères condoléances.
FRERE VICTORIEN, toi et nous, savons combien de fois nous nous sommes battus pour que tu aies la vie sauve mais seul DIEU a le mot de fin. Que ton âme repose en paix et n’oublie pas tes amis emprisonnés.

En achevant, je ne peux m’empêcher de rappeler à l’opinion nationale et internationale qu’il y a exactement 1 an (5 mai 2015) que le pouvoir Ouattara arrêtait illégalement le professeur Hubert OULAYE à son domicile à Abidjan après avoir torturé sa petite fille de 12 ans et Monsieur KOUA Justin, fonctionnaire de l’Etat à son lieu de travail (Direction des Impôts) à Bondoukou. Je rends hommage à leur dignité dans la souffrance qu’ils vivent respectivement à la maison d’arrêt de Dabou et au camp pénal de Bouaké. Pour la dignité Humaine qu’ils soient libérés. Pour la dignité humaine, que tous les détenus soient libérés
JE VOUS REMERCIE INFINIMENT

(Interview réalisée par Gbané Yacouba pour LG INFO)
Fier Ivoirien

11:36 Écrit par Shlomit | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | Pin it! | | |

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