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08/05/2016

Interview accordée à Nord-Sud Quotidien

Interview accordée à Nord-Sud Quotidien par l'ex-ministre Augustin Kouadio Komoé, vice-président du FPI chargé de la veille stratégique.


Nord-Sud: Le projet de loi portant organisation du statut de l’opposition et du chef de fil de l’opposition vient d’être adopté par le conseil des ministres. Il est clair selon les textes que c’est le président du FPI, Affi N’Guessan qui va incarner cette opposition. Quel chef de file sera-t-il dans la mesure où il est contesté dans son propre parti?

Akk: Il convient de saluer ce projet de loi qui constitue, de mon point de vue, une avancée importante en termes de renforcement et d’approfondissement de notre démocratie. Il est important que l’Etat reconnaisse la place de l’opposition dans le débat politique national en tant qu’acteur majeur. Selon le projet qui va être soumis au Parlement, le chef de file de l’opposition ivoirienne est la personnalité qui serait arrivée en seconde position à l’issue de la dernière élection présidentielle. Dans ces conditions, le président du Front Populaire Ivoirien, Pascal Affi Nguessan assumera cette responsabilité. Sa tâche de chef de file de l’opposition ne sera pas une sinécure, non pas à cause de la fronde à l’intérieur du FPI, mais en raison de la grande diversité de l’opposition dont les membres ne regardent pas toujours dans la même direction. En outre, au nom de la démocratie la contestation est de règle, même lorsqu’elle n’est pas nécessaire.
La mise en œuvre de ce texte et le bénéfice qui en découlera dépendront des acteurs politiques qui devront faire preuve de responsabilité. Le président Affi a des qualités de rassembleur par sa capacité d’écoute et de synthèse. C’est ce leadership qui lui a permis de sauver le FPI qui était pratiquement en lambeau au lendemain de la crise postélectorale de 2011. Aujourd’hui c’est le FPI qui constitue le fer de lance de l’opposition quoi qu’on en dise. Et c’est grâce au travail de rassemblement du président Affi que cela a été possible. Il mettra à profit cet atout pour rassembler l’opposition. L’opposition est diverse comme je l’ai indiqué et le chef de fil n’en est que le porte parole, par souci d’efficacité du nécessaire dialogue républicain. Cela n’entamera en rien la liberté d’action de chaque formation politique. Aucun gouvernement n’aura assez de temps et de moyens pour engager des discussions permanentes avec chacun des cents partis politiques que compte notre pays.

Des leaders de partis d’opposition affirment qu’il fallait attendre les législatives pour que le chef de file de l’opposition se dégage tout seul. Quel est votre avis sur la question ?

Akk: C’est une option qui se justifie dans le cadre d’un régime parlementaire où le chef de l’exécutif est désigné dans la formation politique ayant remporté les élections législatives. Dans le cas du régime présidentiel qui est appliqué chez nous, généralement les choses se passent autrement. Dans un cas comme dans l’autre, les candidats aux élections sont présentés par des partis ou groupements politiques, même si quelques fois on enregistre des candidatures indépendantes. Dans les deux cas de figure ce sont les électeurs qui déterminent la place qu’ils entendent donner à ceux qui ont sollicité leur suffrage. Cela dit, le dernier mot appartient au législateur.

Est-ce que la légitimité de Affi ne serait pas remise en cause si le FPI arrive après un autre parti à l’issue des législatives ?

Akk: Tout dépend de la loi qui va sortir du Parlement après les discussions. Le projet de loi adopté par le gouvernement en conseil des ministres prévoit que le chef de file sera celui qui est arrivé deuxième au cours de la dernière élection présidentielle. C’est le projet du gouvernement. S’il est voté en l’état, le débat sera clos. Qu’on soit d’accord avec Affi ou pas, c’est la loi qui en aurait décidé ainsi. Par contre, si à l’issue des débats à l’Assemblée nationale, les députés estiment qu’on doit plutôt désigner le chef de l’opposition dans la formation politique qui aurait fait élire le plus de députés, il en sera ainsi sans que cela ne nous gène particulièrement. Dans les deux cas nous n’avons aucun problème parce que le FPI sera représenté et très bien représenté au Parlement.

En se basant sur le régime présidentiel pour désigner le chef de file de l’opposition, ne pensez-vous pas le gouvernement vous livre à ceux qui vous accusent d’être des vendus ?

Akk: Le Front Populaire Ivoirien est-il la principale force politique de l’opposition ou non? Et sommes-nous dans un régime présidentiel ou non ? Aussi paradoxale que cela puisse paraître, vous remarquerez que ce sont les frondeurs du FPI qui lancent ces accusations sans fondement. Ils espèrent, par ce procédé, discréditer le président de leur propre formation politique qu’ils ont du mal à neutraliser, par des moyens déloyaux qui se sont révélés inefficaces. Mais lorsqu’on fait la politique on le fait par conviction, sans se laisser distraire par des amuseurs de galerie. S’il ya des vendus au FPI c’est bien ceux qui passent le clair de leur temps à poser des actes de nature à affaiblir leur propre parti. Ceux qui ont refusé d’utiliser le suffrage universel pour permettre au FPI de reconquérir le pouvoir en 2015 devraient avoir de la retenue dans leurs accusations farfelues qui ne font plus recette. La majorité des Ivoiriens savent que la ligne que nous avons adoptée est celle qui sied dans les circonstances actuelles pour éviter d’éprouver davantage les populations ivoiriennes encore traumatisées par une décennie de crise militaro politique. Nous assumerons notre rôle de chef de file de l’opposition sans complexe dans le respect des principes républicains.

Est-ce que ce nouveau statut ne va pas créer davantage le fossé entre la tendance Affi et la tendance Abou Dramane Sangaré ?

Akk: Les tendances au sein des partis politiques n’ont jamais menacé qui que ce soit. Particulièrement au FPI, c’est une tradition et cela fait partie de la vie du parti. Les tendances divergentes et les débats contradictoires ont toujours meublé le cheminement de notre parti, même à l’époque où il était dirigé par le Président Gbagbo. Ce n’est surtout pas le statut de l’opposition qui accentuerait le clivage entre les dissidents et la direction du parti que nous incarnons. Plus nous avancerons plus cette dissidence, qui n’a aucun fondement idéologique réel, s’estompera par manque d’arguments convaincants. Cette attitude a commencé à montrer ses limites en raisons de ses contradictions. Attaquer Affi Nguessan n’est pas un programme de gouvernement. Les camarades gagneraient à revenir au FPI dont les statuts et règlements intérieurs n’ont pas changé, plutôt que de chercher à s’allier individuellement aux dissidents d’autres partis politiques, comme on a pu le voir à l’occasion de la présidentielle de 2015.

Parlant des législatives, quels seront les objectifs du FPI à ces échéances ?

Notre objectif principal est de remporter le maximum de sièges au Parlement pour être présent dans cette institution et jouer notre rôle dans le cadre de la démocratie dont nous faisons la promotion depuis la création du parti. Nous sommes engagés dans un processus de reconquête du pouvoir d’Etat en vue de ramener la paix et la concorde dans le pays par des politiques institutionnelle, économique et sociale conformes à notre projet de société. Pour y parvenir il n’y a pas mille voies. Il n’y en a qu’une: la participation à des élections. Le pouvoir se trouve dans les élections et non pas dans les complots et les intrigues. C’est une illusion de croire qu’on peut avoir le pouvoir, appliquer un programme de gouvernement en refusant de solliciter le suffrage des Ivoiriens. Ceux qui procèdent autrement se font rattraper d’une manière où d’une autre. Vous serez incapable de gouverner correctement parce que vous n’êtes pas arrivé au pouvoir par la volonté du peuple. C’est pourquoi il est important que les ivoiriens arrêtent de prendre des chemins tortueux qui sont autant de raccourcis pour arriver au pouvoir. Ce sont les élections qui confèrent la légitimité dans une démocratie moderne.
Notre ambition, c’est d’avoir au moins un groupe parlementaire pour peser dans la prise des décisions au niveau de l’Etat et pour ne pas que l’exécutif agisse sans contre pouvoir réel. Je pense en effet que ce n’est pas une bonne chose que ce pouvoir soit omnipotent au point de confiner le Parlement dans le rôle d’une chambre d’enregistrement. Nous serons une opposition responsable et républicaine avec le souvenir que nous avons déjà gouverné ce pays. Nous ne serons pas là pour créer des blocages, à condition que toutes les parties jouent franc jeu dans l’intérêt de la nation.

Pensez-vous atteindre cet objectif dans la mesure où votre parti est divisé et que votre candidat à la présidentielle n’a pu réunir que 9 % des suffrages ?

C'est sûr que la division n’est pas un atout pour une organisation qui veut conquérir le pouvoir. Cependant, cette difficulté ne doit pas nous empêcher non plus d’avancer. Nous en tenons compte et nous élaborons des stratégies en conséquence. Nous serons donc au Parlement avec un groupe Parlementaire pour que notre parti reste dans le jeu politique dans l’intérêt même des Ivoiriens. Parlant de division vous remarquerez que cela n’est pas l’apanage du FPI. Des grands partis politiques en Côte d’Ivoire et ailleurs dans les démocraties occidentales connaissent ce genre de situations sans que cela ne prenne des allures d’un drame. J’espère que la sagesse habitera nos camarades qui sont fâchés pour des raisons qui leur sont propres afin que, dans un sursaut d’orgueil, ils pensent à tous ces Ivoiriens qui ont placé beaucoup d’espoir dans le Front Populaire Ivoirien et rêve de le voir reprendre le pouvoir. Cela dit, les consultations à venir ne sont pas de même nature que l’élection présidentielle. Les législatives engagent certes les partis politiques mais la personnalité des candidats et leurs relations particulières dans chaque circonscription seront déterminantes.

Quelles zones géographiques vous êtes en mesure de gagner ?

AKK: Nous allons présenter des candidats dans toutes les circonscriptions électorales. Le Front populaire ivoirien est un parti qui est implanté dans toutes les régions du pays. Nous avons des structures de base à savoir : fédérations, sections et comités de base dans toutes les régions de la Côte d’Ivoire. Les résultats de l’élection présidentielle de 2015 ne reflètent pas le niveau d’implantation et de représentativité du parti au plan national pour des raisons liées aux conditions dans lesquelles cette élection s’est tenue. Nous sommes conscients que nous ne gagnerons pas partout, parce que nous avons perdu du terrain, notamment dans la partie Nord du pays; mais il y a des zones où nous allons remporter ces élections sans difficulté.

Il y a certains observateurs qui évoquent une alliance entre le Fpi tendance Affi et le RDR. Vous y croyez ?

AKK: Un tel projet n’existe pas à ce jour. Cela dit, en politique il n’y a pas d’alliance contre-nature, comme on a coutume de le dire et de le vivre. Je dois rappeler que ces deux partis ont déjà été en alliance. Le front républicain a existé et a été l’acteur principal du boycott actif de l’élection présidentielle de 1995. Et il n’est pas exclu que le FPI s’allie à une force politique quelconque pourvu que nous soyons d’accord sur les objectifs d’une telle alliance qui doit servir la cause de la Côte d’Ivoire. Nous pouvons nous allier au RDR qui est un parti légalement constitué à condition que ce parti mette en avant l’intérêt national et respectent les règles du jeu démocratique. Même s’il a fait beaucoup de mal à la Côte d’Ivoire et au FPI en particulier, par sa tendance à la violence et à l’exacerbation des tensions sociales. Je dois rappeler également qu’au plus fort de la rébellion, le FPI a tendu la main au RDR en l’associant à la gestion de l’Etat au plus haut niveau, notamment dans les gouvernements successifs du Président Gbagbo de 2002 à 2010. Une telle collaboration n’a pas été inutile même si cela n’a pas empêché la crise que nous avons connue. Pour l’heure, nous travaillons à renforcer l’Alliance des Forces Démocratiques (AFD) qui est une plate forme de plus d’une douzaine de partis politiques. Mais nous n’excluons pas de créer les conditions d’un rapprochement et donc d’une alliance avec d’autres forces politiques nationales.

« Le FPI, ce n’est pas une affaire de Bété », c’est une phrase du président du FPI. Quel commentaire faites-vous de cette phrase ?

AKK : Il faut placer ces propos dans leur contexte. Le président Affi les a tenus il y a quelques jours à Abobo à l’occasion d’une rencontre d’échanges avec les représentants de la chefferie traditionnelle Abbey et Krobou résidant dans le district d’Abidjan. En répondant à une préoccupation relative à la division interne dans le parti, le président Affi a exposé les causes de la crise en déplorant le fait qu’elles ne soient pas d’ordre idéologique et qu’elles révèlent plutôt les velléités de certains camarades à contrôler le parti. Ayant échoué à évincer le président statutaire par divers stratagèmes, ils lui ont demandé de remettre à Laurent Gbagbo sa “chose”. Il se trouve que l’épicentre de la fronde se trouve en pays béthé où des cadres membres de la direction du parti rivalisent d’ardeur pour placer le président Gbagbo au centre de cette bataille de positionnement. Souvenez-vous de l’instrumentalisation des populations de Gagnoa en 2015 à l’occasion des obsèques de la mère du Président Gbagbo. Nous avons évité de justesse à deux reprises un drame à Yopougon et à Gagnoa où la délégation du Président du Front Populaire Ivoirien a été prise à partie et refoulée. Il est évident que nous ne pouvons pas accepter une telle dérive de nos camarades qui versent dans le patrimonialisme, considérant le parti comme un bien qui doit échoir aux héritiers en ligne directe qu’ils estiment être. La force du FPI se trouve dans sa diversité et son ouverture à tous les courants de pensée et à toutes les régions de Côte d’Ivoire.

Pensez-vous que la révision de la Constitution est opportune ?

AKK: C’était une promesse de campagne du président de la République qui avait promis de modifier notre loi fondamentale s’il était élu en 2010. Nous ne savons d’ailleurs pas pourquoi il ne l’a pas fait lors de son premier mandat. Cela dit, de mon point de vue, la Constitution a besoin d’être révisée. Pas qu’elle soit mauvaise. Dans la Constitution de 2000, il y a de nombreux acquis au plan démocratique et des libertés publiques notamment. Mais en même temps, depuis son adoption, cette Constitution est au centre de polémiques et de malentendus qui justifieraient les crises et les violences que notre pays connaît depuis plus d’une décennie. Pour ne pas que des individus prennent prétexte de l’absence de consensus sur un certain nombre de dispositions constitutionnelles, je pense qu’il faut consulter à nouveau le peuple souverain qui a le dernier mot.

Sur quels articles doivent porte les modifications ?

AKK: Il y a beaucoup de choses à voir. Au-delà des dispositions équivoques, il y a une nécessité d’adapter notre loi fondamentale à l’environnement national et international qui est en perpétuelle évolution. Au FPI, nous avons une démarche pédagogique qui consiste à mettre à débat des questions importantes qui touchent à la vie de la nation avant de prendre une position. C’est dans ce cadre d’ailleurs que nous venons d’organiser un séminaire sur la reforme constitutionnelle. Cette rencontre nous a permis d’évaluer les acquis et les insuffisances de la Constitution de 2000 avant de nous interroger sur le type de constitution qu’il nous faut pour la cohésion nationale et le progrès social. De nombreuses dispositions constitutionnelles doivent faire l’objet de précision dans leur énoncé pour éviter toute équivoque. De façon générale nos propositions portent sur le renforcement des acquis de la constitution actuelle et sur l’introduction de nouvelles dispositions. Notre objectif dans le cadre de cette reforme constitutionnelle est d’assurer l’équilibre des pouvoirs en instituant un présidentialisme modéré qui implique le renforcement des pouvoirs du Parlement et de la Justice par divers mécanismes. Nous tenons particulièrement à constitutionnaliser la politique de décentralisation pour une répartition optimale des compétences et des ressources entre l’Etat et les collectivités dont le nombre ne devra pas varié au gré des Présidents qui se succèdent à la tête du pays. Le développement équilibré du territoire et la satisfaction des besoins élémentaires des populations constituent les principaux enjeux de cette option.

Monsieur le ministre, j’ai quelques questions sur le procès de Laurent Gbagbo. Comment vivez-vous le procès au sein de votre parti ?

AKK: Les militants du Front Populaire Ivoirien et au-delà la grande majorité des Ivoiriens vivent mal le procès du Président Laurent Gbagbo à la Cour Pénale Internationale. Ce procès rend difficile la nécessaire réconciliation des Ivoiriens en raison de son caractère inique et de son manque d’équité. Dès son ouverture, ceux qui doutaient encore de son caractère politique ont été édifiés par l’absence criarde de preuves pouvant étayer les accusations portées contre le président Gbagbo. C’est pourquoi je ne comprends toujours pas le discours inutilement vindicatif et l’attitude de défiance de certains responsables du FPI à l’égard de la communauté internationale, là où le bon sens commande la modération et la recherche du compromis. Pour nous, le plus important c’est la libération au plus tôt du Président Gbagbo, même si pour cela nous devrions nous aplatir, pour la seule raison que le rapport de force n’est pas en notre faveur. La crise interne au FPI nous prive de ressources intellectuelles et morales nécessaires à la mise en œuvre de stratégies intelligentes en vue de la libération du Président Gbagbo. C’est un motif supplémentaire de frustration pour nous.

Laurent Akoun a été reçu à la Haye il y a quelques jours par Laurent Gbagbo alors que la demande d’Affi ne semble pas avoir de suite. N’est-ce pas un désaveu pour Affi et son bureau ?

AKK: Les visites à la Haye ne résolvent pas forcément le problème des visiteurs. Souvenez-vous du ballet de personnalités politiques à la Haye en 2015 pour espérer arracher un soutien du Président Gbagbo à l’occasion de l’élection présidentielle de cette année-là. Tous ont déchanté. Les nombreuses visites des frondeurs à la CPI ne leur seront d’aucun secours. Le silence du Président Gbagbo traduit sa volonté de se tenir à équidistance des parties qui s’affrontent pour le contrôle du parti. Gbagbo ne peut pas déshabiller Pierre pour habiller Paul au risque d’apparaître comme un facteur de division de son propre parti, là où ses qualités de rassembleur sont requises. Quand le temps de recevoir Affi et tous ceux qui figurent sur la liste noire des censeurs et détecteurs de traitres arrivera, le Président Gbagbo les recevra.

Interview réalisée par Adélaïde Konin.
Parue le 07 mai 2016
FPI-FRONT POPULAIRE IVOIRIEN

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