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02/05/2016

Plaintes, jalousie, argent : entrepreneurs tristes, nous avons décidé de q uitter la France

12/07/2015

Géraldine Thuillier et son époux ont quitté Paris pour le Vaucluse il y a 10 ans, où ils sont venus pour ouvrir une chambre d'hôtes. Le temps passant, ils ont décidé de poser une cabane sur leur terrain, quitte à enfreindre la loi. Fatigués par une nouvelle plainte concernant un autre de leurs biens, ils ont décidé de partir s'installer au Canada.

Édité par Henri Rouillier 

Une sortie de métro à Montréal, offerte par Paris lors de l'Exposition universelle de 1967(Roussel/NEWSCOM/SIPA)

En novembre 2015, cela fera 10 ans que mon mari et moi avons quitté Paris pour nous lancer pour une nouvelle vie  dans le Vaucluse, où nous avons ouvert une chambre d’hôtes puis une maison d'hôtes. Pourtant, dans un mois, nous quitterons le Sud de la France pour le Canada, avec nos quatre enfants, parce qu’on n’en peut plus.

Des galères en cascades

En 2005, quand nous sommes arrivés dans la région avec l’intention de rénover la maison dans laquelle nous habitons aujourd’hui, l’architecte conseil à l'urbanisme nous a expliqué que seuls les agriculteurs avaient le droit de construire et que nous devions déjà faire nos preuves dans le tourisme. On ne s’est pas vraiment sentis accueillis. 

C’est vraiment en 2009 que la situation est devenue problématique. Tout se passait bien, nous avions créé notre chambre d’hôtes qui fonctionnait à merveille. Et puisque nous sommes des entrepreneurs dans l’âme, on s’ennuyait un peu. Si bien qu’un matin, mon mari a eu l’idée géniale de créer une cabane de luxe sur la propriété, pour pouvoir proposer une nouvelle offre à de potentiels clients.

Le plan de cette cabane était à peine affiché sur notre site internet qu’un de nos voisins légèrement zélé a déposé une plainte contre nous. Cette structure étant démontable, nous ne pensions pas avoir besoin de permis de construire particulier. Une personne de la DDEA nous avait même conseillé sur l’emplacement à adopter pour la cabane, parce que notre propriété est située dans une zone de crue millénale, donc une partie est potentiellement inondable.

20.000 euros d’amende et une démolition

La mairie s’est portée partie civile et nous n’avons plus jamais entendu parler de cette personne qui nous avait prodigué ses précieux conseils. Nous avons perdu notre procès en appel, coupables d’avoir "tiré un profit personnel" de l’installation de cette cabane. Légèrement ahurissant, puisqu’effectivement… c’était le but. 

Nous avions embauchés deux salariés pour la gestion et l’entretien de ce lieu. Nous avons été condamné à 20.000 euros d’amende, à démolir immédiatement la cabane, et à 50 euros d’astreinte par jour en cas de refus. Curieuse façon de concevoir la réussite professionnelle.

Une visite de la DGCCRF, une poursuite pour concurrence déloyale

Entretemps, nous avons racheté et rénové une seconde propriété, que nous avons transformé en un meublé de tourisme professionnel, puisqu’il était illégal de l’appeler "chambre d’hôtes" (nous n’habitions pas dedans). Nous avons alors décidé de communiquer en utilisant le terme de "maison d’hôtes", comme l’avocat auprès duquel nous avons pris conseil nous l’avait recommandé.

Mais ça n’a pas suffi. En 2014, nous avons reçu la visite de la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) qui est venue nous informer que nous allions être poursuivis pour concurrence déloyale à cause de notre communication. Nous n’avons pas compris : nous avions suivi la loi à la lettre. À croire que nous n’étions définitivement pas les bienvenus dans le Vaucluse. Jalousie quant à notre réussite, refus de considérer le succès ? Qui sait ? Aujourd’hui, l’enquête est en cours.

Direction le Canada

À la suite de cet épisode et le refus successifs des banques sur chacun de nos nouveaux projets, nous avons décidé d’organiser notre départ. Quitter la France était devenu la seule option possible pour que nous puissions continuer à travailler et faire ce qui nous passionne, c’est-à-dire racheter des maisons, les rénover et les revendre ensuite.

À l’heure actuelle, notre chambre d’hôtes est en vente. Ce qui n’est pas le cas de notre maison d’hôtes, puisque nous en avons confié la gérance à une de nos anciennes clientes, qui parvient aujourd’hui à faire vivre sa famille grâce à cette activité professionnelle. Certes, nous sommes des entrepreneurs mais nous avons une éthique : je ne me voyais pas tout vendre et laisser cette famille en difficulté.

Au Canada, nous avons plusieurs projets. L’idée est évidemment de trouver des propriétés à rénover. Nous sommes des passionnés d’architecture et de décoration, nous rêvons donc de pouvoir donner une seconde vie à des biens, tout en respectant leur histoire et leur identité.

Je ne suis pas en colère, je suis triste

Je suis amère après ces dernières mésaventures. J’ai le sentiment qu’on nous empêche d’avancer, de créer, d’essayer des choses… et qu’on pousse vers la sortie des gens qui ont envie de réussir, voire qui réussissent déjà. Que ce soit bien clair, nos lois sont importantes et il est primordial de les respecter. Mais il faut aussi réfléchir à leur sens. Nous n’avons rien dénaturé du paysage avec notre cabane… contrairement aux espèces de préfabriqués qui ont été construits non loin de chez nous après notre arrivée.

Je ne suis pas en colère, je suis triste de la jalousie des gens qui nous ont attaqués. Quand nous avons inauguré notre propriété, des gens sont venus nous dire qu’eux aussi, "ils auraient pu le faire". Mais ils ne l’ont pas fait. 

On nous a pris pour les Parisiens qui débarquaient là avec leur fric et leur bêtise. Ces gens-là ne savent rien de nous et de notre histoire… Nous avons démarré de zéro. L’argent que nous avons aujourd’hui est le fruit d’un travail quotidien de plusieurs années, je ne comprends pas où est le problème. C’est si gênant d’avoir des projets, de gagner de l’argent avec et d’en plus faire vivre des familles ?

Propos recueillis par Henri Rouillier.
Nouvelobs.com

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