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28/03/2016

Le pouvoir Ouattara flirte avec l'ivoirité

Insécurité et terrorisme
Le pouvoir Ouattara flirte avec l'ivoirité


Le ministre d’État, ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, Hamed Bakayoko, a annoncé, le 22 mars dernier, soit dix jours après l’attaque de Grand-Bassam, une mesure inédite: l’interdiction du territoire ivoirien à toute personne qui ne possédera pas un passeport biométrique ou carte d’identité sécurisée, même pour les ressortissants de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’ouest (Cedeao).
En effet, dans la pratique administrative, «tout citoyen de la Communauté, désirant entrer sur le territoire de l’un quelconque des États membres» y est autorisé, «par un point d’entrée officiel, sans avoir à présenter de visa», s’il possède «un document de voyage et des certificats internationaux de vaccination en cours de validité». Ces dispositions juridiques, destinées à favoriser la libre circulation des personnes, se sont matérialisées par l’instauration d’un carnet de voyage, d’une carte de résident et d’un passeport des États membres.

Mais, à la pratique, la réalité est différente. L’application du Protocole sur la libre circulation des personnes dans l’espace Cedeao s’est généralement affranchie de tout contrôle du flux migratoire incontrôlé, surtout en Côte d’Ivoire, taxée, hier, de xénophobie et d’ivoirité. Le nouveau pouvoir, dans sa volonté de se démarquer des régimes précédents et affirmer sa différence, a même été jusqu’à accorder la nationalité ivoirienne à des personnes présentées comme apatrides.

L’eau est désormais dans le gaz. Après l’attaque djihadiste de Grand-Bassam, le 13 mars, le pouvoir ivoirien change son fusil d’épaule. Et, sans en donner l’air, il rejoint ses prédécesseurs. Car, c’est le contexte d’une insécurité réellement alarmante dans les années 1980 (80% de la grande criminalité étaient le fait des étrangers) qui a donné naissance au plan de sécurité.
Devant la psychose provoquée par 28% de présence étrangère sur le sol ivoirien à cette période, selon le Recensement général de la population et de l’habitat (Rgph) de 1988, l’État a décidé de mettre en place une procédure et un instrument d’identification des étrangers et de réglementer les conditions de leur séjour.
D’où l’instauration, sous la primature d’Alassane Dramane Ouattara, de la loi n°90-437 du 29 mai 1990 relative à l'entrée et au séjour des étrangers en Côte d'Ivoire, instituant la carte de séjour à tous ceux d’entre eux âgés de plus de 16 ans. Cette mesure s’adressait aussi aux citoyens de la Cedeao, violant les accords de libre circulation établis entre les pays signataires et montrant le caractère inopérant de cette supra citoyenneté.
Délivrée pour un an renouvelable et exigée systématiquement pour toute formalité administrative, la carte de séjour a introduit une nouvelle discrimination entre les étrangers: les ressortissants de la Cedeao, les autres Africains et les étrangers non-Africains payant un droit de séjour différent sur le territoire ivoirien. Car elle visait aussi à renflouer les caisses de l’État sinistrées.
Le décret n°91-631 du 2 octobre 1991 portant application de la loi n°90-437 du 29 mai 1990 relative à l’entrée et au séjour des étrangers en Côte d’Ivoire, prévoyait que les étrangers devaient toujours être en mesure de présenter leur carte de séjour à toute réquisition des agents habilités de l’administration ainsi que pour l’accomplissement de certains actes de la vie civile auprès du service de l’emploi.
L’application de cette mesure discriminatoire a conduit à toutes les dérives auxquelles le pays a assistées: extorsions de fonds, humiliations de toutes sortes, fraudes sur la nationalité ivoirienne, etc. Cela fut du pain béni pour le RDR, alors dans l'opposition, qui a mené une campagne de diabolisation des autorités ivoiriennes. La rébellion s'en est servie également comme argument pour attaquer le pouvoir de Gbagbo, que toute la communauté internationale vouait aux gémonies. 
La carte de séjour a été supprimée, mais la menace terroriste rouvre la boîte de Pandore. L’État a commencé la traque aux djihadistes et à leurs suppôts. Cela signifie contrôles et perquisitions. Le présumé cerveau de l’attaque de Grand-Bassam, désigné comme l’ennemi public n°1 de la Cedeao, serait Kounta Dalla, originaire du Mali. Les soutiens présumés, dont trois Maliens originaires de Mopti (nord du Mali) et un Ivoirien, ont été arrêtés, pour les premiers à Port-Bouët-Gonzagueville (un quartier d’Abidjan sur la route de Grand-Bassam) et le second à Cocody-Angré (nord d’Abidjan). Il faudra donc démanteler son réseau et ses cooptations.
Les résultats du 4è Rgph 2014 révèlent que la Côte d’Ivoire compte désormais 23 millions d’habitants dont 17.172.297 d’Ivoiriens, soit 75,8% et 5.491.972 d’étrangers, soit 24,2% de la population. Ces derniers sont issus majoritairement des pays francophones frontaliers (Burkina Faso, Mali et Guinée) ayant une communauté de langue et de religion avec des Ivoiriens du Nord du pays, qui sont susceptibles de servir de couverture et de logistique.
Dans ce travail de contrôle et, de manière aléatoire, des opérations coups de poing, l’excès de zèle cohabite avec le ras-le-bol des éléments des forces de l’ordre. Et bonjour les dégâts de toutes sortes qui ont déjà commencé avec la destruction, sans plan de recasement, des quartiers spontanés où résident nombre de ressortissants de la Cedeao. Des citoyens aux longs boubous risquent malheureusement alors, comme sous les régimes précédents, d’être des victimes du délit de patronyme et de faciès. Et le pouvoir Ouattara, qui flirte ainsi avec l'ivoirité, pourrait bien être la victime du retour du bâton.
FMB
Bally Ferro

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