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08/03/2016

Sam l’Africain, témoin « hostile » au procès de Laurent Gbagbo

L'ex-président ivoirien Laurent Gbagbo, le 28 janvier
2016, à l'ouverture de son procès à la Cour pénale
internationale à La Haye.

Il n’a « rien à cacher » et souhaiterait déposer « dans la transparence ». L’homme d’affaires libano-ivoirien Sam Mohamed Jichi, dit « Sam l’Africain », est le cinquième témoin appelé par l’accusation, lundi 7 mars, depuis le début du procès de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé, le 28 janvier, devant la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye. Pendant longtemps, la présence du Président de la Nouvelle Alliance de la Côte d’Ivoire pour la Patrie (NACIP) sur la liste des témoins du procureur était tenue secrète.

Mais, par inadvertance, le 4 février, au cours d’une session pourtant à huis clos, la cour révélait son nom comme ceux de plusieurs officiers supérieurs attendus eux aussi à la barre. Depuis, Sam l’Africain aurait, selon la presse ivoirienne, été expulsé de l’Alliance des forces démocratiques, une coalition d’une trentaine de partis d’opposition. Et, à la barre, il va se révéler un témoin bien compliqué pour le procureur.

Comme d’autres, Sam l’Africain est considéré comme un "insider", un témoin de l’intérieur, censé permettre à l’accusation de démontrer comment Laurent Gbagbo aurait fomenté un plan criminel pour conserver le pouvoir à tout prix en utilisant les forces régulières ivoiriennes et des milices parallèles lors de la crise post-électorale de 2010-2011. Sam l’Africain fait justement parti de la Galaxie patriotique, un groupement de partis et milices favorables à l’ancien chef de l’Etat ivoirien. Et le procureur compte sur ses connaissances pour en démonter les rouages.
Un « insider » « très mal à l’aise »

Vêtu d’une chemise-pagne et d’un pullover bleu roi – il tombe ce matin-là quelques flocons de neige sur La Haye –, les doigts lestés de bagues, Sam l’Africain évoque Laurent Gbagbo comme « un père », un homme de paix, celui qui a accepté de négocier avec la rébellion pour pacifier le pays, et parle de Charles Blé Goudé comme d’« un petit frère ».

Le procureur commence à trouver son témoin plutôt « hostile » alors que, par le passé, Sam l’Africain se serait montré très prolixe avec les enquêteurs du procureur. Comme ce jour d’octobre 2011, où cet Ivoirien né au Liberia de parents libanais, incarcéré « comme prisonnier politique », était entendu. Mais à La Haye, son audition est compliquée, tendue.

Le procureur voudrait le faire parler sur les « méthodes » du Groupement politique pour la paix (GPP), l’une des milices pro-Gbagbo. « Les gens peuvent se défendre quand ils se sentent agressés », dit le témoin, justifiant avant même d’avoir accusé. Acculé par les juges qui lui reprochent ses commentaires, puis par le procureur, Sam l’Africain se dit « mal à l’aise », « très mal à l’aise ». « Il faudrait me demander comment la Côte d’Ivoire a été attaquée. Comment ils sont venus. On ne parle que de nous, et ça me met très mal à l’aise », lâche-t-il. Eric McDonald n’en a cure, veut en savoir plus sur les GPP.

« C’est un groupe qui était dirigé par des jeunes qui défendaient la cause de la patrie, explique Sam l’Africain.

– Comment défend-on une telle cause ? poursuit le substitut canadien.

– Vous voulez savoir s’ils étaient armés ? Nous, on était attaqués par des hommes en armes. C’était un groupe qui défendait la patrie, et qui avait des armes.

– D’où provenaient ces armes ?

– Ça, Monsieur le Procureur, je ne suis pas un militaire ! Que la question soit posée aux responsables militaires qui vont passer après. Moi, je ne suis qu’un politicien. »

L’audition de Sam l’Africain est censée durer plusieurs jours.

LeMonde.fr

18:46 Écrit par Shlomit | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | Pin it! | | |

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