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03/03/2016

Quelques nouvelles de nos camarades détenus

L'Association Affdo-ci Detenus d'Opinion nous relate les nombreuses violations de droits de l'homme.

L’Association des femmes et familles des détenus d’opinion (Affdo-CI) a pu s'imprégner de la situation des prisonniers de la crise postélectorale, notamment dans les pénitenciers de l'intérieur du pays. Au terme de la tournée effectuée par Lorougnon Berthe,1ere Secrétaire Générale Adjointe de cette association.

LG INFO: Un événement précédent s’est produit le 20 février à la Maca. Quelles sont vos réactions ?
Lorougnon Berthe: Je vous remercie au nom de la présidente et de tous les membres de l’Affdo-Ci.
Avant tout propos, permettez d’avoir une pensée pour tous les familles des défunts et des blessés mais aussi pour nos parents injustement incarcérés dont les vies sont perpétuellement mises en danger.
En ce qui concerne le cas Yacou le Chinois, nous sommes très surprises de savoir que des prisonniers possèdent un arsenal de guerre dans une prison. Comment est ce que Yacou le Chinois a pu rentrer en possession d’un tel arsenal ? Est-ce que la mort de Yacou le Chinois mettra fin à ce fléau en milieu carcéral ? Voici des interrogations auxquelles devra répondre le Ministre de la justice afin de rassurer dans un premier temps tous les ivoiriens quant à la sécurité dans les prisons et dans un second temps les familles des détenus d’opinion que nous sommes.
Il est important de noter que depuis le 20 FEVRIER 2016, nos parents détenus à la maca ont été dépossédés de tous leurs effets personnels et cet acte abominable a été orchestré par des agents pénitentiaires. Il n'y a plus aucun suivi, c’est chaque jour que des gardes pénitentiaires font irruption dans les cellules pour piller nos parents. Yacou le chinois est mort, que le droit des détenus soit respecté et c’est à l’administration pénitentiaire de montrer le bon exemple.

Vous avez effectué une dernière tournée de visite aux prisonniers. Que peut-on retenir de ce périple ?
- Effectivement, sur les instructions de la Présidente, j’ai entrepris du 16 au 18 février 2016 une tournée de soutien et d’encouragement à nos parents détenus dans les prisons de Dimbokro et de Toumodi. Le but de cette tournée est de m’enquérir de la situation des prisonniers et le cas échéant, leur apporter un soutien matériel.
De façon spécifique, à la prison de Toumodi, cinq de nos parents y sont détenus depuis plus de trois ans sans aucune suite judiciaire de leurs différents dossiers. Les conditions de détentions sont très pénibles, le droit aux visites est restreint.
Le fait le plus marquant est le cas du détenu Bahoua Félicien Lieutenant des Fds, qui est actuellement isolé des autres, nous ne savons pas pourquoi, car lui particulièrement est interdit de recevoir des visites. Ce qui pour nous constitue une grave violation de ses droits de détenu. Mr Lorougnon Grebo Cyprien qui est mon époux vit difficilement car cela fait 4 ans que son salaire est bloqué et jusqu’à ce jour, ce détenu ignore ce que l’on lui reproche. Il faut qu’on les libère car 5 ANS de détention abusive et illégale c’est grave.

Qu'en est-il pour Dimbokro ?
- À Dimbokro, j’ai aussi constaté des conditions difficiles de détention. En plus de cela, la prison, c'est l'exiguïté, c'est la misère dans les cellules.
Les visites sont aussi restreintes pour les prisonniers de la crise poste électorale. Dans cette prison, 6 de nos parents y sont détenus, tous sont des civils. Un cas particulier m’a marqué, c’est celui du détenu Koffi Serge, qui a été jugé à son insu. Il a été condamné à 5 ans d'emprisonnement, 5 millions d'amende et il est sur le point d'être rejugé pour un nouveau délit qu’il ignore. Comment comprendre qu’il soit enfermé, qu'on le juge à son insu, sans la présence de sa défense et qu’on veuille encore lui octroyer un autre délit. Je tire sur la sonnette d’alarme afin que les ONG de défense des droits de l’homme se penchent sur ce cas.

J’ai aussi vu tous les autres détenus dont 4 qui y sont depuis 4 ans sans aucune suite judiciaire et Mr Dahi Nestor qui y est pour ses opinions politiques. Selon eux ils se portent tous bien mais à vue d’oeil je peux vous dire que leur état de santé se dégrade peu à peu.
Avant que le pire n’arrive comme cela à souvent été le cas, il faut les libérer au plus vite.

Un appel
- Oui, en tant que membre de l’AFFDO-CI mais surtout la femme d’un détenu d’opinion, j’interpelle les représentations diplomatiques, les institutions, les organisations internationales, l'Onuci, l'Union européenne, la Ceedao pour leur dire qu'à ce jour plus de 400 prisonniers sont encore détenus sans jugement dans une situation confuse. Seulement deux personnes ont pu bénéficier de la grâce annoncée par le chef de l’état le 31 DECEMBRE passé.
Ces personnes sont des époux, des frères, des pères de familles mais surtout l’espoir de familles entières, le plus souvent d’une région. Elles sont détenues depuis 5 années pour bon nombre d'entre eux.

Aujourd’hui tous les détenus sont excédés par cette injustice à eux faite. Il faut qu’on les libère.
Au pouvoir, nous disons aussi que l'État est une continuité et que la réconciliation qu'il prône passe par la libération des détenus d’opinion. Seule la libération des personnes détenues pour des opinions politiques ou pas donnera un sens à cette réconciliation. Que cesse donc cette politique de deux poids deux mesures car tous ceux qui sont actuellement en détention ont déjà payé cher par l’injustice dont ils sont victimes.
Il faut LIBERER sans condition tous les détenus, il le faut pour la cohésion sociale, pour la dignité humaine.
Je vous remercie

Interview réalisée par Marcel Dezogno (LG INFO)
Photo LB, 1ere Secrétaire Générale de l'Affdo-Ci.
Fier Ivoirien

00:48 Écrit par Shlomit | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | Pin it! | | |

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