PAR HAINE CONTRE LE PRÉSIDENT LAURENT GBAGBO
LA FRANCE SE REND COUPABLE DE GÉNOCIDE EN COTE D’IVOIRE (3ème partie)

3 - trois mille morts pour faire face à la récession économique française
Lorsque François Hollande arriva à L’Elysée en 2012, il hérita de son prédécesseur de droite une situation économique catastrophique. Les indicateurs de l’Insee (31) montraient que la France était en récession. En effet, selon l’AFP (32) « La France est entrée en récession avec le recul de 0,2% de son produit intérieur brut au premier trimestre, après une contraction d'ampleur similaire au dernier trimestre 2012, a annoncé mercredi l'Institut national de la statistique et des études économiques. Une récession correspond techniquement à un recul du PIB pendant deux trimestres consécutifs. Pour l'ensemble de l'année 2012, l'Insee a conservé son estimation d'une croissance nulle, après avoir révisé à la baisse la croissance du troisième trimestre 2012 (0,1% au lieu de 0,2%). Il a en revanche révisé à la hausse la croissance de 2011, à 2,0% au lieu de 1,7%, après 1,6% en 2010. L'ampleur de cette récession est sans rapport avec celle de 2009, quand la France avait connu une contraction de 3,1% de son PIB, mais elle confirme que l'activité reste proche de zéro depuis plus d'un an. Une courte récession, évaluée postérieurement par l'Insee, avait également eu lieu au premier semestre 2012 avant une timide reprise au troisième trimestre (+0,1%) ».

Une autre dépêche de cette agence de presse donnera une autre mauvaise nouvelle le même jour :
« Le recul historique du pouvoir d'achat des Français l'an dernier a été encore plus fort qu'initialement annoncé : l'Insee le chiffre désormais à -0,9%, soit plus du double de sa première estimation (-0,4%), qui battait un record de 30 ans. Dans ses "comptes de la Nation en 2012" également publiés mercredi, l'Institut revoit à -0,4% la baisse de la consommation des ménages l'an dernier, précédemment estimée à -0,1%. Il s'agit, précise-t-il de "la deuxième baisse depuis l'après-guerre après celle de 1993 (-0,2%)". Cette contraction est liée notamment au recul marqué des achats d'automobiles (-7%) mais aussi à la réduction des dépenses en hébergement-restauration (-1,5%). L'Insee a en outre évalué l'inflation en 2012 à 1,9%, après 2,1% l'année précédente. En 2012, le salaire moyen par tête a ralenti son augmentation (+1,9% contre +2,2% en 2011). L'institut observe également que les impôts sur le revenu et le patrimoine payés par les ménages ont accéléré en 2012 (+10,2%) "sous l'effet essentiellement de la mise en œuvre de nouvelles mesures fiscales, votées avant et après les élections".

Côté entreprises, leur taux de marge s'est dégradé de 0,8 point en 2012 par rapport à 2011 et s'est établi à 28,4%, un plus bas depuis 1985 (26,4%), assure l'Insee. Si l'impôt sur les sociétés a fortement décéléré en 2012 (+0,2% après +27,8% l'année précédente), leurs investissements restent en recul (-0,8%).

Enfin, l’Insee annonça sans surprise toujours selon l’AFP que « le déficit public de la France (Etat, Sécurité sociale, collectivités locales) reste évalué par l'Insee à 4,8% du PIB en 2012 contre 5,3% en 2011, "grâce à une hausse des recettes plus rapide que celle des dépenses". La diminution du déficit est imputable essentiellement à l'Etat (-7,7 milliards) et aux administrations de sécurité sociale (-0,8 milliard) mais le déficit des collectivités locales s'accroît lui de 1,6 milliard d'euros, détaille l'Institut. La dette continue de grimper, à 90,2% du PIB (1.833,8 milliards d'euros), en 2012, après 85,8% (1.716,9 milliards d'euros) l'année précédente. Le taux de prélèvement obligatoire s'établit à 45%, revu très légèrement à la hausse par l'Insee par rapport à une précédente estimation fin mars (44,9%), et celui des dépenses publiques augmente à 56,6% (55,9% en 2011), inchangé ».

En conséquence, toujours selon l’AFP, la « Consommation (est) en berne. Traditionnel moteur de la croissance en France, la consommation des ménages ne s'est pas ressaisie début 2013 (-0,1% après 0% au trimestre précédent) et les exportations ont baissé de 0,5% sur la même période. La demande intérieure et le solde du commerce extérieur ont contribué négativement à l'évolution du PIB » précisa l'Insee. (33)

Pour qui a suivi l’économie française de ces dernières quarante années, ces données statistiques fournies par l’Insee ne sont point étonnantes. En effet, les soucis des dirigeants français quant à la santé économique de leur pays remontent très loin dans le temps, à la crise pétrolière de 1973, sous le président Valéry Giscard d’Estaing. La France, on le sait, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, pour sa reconstruction a compté d’abord sur l’aide financière américaine dans le cadre du Plan Marshall. Mais par la suite, pour ne pas avoir à trop subir le dollar américain, elle militera activement à la création d’un autre espace économique, la Communauté économique européenne qui deviendra Union européenne. Malgré cela, son économie restera celle d’une vieille région industrielle en Europe qui ne réussira pas sa reconversion. Dans l’Union européenne, depuis l’effondrement du mur de Berlin et la chute du communisme, et face à la domination sans partage de l’Amérique, la France sans ses anciennes colonies apparaît comme un petit Etat aux structures de productions obsolètes et peu compétitives face à une Allemagne qui, depuis qu’elle a réalisé et réussi son unité, s’impose, alors qu’elle n’a aucune colonie, comme une grande puissance économique. La France est constamment menacée par l’inflation et le chômage qui provoquent des crises sociales difficilement maîtrisées par les gouvernements qui sont dans une instabilité chronique. Pour remédier à cette situation quasi-permanente, les gouvernants français, qu’ils soient de droite ou de gauche ne trouveront d’autres solutions que l’exploitation tous azimuts des anciennes colonies. Depuis 1960 donc, malgré la proclamation des indépendances, la France élaborera des artifices pour continuer de tirer avantages de son carré africain. D’abord en soutenant, des chefs charismatiques dits « pères de l’Indépendance » au pouvoir sans partage à la tête des partis uniques dont les avoirs se confondaient avec ceux de l’Etat. Ensuite, dans les années 80, trouvant ces partis uniques essoufflés et peu productifs, François Mitterrand à partir de son discours de la Baule, introduira dans la gouvernance africaine, les concepts de Multipartisme et de la Démocratie non pas par humanisme mais pour appeler à la diversité des énergies devant favoriser une plus grande rentabilité de l’exploitation du carré français. C’est donc à juste titre qu’on a dit de la France qu’elle est demeurée de 1945 à nos jours une République coloniale (34)c’est-à-dire un empire colonial où l’on a d’un côté, la République (la France métropolitaine), lieu d’expression du peuple souverain, ses habitants considérés comme des citoyens, de l’autre, les colonies, lieu d’expression de la force, de l’arbitraire, ses habitants, des sujets (35). Avec la France donc, tous ceux des leaders africains qui s’élèveront au nom d’un nationalisme militant pour provoquer des révolutions dont l’objectif primordial est de bâtir « une nouvelle machine capable de garantir la souveraineté de leur peuple » en détruisant « la machine d’État néocoloniale » seront simplement broyés par la machine néocoloniale comme ce fut le cas avec le jeune capitaine Thomas Sankara (36) ou feront subir à leur peuple un génocide comme ce fut le cas au Rwanda en 1994 et récemment en Côte d’Ivoire.

Pour le cas de la Côte d’Ivoire, ce pays a été pour la France, depuis 1944, une zone qui a toujours porté l’essentiel des sources d’enrichissement quasi-gratuites de la France garanties par le président Houphouët-Boigny. Mais lorsque celui-ci, à la fin des années 80 présenta des signes de faiblesses parce que malade et âgé, la France se préoccupa de ce que serait son pays une fois disparu de la scène politique. Les études commandées par l’Elysée comme celle de Nicole Leconte, recommandèrent un ajustement structurel de l’économie ivoirienne avec à la clé, une dévaluation du Franc CFA, un assainissement des finances publiques et des réformes structurelles, notamment la privatisation des sociétés d’Etat. (37) Pour réussir un tel ajustement structurel, il fallait un homme nouveau qui n’avait pas trempé dans les gabegies du pays, inconnu des Ivoirien mais connu dans les hautes sphères de la finance internationale, un homme prêt à agir sans complexe sous la dictée des Français et des institutions de Bretton Woods. Houphouët refusa dans un premier temps qu’on lui imposât un homme de l’extérieur et nomma Moise Koffi Koumoué comme ministre de l’Economie et des finances avec mission d’alléger les charges budgétaires de l’Etat et de réduire et le nombre et le salaire des fonctionnaires et agents de l’Etat ainsi que les salariés du secteur privé. La mission du ministre Koumoué fut écourtée par des grèves des centrales syndicales (38). Houphouët dut s’incliner face à la pression internationale et choisit Alassane Dramane Ouattara comme patron d’un comité interministériel chargé de l’élaboration et de la mise en application du programme de stabilisation et de relance économique, poste qu’il transformera rapidement en Premier ministre après modification de la Constitution.

Alors qu’à Paris, à Washington et dans les milieux du négoce du Cacao, l’on s’attendait à voir Ouattara aux commandes de l’Etat ivoirien pour poursuivre ses réformes entamées du vivant d’Houphouët, à la mort de ce dernier, l’attente fut contrariée dans un premier temps par l’accaparement du pouvoir par Henri Konan Bédié en 1993 et dans un second temps par l’arrivée inattendue de Laurent Gbagbo à la Présidence de la République. Or, en 2 000, la récession économique de la France persistait et s’aggravait les années suivantes. Celle-ci avait besoin de la Côte d’Ivoire qui portait à elle seule 40 % du poids économique de l’espace Uemoa pour se refaire une santé économique. Mais le président Gbagbo montra des signes qu’il n’était pas prêt à coopérer dans une relation dans laquelle son pays en sortirait dépouillé comme au temps des colonies. N’a-t-il pas tenu à qui voulait l’entendre ces paroles fortes, expression de sa volonté d’être respecté comme un digne chef d’Etat et non comme un pantin colonisé : « Nous ne ferons pas ce que les autres nous dictent. Je ne suis pas président de la République pour travailler sous la dictée de quelqu’un. Je ne suis ni Gouverneur, ni Sous-préfet, ni Préfet, ni Représentant de quelqu’un. Je suis Chef d’Etat élu par son peuple. C’est tout » ?
A entendre ces propos, la France, seul pays au sein de l’Union européenne à avoir encore un vaste empire colonial d’où elle tire l’essentiel de ses ressources pour son économie, ne pouvait pas laisser à la tête de la Côte d’Ivoire, un chef d’Etat qui n’entendait pas du tout se comporter comme un colonisé. Et pour ne pas que son exemple fasse école en Afrique francophone, elle ne lésinera pas sur les moyens militaires appropriés pour le déchoir de la présidence. Le journal sud-africain The Star l’explique fort bien :
« La raison de la nécessité pour la France de neutraliser la force politique qu'est Gbagbo est qu'il était déterminé à défaire l'emprise de la France sur la banque, l'assurance, le transport, le commerce de cacao et sur la politique de l'énergie en Côte-d'Ivoire. Durant le court laps de temps de son régime, il avait invité des entreprises d'autres pays à participer aux appels d'offres pour les projets du gouvernement. Gbagbo était dépassé par les couts très élevés des projets exécutés par les entreprises françaises. Par exemple, pour la construction d'un pont, les français demandaient 200 milliards de francs Cfa. Gbagbo s'est donc détourné des Français au profit des chinois qui ne demandaient que 60 milliards de francs CFA et ceci en 2002.
Plus important encore, jusqu'à ce jour, la France maintient son pacte colonial avec ses anciennes colonies. Selon les termes de ce pacte, le Trésor français a le contrôle de leur monnaie, des réserves de capitaux et des politiques commerciales et d'investissement. Selon l'accord entre la France et ses anciennes colonies sur la création du franc CFA, les banques centrales de ses anciennes colonies sont obligées de garder 80 pour cent de leurs réserves de change dans un compte d'opérations tenue au trésor français. Cela a rendu impossible pour ces pays africains la mise en place de leurs propres politiques monétaires.
Le défi que Gbagbo a opposé à cette situation d'esclavage a été en fait le plus grand défi qu'a connu la domination française dans cette région depuis la période post-coloniale. Son incarcération à La Haye est donc une solution de dernier recours, quand tous les autres moyens pour le neutraliser ont échoué. » (39)

Pour pouvoir déchoir le président élu des Ivoiriens, la France s’appuyant sur les rebelles qu’elle a entraînés et financés et avec le soutien des multinationales du cacao et de l’Onu vont décimer les populations de Vavoua (40) et celles de la zone forestière de l’Ouest notamment les Wê. Celles qui survivront seront chassées de leurs terroirs et à leurs places seront installées des Burkinabé transportés et implantés là pour la culture du cacao. La France se comporta comme une force d’occupation pour piller à grande échelle les ressources agricoles, minières et minérales du pays conquis et organisera le braconnage de sa faune. Malgré tout cela, Sarkozy qui a été le principal acteur des tueries des populations ivoiriennes et du pillage systématique des ressources de la Côte d’Ivoire, n’a pu relever l’économie de son pays. Il a légué à son successeur, une récession difficile à remonter.
Lazare Koffi Koffi

Notes
31- Insee= Institut national de la statistique et des études économiques.
32- AFP du 15 mai 2013
33- AFP du 15 mai 2013.
34- Nicolas Bancel, Pascal Blanchard, Françoise Vergès, La République coloniale. Essai sur une utopie, Albin Michel, Paris, 2003
35- Idem, p. 11
36- Voir Saïd Bouamama, Figures de la révolution africaine, de Kenyatta à Sankara, Editions La Découverte, Paris, 2014, pp. 275-292
37- Voir Nicole Leconte, op. cit. pp.329-331
38- Voir plus de détails dans notre livre Côte d’Ivoire, ma passion. Une expérience de foi en politique, L’Harmattan, Paris, 2014, pp. 63-64
39- The Star, op.cit.
40- Vavoua est une ville gouro située dans le Centre-ouest du pays juste au Nord de la ville de Daloa. Les rebelles de Ouattara sous le commandement de Koné Zakaria y avait installé un de leurs quartiers généraux. Après avoir tué en masse les planteurs gouro du cacao et enseveli dans une fosse commune sur laquelle il a fait construire un bâtiment en dur qui tient lieu de centre de réunion, il a organisé dans cette ville le commerce de cacao. De Vavoua, l’on a vu des gros camions de 15 à 30 tonnes chargés de sacs de cacao en direction du Burkina Faso. Jusqu’en 2010, ce commerce de cacao y était encore florissant.