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17/02/2016

Syrie, nous sommes à un tournant !

Fabrice Beaur (Фабрис Бэор) / GUERRE EN SYRIE - LA SITUATION ACTUELLE - UN TOURNANT MAJEUR -
VERS UNE GUERRE RÉGIONALE/INTERNATIONALE ? /

Avec SYRIA COMMITTEES & PCN-SPO / 16.02.2016 /
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https://www.facebook.com/syria.committees


Sur demande du gouvernement de la République arabe syrienne, la Fédération de Russie intervient militairement depuis quelques-mois sur le territoire syrien.
La nature de l'intervention russe est une aide en "matériel" (armes, munitions) et la présence de quelques conseillers militaires auprès de l'Armée arabe syrienne.
Mais l'essentiel de l'intervention russe se situe dans une présence aérienne très importante avec des dizaines d'avions de chasses, de bombardiers et d'hélicoptères.
La Russie utilise également toutes les sortes de missiles guidés (air-sol, mer-sol) pour frapper les groupes terroristes en Syrie.

Dans les premières semaines, il était presque impossible de percevoir un quelconque résultat de tout cela. Pour une raison très simple. Sans entrer dans les détails de la stratégie militaire appliquée, il faut savoir que l'objectif premier de cette intervention était de stopper l'avancée lente mais réelle des groupes terroristes islamistes. Pour ce faire, il fallait déstabiliser leurs infrastructures de soutien logistique. Et c'est ce qu'à fait l'aviation russe en bombardant essentiellement les lignes arrières, avec les dépôts de munitions, les centres d’entraînement, les postes de commandement, etc.
Une fois cela fait, nous avons vu l'Armée syrienne et ses alliés réorganisés et réarmés repasser à l'offensive avec le soutien actif de toutes les forces aériennes russes et syriennes.
Et c'est à partir de ce moment-là que nous avons pu voir sur le terrain le début de la reconquête par petits bouts des villages et des villes occupées par les groupes terroristes.

ALORS AUJOURD'HUI, DANS QUELLE SITUATION SOMMES-NOUS ?

Depuis plusieurs semaines déjà, nous sommes dans une phase de reconquête. Rien n'est fulgurant car il faut tout de même avoir à l'esprit le nombre massif de "volontaires" étrangers en Syrie qui est possible grâce à l'aide financière et matériel de l'Arabie saoudite, du Qatar et la Turquie de l'islamiste "modéré" Erdogan.
Et surtout qu'après 5 années de guerre, les troupes syriennes sont en nombre limité et qu’il faut souvent les déplacer d'un point du front à un autre selon les offensives en cours.

UN TOURNANT MAJEUR.

Mais aujourd'hui, nous sommes réellement dans une phase d'offensive générale de l'Armée syrienne. Et sur le terrain , les résultats sont-là :
- Dans la province de Lattaquié,
l'immense territoire montagneux du nord de la province qui était occupé par les groupes islamistes est en cours de totale reconquête par Damas. La situation est tellement désespérée pour les "amis" d'Ankara que l'artillerie turque a, dimanche dernier, tiré sur des positions de l'armée syrienne pour aider des terroristes à fuir un village en cours de libération.
A cette occasion, et après plusieurs jours de provocations du même genre, l'Armée syrienne a riposté sur la zone d'origine des tirs par des tirs d'artillerie.
A l'heure où j'écris, je peux vous confirmer le début de la reconquête de la ville de Kinsabba, la dernière place forte des terroristes dans cette région. Une fois cela fait, il ne restera qu'une poche plus au nord accolée à la frontière turque qu'il faudra reprendre pour achever la purge totale de cette région.
- Dans la région d'Alep,
après plus de deux ans de presque statu quo, une offensive surprise a permis de couper la route nord d'approvisionnement des groupes terroristes. Combinée avec l'offensive des kurdes en Syrie, les islamistes sont en totale déroute. Ce pourquoi, l'artillerie turque, ici, et une fois encore, bombarde sans cesse les positions kurdes afin de stopper leur avance et de limiter la casse pour les survivants islamistes de cette offensive commune.
A l'est d'Alep, l'aéroport de Kveyris qui était encerclé depuis 2 ans a non seulement été libéré mais est aujourd'hui le centre pour une reconquête totale d'Alep et de toute la région jusqu'à l'Euphrate.
- Il est à noter également que depuis une grosse semaine un nouveau front a été ouvert par l'Armée arabe syrienne sur le corridor sécurisé d'approvisionnement d'Alep. Jour après jour l'Armée arabe syrienne avance ses troupes. Et s'approche au plus près de Raqqa, la capitale de facto du soi-disant "Etat islamique". L'objectif étant la base aérienne de Tabka au bord de l'Euphrate. Ce qui couperait l'EI du reste de ses positions restantes dans le Nord de la Syrie et de la région d'Alep. Et par la suite d'un point d'appuis pour se lancer à l'assaut de Raqua,
- Sur Damas,
la situation est plus complexe du fait de la présence encore massive de la population. Cela limite donc les actions militaires pour libérer les territoires sous le contrôle des groupes terroristes.
Mais cela n'empêche pas d'avoir depuis ces dernières semaines libéré un quartier entier au sud de Damas. Et à l'ouest une poche est en cours de résorption.
Sans oublier le coup très dur porter au principal groupe terroriste (soutenu par Riyad) avec l'élimination de son chef et de ses principaux lieutenant dans la Goutha orientale.
- Au Sud de la Syrie,
la situation est également en mouvement. Dans cette région, Damas grignote petit à petit les villes sur un axe routier principal en direction de la frontière jordanienne dont le contrôle lui échappe encore.
- A Deir-ez-Zur,
la situation est critique. C'est là un vrai point noir dans la lutte contre les islamistes. Déjà plus de deux ans que cette ville, la plus éloignée des lignes syriennes, est totalement assiégée par "l'Etat islamique". Et depuis ces dernières semaines, la zone contrôlée par le gouvernement se réduit. La poche de résistance est ravitaillée par les aviations russe, iranienne et syrienne. Les combats sont acharnés. Le choix pour les héroïques résistants syriens est simple : vaincre ou mourir !

Voilà donc militairement où nous en sommes aujourd'hui en Syrie.

A LA CROISÉE DES CHEMINS.

C'est dans ce cadre qu'il faut comprendre la montée des tensions avec les menaces turques et saoudiennes d'intervenir militairement au sol en Syrie.
Ainsi que la déclaration de ce jour d'Angela Merkel, la Chancelière allemande qui vient de soutenir la proposition d'Ankara qui consiste de mettre sur place une zone d'exclusion aérienne dans le nord de la Syrie.
Mais pourquoi seulement le Nord me diriez-vous ? Parce que le vrai objectif d'Ankara n'est pas de lutter contre Daesh mais de lutter contre les kurdes. Ankara de tout temps (ce n'est pas propre à Erdogan, il faut le reconnaître) a la hantise de voir se constituer à sa frontière une zone kurde autonome ou indépendante qui pourrait alors devenir une base arrière pour les groupes kurdes en Turquie dans leur lutte contre l'Etat turc.
Berlin soutient donc officiellement la position d'Ankara. Le dossier des réfugiés arrivant en masse dans l'UE via la Turquie n'y est sans doute pas étranger.

C'est dans ce cadre également qu'il faut comprendre la déclaration de Riyad d'envoyer en Syrie des troupes pour là aussi lutter officiellement contre Daesh ... qu'elle a auparavant financé comme le démontre tous les rapports sérieux sur le sujet.
La vraie raison étant qu'en faisant front commun avec Ankara, bien que pourtant en concurrence directe pour l'influence sur les pays arabes (voir le cas de l'Egypte où Ankara soutenait le président des Frères Musulmans et Riyad le retour au pouvoir de l'armée via Al-Sissi), Riyad veut contrer l'Iran sur le terrain syrien et de façon militaire.

Maintenant, que va-t-il se passer si Ankara et Riyad interviennent en Syrie ? En droit international, cela serait qualifiable d'agression contre un Etat souverain. Car il est bien évident que le Conseil de sécurité de l'ONU refusera toute motion autorisant l'envoi de troupes en Syrie via un veto ET de Moscou ET de Pékin.
Mais bon, le camps occidental et le Droit, nous savons ce que nous devons en penser. Serbie, Irak, Libye et aujourd'hui la Syrie.
Je repose donc ma question. Enfin, je précise ma question : que peut-il se passer, si l'on se met dans cette hypothèse d'intervention turco-saoudienne, quand l'Armée turque rencontrera les avions russes, quand les troupes saoudiennes rencontreront les soldats iraniens ?

Nous le voyons, la situation est explosive. Elle risque de dégénérer en guerre totale. C'est ce que faisait remarquer le Premier-ministre russe Dimitri Medvedev dans une récente interview à Euronews.
Mais peut-être, et espérons-le, c'est l'analyse et le pronostique de Bachar el-Assad qui est le bon. A savoir, que cela relève du chantage pour obliger Damas à céder face aux groupes terroristes. Car s'ils en avaient l'autorisation de la part de leur protecteur nord-américain, Ankara et Riyad seraient déjà intervenus en Syrie.

Je pourrais en finir là, sauf que... Sauf que depuis aujourd'hui, Massoud Barzani, le président de la région kurde autonome en Irak vient de déclarer l'organisation prochaine d'un référendum sur l'indépendance. Celui-ci ne devant pas déboucher immédiatement sur une indépendance mais « de permettre au peuple kurde d'exprimer clairement son choix pour le futur. »

Bien que stratégiquement cette région frontalière avec la Turquie est moins importante que les régions kurdes dans le Nord de la Syrie, il n'empêche que la situation politique de la région a poussé le leader kurde irakien à avancer ses pions et de mettre sur la table la question taboue depuis près d'un siècle : la création d'un Etat kurde.
Les expériences éphémères de la République d'Ararat (1927-1931, Turquie) ou bien de la République de Mahabad (1946, Iran) démontrent s'il le fallait de la persistance d'une ancienne revendication du peuple kurde : exister en tant qu'Etat.

Mais fermons cette parenthèse pour revenir à ce qui nous préoccupe plus précisément aujourd'hui.

Donc lorsque vous combinez cette dernière déclaration qui vient alimenter la hantise d'Ankara et Erdogan qui semble actuellement échapper au contrôle de son protecteur U.S. vous comprendrez que l'engrenage de la guerre se précise.
Les intervenants se multiplient, les actions militaires également (positionnement depuis hier d'avions saoudiens en Turquie) et personne ne voulant lâcher prise. Les bombes semblent devoir pleuvoir encore. Et cela risque de ne pas se limiter au territoire syrien ou irakien mais déborder. Conflit régional ou conflit mondial en perspective ?

A notre humble niveau, nous ne pouvons que souhaiter victoire aux soldats syriens qu'ils soient de l'Armée, des milices populaires, des milices du Ba'ath et de ses alliés. Nous ne pouvons que souhaiter la victoire du gouvernement de Damas afin que la Paix puisse y revenir pour reconstruire leur pays et y trouver les joies d'une vie simple, honnête et travailleuse.

C'est de cette victoire que nous serons redevable aux combattants syriens. Car c'est de cette victoire que dépend le début de l'éradication du terrorisme international islamiste. La Paix passe par la victoire de Damas qui sera aussi une victoire de Téhéran et de Moscou.
Et dans le cadre de notre combat pour la libération de l'Europe de la domination politico-militaire de l'OTAN, donc de Washington, cela ne peut que nous réjouir. C'est ce que nous souhaitons !

FBFabrice Beaur (Фабрис Бэор)

01:08 Écrit par Shlomit | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | Pin it! | | |

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