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18/02/2016

Prisons 5 *: visite à la prison de Sassandra

Côte d’Ivoire-Prison de Sassandra: De graves révélations de L’Eléphant déchaîné, on se croirait en ex-URSS!

Sassandra-Prison civile copieLe gouvernement a décidé de construire de nouvelles prisons pour réduire la surpopulation carcérale. Mais en attendant, le pachyderme vous décrit les conditions de détention d’une de nos prisons du pays, celle de Sassandra.

Vite, de nouvelles prisons!

En juin 2015, le Premier ministre, Daniel Kablan Duncan, posait la première pierre d’une maison d’arrêt et de correction à San Pédro. Et «le gouvernement a en projet la construction de 22 nouvelles prisons. Nous sommes dans une phase de réalisation de dix nouvelles pour mettre nos prisonniers dans de meilleures conditions» («Alerte Info», 4/11/15). Ainsi s’exprimait Gnénéma Coulibaly, l’ex-garde des sceaux, après une rencontre avec Mohammed Ayat, expert indépendant en matière de Droits de l’Homme pour les Nations Unies en Côte d’Ivoire. Cela démontrait de la nécessité pour les autorités ivoiriennes de s’attaquer au problème de la surpopulation carcérale. «L’Eléphant», tout en plaignant les responsables et gardes pénitentiaires de la maison d’arrêt et de correction de Sassandra, décrie ici avec force détails en se basant sur la réalité de cette prison, les coulisses d’une incarcération.

Comme au Goulag?

Un fameux ouvrage écrit par Soljenitsyne, «L’Archipel du Goulag», «traite du système carcéral et de travail forcé mis en place en Union soviétique. Écrit de 1958 à 1967 dans la clandestinité, l’ouvrage ne se veut ni une histoire du Goulag ni une autobiographie, mais le porte-parole des victimes «Goulag de Solovki», créé dès 1923 sur les Îles Solovetski. Pour rappel, Goulag (Glavnoe ou Direction principale des camps de travail) est un acronyme utilisé par l’administration soviétique pour désigner des camps de travaux forcés. Le terme «archipel» est utilisé pour illustrer la multiplication des camps et leur diffusion dans tout le pays, comme un ensemble d’îlots connus seulement de ceux condamnés à les peupler, à les construire ou à les relier.» («Wikipédia»). Tout porte à croire qu’on pourrait qualifier la prison de Sassandra à un Goulag, selon des témoignages de plusieurs détenus qui y ont séjourné.

Les conditions d’incarcération

La prison de Sassandra qui a été construite pour 200 personnes, en comptait 496, le 11 janvier 2016. Entre autres cellules, attardons-nous sur le blindé. Le 9 janvier, il y avait 101 prisonniers dans cette cellule, dont 100 noirs, et un blanc. Pour une cellule, tenez-vous bien, qui fait 9m 20 sur 6m 20. Il y a un WC et deux piliers de 30/30, ce qui laisse un espace habitable qui fait 54m 2 75, espace où l’on peut se coucher. Dans toute la prison il n’y a pas de lit, ni de couchette. Au blindé, il y a 10 matelas pour les responsables prisonniers: chef de chambre, commando, commis de l’administration, les chefs religieux, (ceux qui prêche pour leurs fidèles). Parce que dans ces conditions, il y a des gens qui sont là pour 20 ans, et qui n’attendent plus que l’aide de Dieu! Outre ce petit monde de privilégiés qui gère la cellule et qui a droit au matelas, les 91 autres prisonniers se couchent sur des nattes. Et chaque prisonnier n’a même pas 1 cm d’intimité. Il y a le WC qui fait 1m 70 sur 1m 25. Donc sur 2m à 2 m 25, on arrive à y loger 17 personnes. Et les prisonniers y sont détenus en 5 groupes. Ils sont tous tors-nu, compte-tenu de la chaleur qui y est affreuse.
Voici comment on s’y organise pour dormir: Le 1er détenu se met la tête dans une encoignure, on le pousse contre le mur. On demande à un 2e de se coucher, celui-là met ses pieds à la tête de l’autre, on le pousse contre l’autre. On pousse la tête du 1er détenu contre le pied du second, on pousse le ventre. Ainsi de suite, jusqu’à 17 détenus sur 2m 25. Ça c’est Yopougon! Mais, vous avez la Riviera qui est pour les chefs de cellules. Où on a 1 matelas pour 5 personnes. C’est-à-dire que lorsqu’un détenu prend une position, il reste dans cette position jusqu’au matin. Ils sont couchés à même le sol, sur un côté. Bien sûr que ça fait mal, mais il est difficile de changer de position! Lorsque tu es couché sur le dos, tu reste ainsi, pas un moyen de changer de position. Impossible! Lorsqu’un malchanceux essaie de se retourner, il perd sa place parce qu’automatiquement, les autres détenus bouchent l’espace ainsi libéré. Parce qu’ils sont comprimés. Les 10 responsables dont nous avons parlé un peu plus haut, occupent 10 espaces. Donc il reste 5m 75 pour 8 personnes. Il y a deux personnes qui surveillent le WC pour le maintenir propre, et il est à louer, bien évidement! Une petite équipe qui gère la gestion d’eau. Il n’y a pas d’électricité dans la cellule, mais il y a de la lumière. Les plus cossus de la prison paient certains de leurs co-détenus qui se privent de sommeil et les soufflent, pour de l’argent. Dans d’autres cellules, il y a un ventilateur. Donc il y a 4 ou 5 personnes qui sont debout, et qui font le ventilateur. Et pour cette prestation, ils sont rémunérés, 1000 FCFA par semaine. Donc, ils ne dorment pas la nuit pour 1000 FCFA par semaine. On a 1 souffleur pour 4 ou 5 personnes, et comme tout le monde n’a pas d’argent, c’est seulement 20 personnes qui se font souffler la nuit sur les 101. A cette allure, d’autres dorment, pendant que cette petite équipe est à la tâche.
10 matelas pour 101 détenus, c’est aussi ça, l’émergence dans quatre ans!
Et le Ministre Sidy Touré devrait y penser, 1000 FCFA par semaine, ce n’est pas mal pour tout jeune chômeur! Quand on ferme les portes instantanément, tout le monde se met à transpirer. Concernant les WC, les détenus ont accès à ça seulement, la nuit. La journée, on n’y a pas accès. La journée, il y a deux points d’eau.  «Pendant ces deux mois que j’ai fait dans cette prison de Sassandra, ces deux points d’eau ont été coupés pendant une quinzaine de jours. Dans toute la prison il n’y avait pas d’eau. Dans ces deux points d’eau, il faut se taper 2 heures pour avoir un sceau d’eau. On a 7 WC et 8 douches en pleine air, où je n’ai jamais vu une goutte d’eau couler Il y a une tonne de douches, mais pas une goutte d’eau. Il y a une pénurie d’eau en permanence, à la prison. Avec tout ce que cela implique. Comme dans les cellules on n’a pas le droit d’utiliser les toilettes, lorsqu’il y a un peu d’eau, les responsables font la loi. Certains font sortir l’eau des cellules pour les vendre à ceux qui ont de l’argent…» Dehors, ce n’est pas plus confortable! C’est comme à une gare de «Wôrô-wôrô», aux heures de pointe. Les prisonniers s’attrapent les poignées pour se tenir mutuellement. Il n’y a rien pour s’asseoir dans la cour. Il y a une petite muraille qui fait 20 mètres de long, autour de l’appatam, c’est le seul endroit où l’on peut s’asseoir. 200 voir 400 à vouloir s’asseoir.

La nourriture et les soins de santé abondent

Comme nourriture, normalement, tous les jours à 11h, il y un bol de bouillie de riz, ou un bol de bouillie de mais, avec un bout de pain assez dur. Mais la bouillie de riz c’est 3 jours sur 4 ou 2 jours sur 3. Souvent, il y en a peu (budget oblige!). Donc, quand ces périodes arrivent, on ne leur sert uniquement que le bout de pain. Certains détenus arrivent à mouiller le pain dans un peu d’eau qu’ils ont pu recueillir, à laquelle ils ajoutent du sucre et le tour est joué! Le soir, c’est la ration pénale. C’est-à-dire du riz avec de la sauce. Quelle que soit la sauce (graine, arachide etc..), c’est toujours de la sauce claire, parce que c’est de la flotte et, il n’y a pas pour tout le monde, très souvent. Les maladies les plus courantes sont les furoncles. «Moi, j’avais le dos qui était complément défoncé; que des furoncles. Ils ont mis 4 jours pour me soigner. Deux piques de retapen, 5 semaines d’antibiotiques. Cela a été plusieurs fois signalé. Mais on continue de déférer, de déférer. C’est connu, c’est sûr. Il y a des problèmes de nutrition, de béribéri».

La faute à l’administration?

Un ex-détenu de ladite prison qui a voulu parler au quadrupède à visage découvert, du nom de Charrier Gilles René Paul  dit «Le blanc du blindé», affirme: «Le décret a été signé le 23 décembre 2015 (concernant la grâce présidentielle), et j’ai été libéré le 14 janvier 2016. Ils ont mis pratiquement un moins à publier le décret parce que cela ne les arrange pas. Moi, je n’en veux pas aux responsables pénitenciers. On leur envoie 200 personnes, c’est difficile pour eux de gérer tout ce monde. C’est au procureur de gérer le problème. La justice ne fait pas son travail! Le 13 janvier, la veille de ma libération il y avait 4 92 incarcérés, il y avait 222 prévenus et 270 condamnés. Il y a autant de prévenus que de condamnés. Il y a des prévenus qui sont là-bas depuis 4 ans alors que la loi dit 18 mois de détention préventive. Pendant 4 ans, ils ne savent pas à quelle sauce ils vont être mangés. La détention préventive c’est par période de 6 mois. Le problème de la surpopulation carcérale, c’est le non travail des juges. Ils sont parfois étonnés du nombre de détenus. Ils disent ʺIl y a autant de détenus que ça!ʺ Il y a un détenu qui est dans la prison depuis 4 ans, il a été entendu deux fois et chaque fois, on lui dit qu’il n’y a pas d’argent pour faire des enquêtes. Ce sont des réponses ça? Une fois, ils m’ont foutu en tôle pour un délit que je n’ai pas commis, si je n’avais pas fait appel, je serai en prison. Je vous dis qu’ils ont fait une ablation de la conscience. Les juges se foutent complément des détenus. Les gens ont été compressés les uns les autres. Une fois, je me suis cassé la figure. J’ai perdu mon équilibre. Tu es obligé de chercher un endroit de 50,60 ou 80 cm, où tu peux arriver à glisser ton pied sans écraser la tête de quelqu’un.»

La surpopulation carcérale a de beaux jours devant elle!

La grâce présidentielle a été prise le 23/12/15. Mais les prisonniers de ladite prison, concernés par cette mesure, n’ont été relâchés qu’après l’intervention de l’Onuci. Et libres dès le 14/1/16. Les magistrats seraient passés chez ceux qui avaient moins de 4 ans de prison, ceux qui avaient des appels. En leur demandant de renoncer à leur appel pour pouvoir bénéficier de la grâce. Pour avoir moins de dossiers à traiter? Il y a un détenu à qui les magistrats ont fait cette proposition. Il aurait été conseillé par un de ses co-détenus de poser la question au magistrat de savoir à combien d’années il devait avoir droit, en cas de condamnation définitive,  s’il pouvait avoir le texte de la grâce pour savoir s’il devait en bénéficier ou pas. Il se rend donc dans le bureau du magistrat pour se renseigner. Comme prévisible, il a essuyé un refus catégorique de la part du magistrat. Le détenu téméraire, lui fait savoir que dans un tel cas, il préfère ne pas signer. Il a été purement et simplement chassé du bureau du procureur. Quelle impertinence, en somme, même s’il y allait de sa liberté! En réalité, son délit est un crime sexuel qui ne faisait pas partie des délits concernés par la grâce. S’il avait renoncé à son appel, on se retrouverait encore avec un détenu qui encourait plus que sa peine, s’il venait comme d’autres, à passer aux oubliettes!
Et tenez-vous bien, beaucoup de prévenus ont signé, pour dire qu’ils renonçaient à leur appel pour pouvoir bénéficier de la grâce, et n’en ont pas bénéficié. Ne devaient-ils pas plutôt avoir les informations adéquates pour mieux décider de son sort…?

JOSE N’GORAN, in L’Eléphant déchaîné n°420
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