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12/02/2016

le procès GueÏ Robert, vu par l'Inter

12 février 2016 -L'Inter
Le procès sur l'assassinat du général Robert Gueï, le 19 septembre 2002, aux premières heures de la rébellion ivoirienne, aurait pu connaître son épilogue, ce mardi 9 février avec le début des plaidoiries, si un fait ne s'était pas produit au tribunal militaire d'Abidjan-Plateau.


En tant que partie civile, le troisième fils du Gal assassiné, Gueï Droh Michael, capitaine du 1er Bataillon des commandos parachutistes (Bcp), en poste au camp d'Akouédo au moment des faits, a fait des révélations qui ont obligé le président du tribunal, Dembélé Tahirou à suspendre l'audience. Il a révélé à la barre avoir reçu la visite de quatre militaires parmi lesquels figuraient Serges Durand et ''Tyson'' (surnom d'un prévenu) après l'assassinat de son géniteur au camp d'Akouédo. Ceux-ci, dit-il, étaient venus le chercher sur ordre ''du Palais présidentiel'' pour l'entendre. Gueï Droh Michael a indiqué avoir bénéficié de la solidarité des éléments présents ce jour au camp, qui se sont opposés à son départ. Il a même dit que les éléments en question ont fermé le grand portail du camp pour contraindre Serges Durand et Tyson à leur dire le nom de la personne qui veut l'entendre à la Présidence. Et que ceux-ci ont dit avoir été envoyés par Katé Gnatoa, patron du Groupement de la sécurité présidentielle (Gspr) à l'époque des faits. Dembélé Tahirou saisit la balle au bond pour demander à Serges Durand et au nommé Tyson de venir à la barre pour une confrontation. Ceux-ci disent connaître effectivement le fils du Gal Gueï, mais nient avoir été dépêchés au camp pour le chercher. « Notre dernière rencontre remonte à 1996 », a lâché timidement Serges Durand. Le juge Dembélé Tahirou est visiblement écœuré. « Vous jouez à un jeu très dangereux dont les conséquences pourraient être dommageables pour vous. Si ce que vous dites n'est pas vrai, je vais considérer que tout ce que vous avez dit depuis le début du procès jusqu'à maintenant est faux. Êtes-vous vous venus oui ou non le chercher ? », interroge-t-il. « Non, nous ne reconnaissons pas les faits », répondent, en chœur, les prévenus. Le fils de Gueï Robert semble choqué. Il insiste sur sa déclaration et propose de faire venir des témoins pour corroborer ses dires, puisque le jour des faits, dit-il, il y avait une centaine d'éléments au camp d'Akouédo.

« J'étais en contact avec mon père »

Le juge lui demande de donner des noms et des numéros de personnes pouvant attester qu'il dit vrai au commissaire du gouvernement, Ange Kessi. Dembélé Tahirou veut entendre de nouveaux témoins. Auparavant, Gueï Droh Michaël a raconté sa journée du 19 septembre 2002. Il dit avoir eu au téléphone, depuis 3h du matin, son géniteur avec qui il dit être resté en contact jusqu'aux environs de 7h. Il a indiqué que le Gal Robert Gueï lui a confié qu'il se rendait à la cathédrale pour y trouver refuge et qu'il n'était ni de près, ni de loin, mêlé à ce qui se passait. Il dit avoir appris, vers 15h, pendant qu'il était au camp, la mort de son géniteur et les circonstances de son assassinat. Le juge lui demande s'il ne sait rien de sa mort. Le fils rétorque qu'il ne sait que ce que des éléments de la Garde républicaine lui ont rapporté, soit verbalement, soit par écrit. Il a révélé que selon les informations en sa possession, son père a été extrait de la cathédrale du Plateau et conduit à la résidence du chef de l’État, tué et jeté à la Corniche à Cocody. « Ils m'ont parlé du transport avec Séka, le capitaine Katé Gnatoa. Il paraît que le Gal Dogbo Blé était à la résidence de Gueï », a-t-il lancé. S'agissant de l'assassinat de l'aide de camp de son père, le Capitaine Fabien Coulibaly, il dit avoir recueilli à cet effet le témoignage du gardien de la résidence de son géniteur, un certain Bayala décédé par empoisonnement, dit-il. Gueï Droh indique que Bayala lui a confié que c'est le capitaine Séka Yapo Anselme qui a enlevé Fabien Coulibaly à la résidence de Gueï Robert. « Bayala le connaissait très bien. Il m'a dit que quand ils sont arrivés, ils ont libéré des tirs de sommation. Fabien Coulibaly a envoyé Coulibaly Tiégbé s'informer de ce qui se passait. Celui-ci est revenu plus tard, torse nu et a indiqué que le Capitaine Séka Yapo Anselme leur demande de sortir. Fabien Coulibaly a demandé aux autres éléments à la résidence de sortir et qu'ils n'ont rien à craindre avec Séka Yapo Anselme. C'est ainsi qu'ils sont sortis », a révélé le fils du général Gueï. Il a indiqué avoir entendu Bayala dire que plus tard, ils sont venus chercher Mme Gueï Robert. Dans son récit, il a rappelé avoir découvert, un jour, la voiture de Fabien Coulibaly dans un garage. Il lui a été dit que le véhicule est en vente. Gueï Droh dit même avoir souvenance d'un appel de Katé Gnatoa le menaçant de choisir entre sa vie et les véhicules de son père. « Pour la mutation des véhicules, il fallait mes pièces puisqu'ils sont au nom de Cissé Ayouba (un vieil ami de Gueï Robert) et moi-même », a-t-il révélé.

« Ils ont cassé son cou »

Le deuxième fils du général Gueï, Gueï Bieu Gérald Alain, également militaire 2002, a dit sa part de vérité. Quand il a fini son récit sur son programme du 19 septembre, il a lancé à l'endroit des accusés : « comment Dogbo peut-il dire qu'il n'était pas à la résidence de mon père ? Où a-t-il trouvé la Cherokee (nom d'une voiture) de Gueï dans laquelle il roulait ? Et l'Infinity (un autre nom de voiture) dont parle Katé Gnatoa ? Elle était à la résidence de mon père. Séka a pris un paquet de tissus que mon père avait reçu  de Guikalou Saint Cyr. Qu'ils reconnaissent qu'ils ont été cruels et méchants. Qu'est ce qu'on vous a fait ? On ne vous a rien fait. Tous ceux-là étaient dedans (il pointe du doigt les prévenus assis dans le box des accusés). Demandez pardon pour que ça ne vous suive pas », a-t-il relevé, un brin coléreux. Puis de poursuivre : « il (Gueï Robert) a été tué à la résidence de Gbagbo, noyé. Ils ont cassé son cou et on lui a tiré une balle dans la tête. Séka n'était pas seul. Qu'il dise ceux qui ont fait ça et demandent pardon. Ils sont impliqués dans la mort de mon père ». Il a aussi évoqué l'éventualité de la présence de Mme Simone Gbagbo le jour de l'assassinat de son géniteur, selon dit-il, les informations qu'il a reçues. Avant eux, la génitrice du capitaine Fabien Coulibaly a dit aussi ce qu'elle savait du 19 septembre 2002. Premier à passer à la barre, Affi N'guessan, président du Front populaire ivoirien (Fpi) et Premier ministre au moment des faits a, lui aussi, dit ce qu'il savait de la mort du Gal Gueï, c'est-à-dire, rien. Interrogé sur les accusations qu'il aurait faites sur Radio France internationale (Rfi) contre Gueï, il a fait des précisions. Il a démenti avoir dit que l'ex-chef de la junte militaire partait prendre la télévision en vue d'y annoncer un putsch. Par ailleurs, il a dit avoir indiqué sur la radio française que le Gal Gueï et le ministre Emile Boga Doudou avaient été tués. Il a souhaité que la vérité soit sue des Ivoiriens sur ces événements douloureux afin que la réconciliation soit une réalité. Affi N'guessan est resté pendant une trentaine de minutes après son témoignage, avant de se retirer.

Coulibaly Tégbé, un témoin capital

Il est l'énigme du procès, une sorte de pièce manquante du puzzle de la mort du Gal Gueï et de sa famille. Lui, c'est Coulibaly Tiégbé,  et membre de la garde rapprochée de l'ex-chef de la junte. C'est le seul témoin vivant de la mort du capitaine Fabien Coulibaly. C'est lui qui, après être sorti pour s'informer auprès des auteurs des tirs de sommation devant la résidence du général est revenu dire au capitaine Fabien ce qui se passait. Il serait même revenu torse nu demander aux occupants de la maison de sortir. Et après, les corps des militaires en poste à la résidence ont été retrouvés dans différentes communes d'Abidjan. Dans le témoignage de l'un des fils de Gueï, Coulibaly Tiégbé serait en vie et il aurait été aperçu à plusieurs reprises par des proches du Gal Gueï dans des communes d'Abidjan, après les événements du 19 septembre 2002. Il aurait participé à des ventes de véhicules qui étaient à la résidence de Robert Gueï. Où est-il ? Que devient-il ? Aucune réponse. Et pourtant, le témoignage de ce soldat aurait été un pas de plus vers la manifestation de la vérité. Tout compte fait, il au président du tribunal, souverain dans la conduite de ce procès, d'apprécier les faits, au regard des témoignages et des propos des prévenus, et d'agir en conséquence.

Y.DOUMBIA, repris sur lInfodrome

11:56 Écrit par Shlomit | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | Pin it! | | |

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