Shlomit
topblog Ivoire blogs Envoyer ce blog à un ami

12/02/2016

dernier volet de l'analyse du livre de Fanny Pigeaud

(3) Pigeaud, une Histoire tronquée

Le lexique
Il va falloir établir un premier lexique de la problématique discutée par Pigeaud, nous interroger sur sa conviction éthique, celle que porte le livre.
Pigeaud tente d’inviter la corporation des grands médiats à revisiter sa propre déontologie qu’elle décline en devoir sacerdotal. Le sacerdoce ici, ce sont les faits, toujours les faits nus avant tout habillage, avant les commentaires. Elle constatera, déçue, la volonté délibérée, pour les animateurs de ces sociétés de presse, de confondre leur jugement aux faits. Et cette impossibilité de distanciation a mécaniquement poussé les puissants à commettre, dans les terroirs Godié, des actes dont nous mesurons les conséquences inavouables. Les grands médiats se sont transformés en feuilles de propagande pour les carrières politiques des puissants. Ils incitent et justifient les politiques de la Terreur de l’Occident européen.

Cette question de la déontologie médiatique est la porte d’entrée ; elle est au cœur du livre. C’est elle qui dessille et dévoile. Ce questionnement est alimenté, de mon point de vue, par l’abondante documentation des citations, des définitions et portraits lexicaux (1) , des « renvois en bas de page ».
Pourquoi avoir tronqué les faits ? Pourquoi avoir maquillé la réalité ? Pourquoi avoir soutenu en France au sommet de l’Etat l’invasion armée de la Côte d’Ivoire ? Pourquoi avoir diabolisé les institutions ivoiriennes et leurs animateurs légitimes ? L’autocensure n’est pas un trait de caractère de l’intelligence. Elle en est la négation.

Toutes ces questions tendent à expliciter la raison théâtrale médiatique qui régente, régit ou régule, c’est selon, l’espace public européen et français. Cet espace fait d’ombres et de lumières tend à donner du sens non à la réalité des faits mais à s’assurer que l’Occident est puissant, a toujours un coup d’avance sur tous les autres, et que ses peuples sont probablement supérieurs aux autres peuples et singulièrement aux terroirs africains dont les terroirs du Godié.

Je vais m’appliquer à caractériser par l'extrait textuel les différents arguments qui convergent nécessairement à rendre compte de l'objectivité de la question : qui a gagné l’élection présidentielle du 27 novembre 2010 ? Est-ce Dramane Wattara ? Est-ce Laurent Gbagbo arbitrairement privé de tous ses droits naturels et fondamentaux ?

C’est cela qui motive fondamentalement ma contribution analytique du livre de Fanny Pigeaud
Une forte impression contradictoire m’habite. Je me trompe peut-être. Je vais aussi l’exprimer. D'un côté, il y a un témoignage détaillé adossé à une impressionnante fresque documentaire et bibliographique. De l'autre une austérité (sécheresse) analytique et interprétative. Pigeaud dépose. Elle n’analyse pas. Elle n’interprète pas. De temps à temps, elle indique une insuffisance dans le rendu des faits ou une erreur factuelle. Jamais une posture critique directe. Tout s’entend dans la nuance des mots et de leur expression individuelle ou articulée. Plus qu’un compte-rendu c’est un véritable Procès-verbal.

Je me suis confronté à l'organisateur psychologique décrit par mes amis. Fanny Pigeaud a déposé à portée de main, pour tous, le portrait de chacun des acteurs, visité les actes politiques (vision) qui se sont affrontés entre décembre 2010 et le 22 mai 2011. Elle dit et écrit à tous et à toutes de tirer les leçons et les conséquences éthiques et juridiques (judiciaire) voire culturelles ou cultuelles selon les sensibilités des uns et des autres. Je saisis cette offre pour esquisser ma compréhension de l'histoire manipulée et viscéralement tronquée.

Voilà le mot fétiche : tronquer. Qu’est-ce à dire ? Tronquer c’est retirer une partie importante de quelque chose, ce que l’on jette, camoufle, occulte, ne prend pas en compte. Ici, ce qui est important c’est ce que l’on retire, et surtout comment on s’y prend.
Fanny Pigeaud répond dès la première page de garde de son livre : ce qui semble ne pas avoir été pris en compte c’est l'histoire inavouable entre la France et la Côte d’Ivoire.

Ce qui est enlevé convoque l’histoire politique ivoirienne. Ça tout le monde l’avait compris. Quelle est la nature réelle de ce retrait qui fait désordre au point de terroriser jusqu’au sommet de l’Etat français ? Tout le développement tend à mettre en exergue l’histoire coloniale ou la Françafrique décrite par Verschave et tant d'autres. On comprend alors mieux ce qui s'est passé en Côte d'Ivoire : une volonté délibérée et affichée par certains cercles politiques et économiques de redéployer l’ordre colonial de la France, le fameux Titre XII de la Constitution française de 1958 qui a permis ce que d’aucun appelle les accords de suzeraineté ou Pacte colonial.

Du coup, on voit que l’histoire tronquée est une histoire complexe et nécessairement inavouable. Les « décomplexés » de Paris en conviennent. Ils n’osent pas aller devant la Cpi se porter témoins à charge contre Laurent Gbagbo. Ils continuent leur petit jeu favori de se faire important et se tambouriner fièrement la poitrine à Neuilly : « Nous avons enlevé Gbagbo pour mettre Wattara sans polémique ». « Pas de monnaie pour les Noirs africains ». C’est ce discours fait d’apologie du crime de masse sur fond discutable de débat démocratique que Pigeaud met en évidence.
Elle démontre comment l’Etat français sous le règne de Chirac et surtout de Sarkozy utilisant la frustration électorale de certains milieux religieux, ethniques et régionalistes a fabriqué du faux contre Laurent Gbagbo. La voix déjà sévèrement étouffée des peuples noirs dits ivoiriens a été violemment et mortellement agressée par l’Onu (embargo sur les médicaments) et l’Etat français.
Naako de Naako
Le jour se lève toujours
------
Notes
(1) Le premier renvoi en bas de page du neuvième chapitre intitulé Épilogue décrit au vitriol le portrait sanguin de Sarkozy. Une citation essentielle. Une définition indispensable et indépassable pour comprendre ce qui s’est passé. Dans ce portrait définitionnel, on apprend que Sarkozy est un sanguin c’est à dire un sang chaud, une personnalité particulièrement brutale, colérique donnant le sentiment d’en découdre physiquement, un excité selon Antoine Guibal dans Libération précise jusque dans le détail Fanny Pigeaud.

00:44 Écrit par Shlomit | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | Pin it! | | |

Les commentaires sont fermés.