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12/02/2016

Bombardement de Bouaké, comment la France a tué ses propres soldats


En Côte d’Ivoire, on se souvient encore de ces tirs qui ont déchiré le ciel de Yamoussoukro (la capitale politique du pays), le fameux Bombardement de Bouaké. C’était un jour du mois de novembre 2004. C’est un fait à mettre aux pages sombres des forces françaises stationnées sur le sol ivoirien et qui prétextaient d’une attaque de l’aviation de Gbagbo sur l’une de leurs bases, à Bouaké, pour l’émietter. Retour sur une histoire peu glorieuse d’une France de plus en plus en décalage avec les principes qui ont fait sa grandeur.

En Côte d’Ivoire, la France aurait commandité la mort de ses soldats.

En Côte d’Ivoire, neuf soldats français de l’opération Licorne et un civil américain ont été tués le 6 novembre 2004 par des bombardements de l’armée ivoirienne. Les victimes étaient sur une base française située dans les locaux du lycée français Descartes, à Bouaké (au centre du pays). La France ordonnera, les heures qui suivront, la destruction de la flotte aérienne ivoirienne alors que celle-ci était au sol dans la ville de Yamoussoukro, sise à quelques encablures de Bouaké. Les troupes françaises détruiront deux Soukhoï (hélicoptères de combat de fabrication russe) et des hélicoptères présidentiels.

Plus de dix ans après, la chaîne française Canal+ s’est penchée sur la question pour en savoir davantage sur ce scénario rocambolesque dont les tenants et les véritables aboutissants ne sont toujours pas connus. Dans l’émission « Spécial investigation » diffusée le lundi 8 février 2016 sur les antennes de la chaine cryptée, une enquête exclusive menée par Marina Ladous et intitulée « Bombardement de Bouaké : une affaire d’État ? » créera l’émoi chez les téléspectateurs et permettra de comprendre ce qui s’est réellement passé.

Long de plus de cinquante minutes, ce documentaire posera la problématique suivante : à qui profite vraiment la mort des neuf soldats français tués le 6 novembre 2004 à Bouaké ?

En France, on s’étonne toujours de l’obscurité qui entoure la mort des militaires français. De nombreux témoins livreront leur part de vérité, certains à visage découvert. Les propos du Commandant de la force Licorne de 2004 à 2005 (donc au moment des faits), le Général De Malaussène en dit long sur la théorie du complot. L’officier général a formellement affirmé que le gouvernement français n’a jamais voulu savoir la vérité sur cette affaire. L’Élysée, avec à sa tête Jacques Chirac et tous les ministres aux affaires à cette période, notamment Dominique De Villepin (Intérieur) et Alliot-Marie (Défense) ont tout fait pour étouffer l’évolution de l’enquête.

En regardant de plus près le déroulement des faits, tout porte à croire que Paris a goupillé de fond en comble ce scénario pour empêcher la libération du territoire ivoirien par Laurent Gbagbo. D’abord, les corps des victimes n’ont jamais été autopsiés. Sur les certificats de décès, les autorités françaises ont bien pris le soin de noter la même cause de décès pour tous les défunts, à savoir « blessures de guerre ». Ensuite, les efforts des quatre juges d’instruction français sont restés vains.

Les magistrats auront réussi à compiler un dossier judiciaire de 16 000 pages (auditions et dépositions) après avoir pris la peine d’ouvrir une information judiciaire pour assassinat et tentative d’assassinat contre X. Ils se verront opposer le secret défense face à leur requête de voir déclassifier le dossier. Enfin, le ministre togolais de l’Intérieur de l’époque, François Boko dit avoir informé l’Ambassade de France au Togo, la Direction générale de la Sécurité extérieure (DGSE) et plusieurs autres services de ce que les deux mercenaires biélorusses qui avaient piloté les Soukhoï étaient détenus dans les geôles togolaises. Seulement, Paris n’a jamais jugé bon de les récupérer pour le besoin d’une enquête.

L’Ivoirien André Ouraga, traducteur russophone, a servi d’intermédiaire entre les pilotes biélorusses, les techniciens ukrainiens et l’État de Côte d’Ivoire. Il a indiqué que l’ex-chef de l’État ivoirien, Laurent Gbagbo avait averti la France de son intention de se mettre fin aux activités du chef rebelle Guillaume Soro et sa bande. Ce dernier, acquis à la cause de l’actuel président ivoirien, Alassane Ouattara, a en tout temps donné des sueurs froides à LG du fait de son refus de désarmer ou d’appliquer les recommandations des différents accords de paix signés.

Selon lui, Jacques Chirac a donné son OK à Gbagbo dans son envie de réunifier le pays. André Ouraga s’étonne également du fait qu’alors qu’ils étaient entre les mains de la force Licorne dans les locaux du Groupement Aérien de Transport de Liaison (GATL), ils n’aient jamais été auditionnés. Les membres de l’équipage et lui sont restés plusieurs jours sur les lieux avant la disparition des Russes qui seront repérés au Togo par la suite. En attendant, du côté de l’Hexagone, les familles des victimes crient justice et n’ont jamais oublié qu’on leur a interdit de voir la dépouille de leur proche.

Au mois de novembre 2004, une page de l’histoire dite « très courtoise » des relations entre la France et la Côte d’Ivoire venait d’être tournée. Dominique De Villepin, ministre des Affaires étrangères au moment de la signature des accords de Linas-Marcoussis en janvier 2003 (matérialisait l’entrée des rebelles au gouvernement), avait dit comme un signe avant-coureur de ce divorce et de l’histoire d’un complot grossier perpétré par Paris contre la Côte d’Ivoire : « L’histoire, regardons-la en face. L’histoire hésite. »

Mais avant, chacun devra faire le nécessaire travail de se regarder dans une glace. Car au final, le comportement des pouvoirs français confirme la thèse du complot français contre Laurent Gbagbo pour partitionner son pays.

Dans cette vidéo, une scène est particulièrement affligeante. On voit le simple ministre français Dominique De Villepin se permettre de recadrer Laurent Gbagbo, un chef d’État africain, qui venait de comprendre le piège dans lequel cet individu tentait de le précipiter avec ses imbuvables accords de Linas-Marcoussis. Heureusement qu’on peut encore regarder « l’histoire en face ».

La vidéo du documentaire (ici).
afriquesur7.fr

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