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06/02/2016

CPI; un lieu où le rire est banni !

Voilà déjà près d’une heure que vendredi 5 février l’avocat britannique interroge le témoin P547, qui dépose depuis mercredi contre Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé. L’ancien président de la Côte d’Ivoire et celui qui fut son ministre de la jeunesse sont poursuivis par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité commis à la suite de l’élection présidentielle de novembre 2010.

Le témoin, identifié par le pseudonyme P547, est une victime de la marche du 16 décembre 2010 vers la Radiodiffusion-télévision ivoirienne (RTI), qui selon l’accusation avait fait 45 morts et 54 blessés. L’homme, que l’on ne peut voir, par mesure de protection, était camionneur avant d’être blessé. Il est venu avec ses béquilles à la Cour et ne semble plus très jeune.

Lire aussi : Procès Gbagbo : la bourde du témoin P547 et les soupçons du juge

Me Andreas O’Shea a décidé de conduire son contre-interrogatoire en français. L’avocat britannique revient sur la soirée des élections, et, c’est son rôle, semble chercher les contradictions et les failles dans le récit du témoin, qui, ce soir-là, raconte avoir, avec d’autres, empêché des gendarmes de s’emparer des urnes, avant que des hommes de l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (Onuci) embarquent les bulletins de vote pour les remettre à la commission électorale. Mais le dialogue entre Me O’Shea et P547, entrecoupé de temps de silence pour l’interprétation, tourne un peu en rond. Les questions en français du Britannique ne sont pas toujours très claires, et P547 est sur la défensive.

Comme deux potaches

A son pupitre, Charles Blé Goudé commence à sourire, puis à rire discrètement. L’une des juristes de son équipe de défense lui fait les gros yeux, mais cela ne dissuade pas vraiment l’accusé, qui déplace sa chaise pour se pencher vers Laurent Gbagbo. Depuis l’ouverture du procès, les deux hommes ont assez peu échangé. Cette fois, un brin vautrés sur leurs sièges, ils suçotent tous deux une branche de leurs lunettes, échangent quelques mots puis commencent à franchement rire.

En face, le procureur Eric McDonald bondit sur ses jambes. « Les accusés sont en train de rire, c’est quelque chose de grave !, dit-il, tourné vers le juge-président. Il n’y a rien de marrant, ici, dans ce procès. C’est le début du procès, et ce sont des questions graves ! » Sur le banc des accusés, Laurent Gbagbo, visiblement mécontent, tente de se défendre, mais micro fermé. Le président Cuno Tarfusser avoue que la scène lui a échappé, et gronde les deux accusés. Il les sermonne pour leur « manque de respect envers ceux qui sont ici et bien sûr aussi le témoin ». Puis, comme un maître d’école en colère, il prévient : « Je ne le dis qu’une seule fois ! » Epaules rentrées, comme deux potaches pris en faute, les accusés ont rapidement remis leurs lunettes sur leur nez, et se tiennent de nouveau bien droit dans leur fauteuil. Mâchoire serrée pour Charles Blé Goudé. Mine boudeuse pour Laurent Gbagbo.

« Je voudrais dire que le témoin aussi rigolait. Je ne dis pas qu’il faut le faire, mais qu’on le verse au procès-verbal », tente alors Me O’Shea. « Les accusés doivent se tenir, prévient le président italien. Le témoin a des réactions, il est sous stress, il a des émotions, et ça, on peut le comprendre. »

L’incident n’aura duré que quelques minutes. Le contre-interrogatoire a alors pu reprendre. La déposition de P547 devrait se poursuivre jusqu’à lundi soir.
LeMonde.fr

ce rire m'a rappelé un article ancien, un des premiers que j'ai écrit (20 mai 2011).
Lettre au président Gbagbo: le rire de l'Espérance

20:14 Écrit par Shlomit | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | Pin it! | | |

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