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31/01/2016

En attendant l’audience présidentielle à La Haye

En attendant l’audience présidentielle à La Haye

LG : l'homme qui déteste les musulmans!


Les 28 et 29 janvier 2016 auront tenu plus d’un Ivoirien et d’Africain en haleine. L’ouverture du procès du Président Laurent Gbagbo et de son ministre Blé Goudé à La Haye dans une Côte d’Ivoire en mal de démocratie, d‘Etat de droit et de réconciliation constitue assurément un enjeu politique majeur et l’épicentre du débat sur la souveraineté de l’Afrique. Après ces deux jours au cours desquels le Bureau du Procureur et la Représentante légale des victimes ont présenté leurs arguments d’accusation et les éléments de preuve qui les étayent, quelle analyse tout citoyen ivoirien, témoin de notre histoire récente peut-il en faire ? Tel est le propos du présent document. Mais auparavant, rendons compte de ces audiences mémorables en résumant les allégations de l’accusation et révélons en quoi leurs enquêtes ont été conduites à charge.

1. Les stratégies de l’accusation
La ligne d’accusation du Procureur n’a pas changé, tout comme celle de la Représentante légale des victimes. C’est à croire que le fait que la Cour ait demandé des preuves additionnelles n’ait pas été entendu, sauf à espérer que les témoins apportent des éléments nouveaux.
Le Président Laurent Gbagbo et son ministre Blé Goudé sont accusés de crimes contre l'humanité. Ils sont accusés d'avoir mis en place un plan commun pour que Laurent Gbagbo reste au pouvoir à tous les prix, et ce dès lors que Laurent Gbagbo a compris que l'élection était inévitable en Côte d’Ivoire et qu'il n'avait aucune chance de l'emporter.
En effet, selon le Bureau du procureur, Laurent Gbagbo s'est battu toute sa vie contre le Président Houphouët-Boigny et le parti unique pour parvenir au pouvoir suprême en 2 000 par la rue. Aussi n'entendait-il pas quitter la présidence qu’il avait eu tant de mal à conquérir ? Ainsi quand il s’aperçoit que les élections sont inévitables en Côte d'Ivoire et qu'il n'a aucune chance de l'emporter contre la coalition Ouattara/Bédié, c’est tout naturellement qu’il actionne un plan commun pour se maintenir au pouvoir à tous les prix.
Ce plan commun consiste à former un cercle de durs autour de lui, (composé principalement de militaires et cadres de son ethnie Bété et de sa confession chrétienne) dont Charles Blé Goudé est le porte parole et le communicateur en chef. La Chaîne de commandement parallèle qui se met ainsi en place et que Laurent Gbagbo dirige est alors commise à commettre des meurtres à l'encontre des soutiens de Ouattara que sont les populations du Nord, des populations du Mali, du Burkina et les autres communautés musulmanes.
Pour Mme Bensouda, les preuves de ce plan commun sont à rechercher dans les discours prononcés à Divo et au Palais présidentiel par le Président Gbagbo.
À Divo, le Président a dit ceci : « entre la paix et le désordre, vous êtes pour la paix ; et vous vous battez contre ceux qui veulent semer le désordre. Entre la légalité et l’illégalité, vous êtes pour la légalité ; et, vous vous battez contre tous ceux qui sont pour l’illégalité. C’est cela, votre rôle. Il y a une ligne de démarcation. Pour la CRS, il y a le blanc et le noir. La CRS n’est pas au milieu. Vous n’êtes pas des Juges. Ce sont les Juges qui regardent, pour voir s’il y a des circonstances atténuantes ou aggravantes, pour telle ou telle situation. Vous n’êtes pas des Juges, vous êtes des Combattants de la légalité républicaine.
Quand on dit que la République est menacée, c’est vous qui apparaissez pour rétablir l’ordre républicain.»
Et au Palais présidentiel, s'adressant au haut commandement des FDS, le Président Gbagbo a dit " si je tombe, vous tombez aussi".
Ce plan commun s'est ensuite traduit par les attaques systématiques conduites par la chaîne de commandement parallèle mise en place par le Président Gbagbo contre la marche sur la RTI, la marche des femmes d'Abobo et l'attaque aux obus du marché d'Abobo. 5300 éléments de charge et 138 témoins sont présentés pour convaincre au delà de tout doute raisonnable les 3 juges de la CPI.
La Représentante légale des victimes a soutenu la thèse du plan commun à travers l'origine des 726 victimes qu'elle représente et la nature des attaques des quartiers de Yopougon de Doukouré et Mamie Faitai. Selon elle, les victimes recensées sont Dioula, de confession musulmane et pro Ouattara. Elles proviennent soit du Nord de la Côte d'ivoire (Bouaké et le pays Baoulé font partie du Nord selon elle), soit des pays limitrophes tels que le Burkina Faso, le Mali et la Guinée. Ces victimes habitent les quartiers de Doukouré ou Mamie Faitai. Elles ont été attaquées par les populations pro Gbagbo des quartiers avoisinants, ce qui explique pour elles la nécessité que la justice soit faite afin d'extirper la peur qui les habite au quotidien. Pour les victimes, cette peur les quittera définitivement lorsque Mme Simone Gbagbo et leurs bourreaux des autres quartiers de Yopougon seront arrêtés.
Pour soutenir leurs allégations, le Bureau du procureur et la Représentante légale des victimes ont conduit des enquêtes exclusivement à charge, du moins à la lecture des éléments de preuve qu'ils ont présentés les 28 et 29 janvier derniers.

2. Des enquêtes menées exclusivement à charge
Dans les éléments de preuve présentés, nous en choisirons quelques uns pour démontrer que non seulement les enquêtes ont été menées à charge, mais que leur légèreté enlève tout crédit à leurs auteurs et à la CPI, ce qui augure une déception certaine des peuples Ivoiriens et africains.
Le Bureau du procureur déclare que la marche du RDR sur la RTI était une marche pacifique qui a été matée par les forces pro Gbagbo. Une vidéo dans laquelle on voit des soi-disant blessés est projetée. Si cette enquête avait été aussi menée à décharge pour garantir sa crédibilité, elle aurait certainement aussi fait état des discours des responsables du camp Ouattara avant ladite marche. Par exemple, comment cela se fait-il que le Bureau du procureur ne fasse pas mention de l'ordre guerrier donné par Soro à son armée le jour même de cette marche? Comment le Bureau du procureur n'a-t-il pas vu cette autre vidéo dans laquelle un soldat tire une arme lourde au départ de l'hôtel du golf peu avant le début de la marche? Comment le bureau du procureur ne s'interroge-t-il pas sur la nature des blessures des jeunes gens présentés? Pourquoi n'y a-t--il pas d'ambulance pour secourir ces soi-disant blessés où dans quels hôpitaux d’Abidjan ont-ils été conduits?
S’agissant de la marche des femmes d’Abobo, le Procureur fournit plusieurs vidéos dans lesquelles une femme qui baignait dans le sang relève sa tête et la recouche. Une enquête menée à décharge se serait penchée sur ce phénomène. De même qu’une enquête menée à décharge se serait interrogée sur qui conduisait ce char dont on dit que sortait la fumée.
Enfin, concernant les attaques d’Abobo, une enquête sérieuse aurait cherché à comprendre quel est l’intérêt de bombarder un marché avec des obus. Une enquête sérieuse aurait cherché à comprendre pourquoi des obus font si peu de dégâts, et principalement humains. Les obus par miracle ont évité les maisons alentour. Mieux, ces obus tirés dans tous les sens posent la question de la dextérité des soi-disant soldats qui les tirent. En effet, les soldats FDS ne sont-ils pas des professionnels ? Comment des professionnels peuvent-ils tirer des obus sans aucun but précis ? Et le témoignage de cette mère ne relève-t-il pas d’un miracle ? Un obus touche son fils selon ses dires, coupe son nez, une balle pénètre sa tête et un peu de sa cervelle sort de son crâne, mais il trouve la force de se lever quant il la voit et crie « maman ». N’est-ce pas merveilleux ?
La Représentante légale des victimes représente 726 personnes curieusement toutes issues d’un seul camp, toutes issues des quartiers de Mamie Faitai et de Doukouré. N’y a-t-il pas eu plus de victimes pendant la crise post électorale ? Ces victimes sont-elles issues d’un seul camp politique? N’y-a-t-il que des Dioulas et des musulmans qui sont les victimes de cette crise ? Ces victimes ne se recrutent-elles qu’exclusivement dans ces deux quartiers de Yopougon? La Représentante légale des victimes est-elle réellement allée enquêter à Doukouré et à Mamie Faitai et n’y a-t-elle que trouver des Dioulas et des musulmans ? Enfin, une vidéo est projetée dans laquelle il y a des soi-disant morts recouverts par des draps et des hommes qui creusent un trou. La Représentante des victimes ne se hâte-t-elle pas en déduisant qu’il s’agit d’une fosse commune ? N’est-il pas plus aisé aujourd’hui de le vérifier en allant de nouveau creuser à cet endroit pour en extraire ces soi-disant morts ?
Au total, plusieurs vidéos ont été présentées, mais tout laisse croire que le Procureur et la Représentante légale des victimes, obnubilés par leur désir d’accuser un seul camp, se sont abstenus de se poser les bonnes questions. Tout a été instruit en dépit du bon sens, sans aucune rigueur scientifique, en s’accrochant aux preuves fournies par un camp sans les interroger, ce qui ne permet pas de croire en l’impartialité de la CPI. Pire, la conduite de ce procès et la nature des allégations constituent un danger pour la Côte d’Ivoire qu’il faut dénoncer.

3. Les dangers d'un procès politique inique
Les allégations du Bureau du procureur et de la Représentante légale des victimes contiennent en elles-mêmes les germes d’un grand danger pour la cohésion nationale et la formation de la Nation ivoirienne, de telle sorte que si les Ivoiriens n’y prennent garde, il faut craindre que tout l’édifice national bâti au prix des combats de notre peuple ne s’écroule. Rappelons que la Cour Pénale Internationale est avant tout une cour politique. Pour preuve, citons que Mme Bensouda a dû faire campagne dans les chancelleries des États partie dont le Quai d’Orsay pour pouvoir être élue au poste de Procureur de la CPI. Une telle Procureur peut-elle être au dessus des ordres donnés par les États partie et la diplomatie onusienne des droits de véto ? La preuve de ce caractère politique du procès actuel ne doit-elle pas se voir à travers la poursuite d’un seul camp et le temps que se donne Mme Fatou Bensouda dans ses enquêtes ? En effet, toutes les enquêtes du Bureau du procureur et de la Représentante légale des victimes s’orientent vers un seul camp. La Côte d’Ivoire a pourtant connu une guerre de notoriété publique, et les protagonistes de cette guerre sont connus, d’un côté les rebelles qui ont attaqué un régime démocratiquement élu, et une armée républicaine qui a fait son devoir de défendre l’ordre républicain. Depuis plus de 4 ans, les enquêtes sont menées exclusivement dans le camp du Président vaincu par la coalition des forces rebelles, onusiennes et françaises pendant que les autres forces protagonistes bénéficient des honneurs et de la protection de la République de Côte d’Ivoire et des Institutions internationales. Tout semble avoir été mis en place pour que Laurent Gbagbo et ses partisans soient maintenus hors de la Côte d’ivoire pour laisser Ouattara diriger tranquillement le pays. Tout semble avoir été mis en place pour que la main de la CPI s’abatte sur Laurent Gbagbo et le Fpi pour ne pas qu’ils trouvent un répit quelconque, et que, se débattant dans les filets de la justice cpienne et ivoirienne, ils ne trouvent pas le temps de s’opposer politiquement à l’action néfaste de Ouattara à la tête de la Côte d’Ivoire et à la perte de la souveraineté nationale du pays.

Toutes les allégations se fondent sur le présupposé selon lequel c’est Laurent Gbagbo qui a perdu les élections ivoiriennes. Ni le Bureau du procureur, ni la Représentante légale des victimes ne s’interrogent sur le rôle de la France, des États-Unis, de l’ONUCI et des autorités de l’ONU. Et pourtant toute cette crise est partie des actions de certification et des postures de l’ONU et des pays cités. Pourquoi les résultats du deuxième tour ont-ils été proclamés dans le camp d’un candidat après les 3 jours francs autorisés par la constitution ivoirienne ? Pourquoi ces acteurs n’attendent-ils pas la proclamation des résultats par la Cour constitutionnelle comme ils ont su le faire pendant le premier tour pour certifier le processus électoral ? Ce silence volontaire du Bureau du procureur et de la Représentante légale des victimes ne convint-il pas de leur partialité dans ce procès et des objectifs inavoués poursuivis? Comment ne pas voir à travers cette cécité feinte la volonté de tout un système pour infantiliser l’Afrique et soutenir la thèse de sa mise sous tutelle ? Comment ne pas y voir l’idée que les Africains sont incapables de gouverner leur pays, et qu’il faut les maintenir sous la tutelle de leurs anciens colonisateurs ?

Enfin le procès vise-t-il réellement la manifestation de la vérité et la réconciliation nationale en Côte d’Ivoire ?
Toutes les allégations reprennent en écho toutes les thèses du RDR contenues dans la Charte du Nord selon lesquelles les populations du Nord et les musulmans sont victimes de xénophobie en Côte d’Ivoire. Pourquoi la CPI veut-elle accréditer cette thèse qui met à mal l’unité nationale de la Côte d’Ivoire et dont le régime Ouattara se sert aujourd’hui à travers sa politique de rattrapage ethnique ?

Le procès du Président Laurent Gbagbo a démarré à La Haye les 28 et 29 janvier 2016. Beaucoup a été dit par le Bureau du procureur et la Représentante légale des victimes sans vraiment convaincre. Peut être que les témoins à charge feront mieux en relatant au monde les faits que nous avons vécus en Côte d’Ivoire sans travestir notre histoire. Aux Ivoiriens de savoir raison garder en ne se laissant pas prendre aux jeux inavoués de division et d’inféodation de la Côte d’Ivoire au monde occidental poursuivis le système de la CPI.
Paris le 31 janvier 2016
Roger Gballou
Roger Gballou

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