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24/01/2016

les vœux de la Presse à Ouattara

LE DISCOURS QUI A RAMENÉ LES 800 MILLIONS DE LA PRESSE IVOIRIENNE. MERCREDI 20 JANVIER 2016, PALAIS PRÉSIDENTIEL.
Tiémoko Antoine Assalé


Excellence Monsieur le Président de la République,
Monsieur le Ministre d’Etat, Secrétaire général de la Présidence ;
Madame la ministre de la Communication, porte-parole adjointe du gouvernement ;
Mesdames et Messieurs, membres du cabinet du président de la République,
Monsieur le président du Conseil National de la presse,
Monsieur le Président du conseil de gestion du Fonds de Soutien et de Développement de la presse,
Mesdames et messieurs, chers confrères de la presse nationale et étrangère,

C'est un honneur pour moi de présenter à son Excellence Monsieur le président de la République, tous les vœux les meilleurs pour cette nouvelle année, au nom du Groupement des Editeurs de Presse de Côte d’Ivoire dont le président est en mission hors du pays. C’est un immense honneur parce qu’en nous adressant à Vous Monsieur le Président, nous savons que c'est à la Côte d'Ivoire entière que ces vœux sont adressés.
Le Groupement des Editeurs de Presse de Côte d’Ivoire souhaite pour notre beau pays, tout d'abord la Paix, ensuite un développement réel, des améliorations sensibles des conditions de vie des Ivoiriens les plus défavorisés, des installations sanitaires dignes de ce nom, une justice plus équitable… une lutte sans merci contre les enrichissements illicites et, d’une manière plus générale, tous les bienfaits qu’une nation en voie d’émergence est en droit d’attendre.

Excellence Monsieur le président, permettez nous, puisqu’il s’agit du « Jour » de la Presse aujourd’hui, de profiter de cette occasion pour attirer votre aimable attention sur notre corporation qui éprouve de très grandes difficultés. Chaque année depuis près de cinq ans, dans cette salle, nous avons énuméré les difficultés qui sont les nôtres. Certaines périodes, chacun le sait, sont propices aux difficultés; Vous savez tout particulièrement que la gestion de l'actualité est parfois très délicate au sommet de l’Etat ; nous éprouvons également trop souvent, à notre niveau, ces difficultés récurrentes.
Excellence monsieur le président, l’année dernière, dans cette même salle, pendant votre allocution, vous avez dit, en vous adressant à nous les animateurs du secteur de la presse et je cite: « Pour 2015, votre rôle sera encore plus important. Les journalistes devront faire la démonstration de leur maturité démocratique (…) il faut que chacun de vous puisse aider la Côte d’Ivoire à l’union. L’émergence est à notre portée. Il faut que la croissance puisse profiter aux plus démunis… » Fin de citation.

Excellence Monsieur le Président, l’élection présidentielle d’octobre 2015 s’est déroulée dans une atmosphère si paisible que le monde entier en a été profondément et agréablement surpris. Mais devant cette situation qui constitue une grande victoire pour la Côte d’Ivoire en comparaison à l’élection de 2010 et les suites dramatiques qu’elle a connues, il est important de souligner que la presse ivoirienne a joué un rôle qu’on lui a rarement connu depuis ce que l’on a appelé le printemps de 1990.

Excellence monsieur le président, vous avez demandé à la presse de démontrer sa maturité démocratique, Madame la Ministre de la Communication, notre solide courroie de transmission entre vous et nous, aussi, chaque fois qu’elle en a l’occasion, nous a lancé cet appel. Jamais, depuis son arrivée à la tête de ce ministère important, elle n’a cessé de nous rappeler nos droits mais aussi et surtout nos devoirs. Et ces appels, Excellence monsieur le président, ont été entendus parce que la presse n’a pas monté, au cours de la dernière élection, les ivoiriens les uns contre les autres, elle n’a pas publié des articles mensongers et incendiaires, elle n’a pas donné écho aux propos qui divisent sans raison les Ivoiriens. Pendant la campagne électorale et après le vote, la presse ivoirienne n’a donné aucune raison à quiconque de semer les germes de la discorde et de pousser les ivoiriens à la haine et à l’affrontement. Tout cela n’a été possible que parce que, avec une grande responsabilité, les patrons de presse que nous sommes, avons décidé, toutes tendances éditoriales confondues, le 21 mai 2015, sous le regard de Madame la Ministre de la Communication, porte-parole adjointe du gouvernement, de signer une Charte de bonne conduite afin de mettre fin à un certain nombre de pratiques qui trop longtemps, ont terni l’image d’une corporation qui est pourtant l’un des critères essentiels pour mesurer le degré de démocratisation d’un pays.
Dans la même mouvance, le Groupement des Editeurs de presse a organisé un séminaire de formation pour la couverture de la campagne électorale, pour plus de 100 correspondants régionaux. Et les résultats de cette initiative ont été observés sur le terrain. Nous pensons que cela n’a pas été suffisamment souligné lorsqu’il s’est agi d’énumérer les raisons qui entre autres choses, ont permis d’organiser une élection présidentielle dans une atmosphère si paisible.

Excellence Monsieur le président, de ce qui précède, nous pouvons tirer une légitime fierté mais cela n’a été possible que parce que, sous votre impulsion, le Fonds de soutien et de développement de la presse, a énormément aidé les entreprises de presse avec une subvention à l’impression d’une durée de six mois, sauvant ainsi durant cette période, quasiment 45% de leur chiffre d’affaire ; car la distribution et l’impression, à elles seules, dans ce pays, engloutissent plus de 70% du chiffre d’affaire des entreprises de presse. Quand on ajoute à cela les impôts divers et autres charges sociales (CNPS, Assurances, etc), autant dire que c’est l’enfer au quotidien que nous vivons dans notre volonté d’informer les Ivoiriens.
Dans un tel environnement, comment les journalistes pourraient-ils être mieux payés et faire leur travail dans de meilleures conditions ? *

Excellence monsieur le président, si, en 2014, nous avons bénéficié d’une subvention à l’impression d’une valeur de plus de 800 millions de FCFA, ce qui a donné les résultats que nous savons tous et voudrons vous en remercier au passage, en 2015, la presse n’a bénéficié que d’une subvention à l’impression correspondant à trois demi mois, donc au final, à seulement un mois et demi. Une subvention d’une valeur d’à peine 120 millions de FCFA. De plus de 800 millions en 2014 à moins de 200 millions en 2015, voilà une dégringolade que nos plumes ont du mal à expliquer. Mais un « tiens valant mieux que deux tu l’auras », nous ne cesserons de vous dire merci monsieur le Président, pour chaque acte que vous avez posé pour la presse depuis votre accession au sommet de l’Etat. Cependant, il y a un sujet dans ce pays qui mérite un petit éclairage. C’est celui sur l’aide publique à la presse. Nous voulons aujourd’hui, une fois pour toutes et avec votre permission monsieur le Président, lever une équivoque.

Dans notre pays, quand on évoque la question de l’aide publique à la presse, il y a beaucoup de personnes et non des moindres qui s’étonnent qu’on demande à l’Etat d’aider avec l’argent public, des entreprises privées. Pour ce qui concerne la presse, c’est un raisonnement qui est intellectuellement limité et moralement inacceptable. Parce qu’il conduit inexorablement à se poser de lancinantes questions: Comment peut-on construire une vraie démocratie et atteindre l’émergence sans une presse crédible et responsable ? Est-il simplement possible d’imaginer une société démocratique en paix sans une presse qui informe et informe bien les citoyens sur l’action des gouvernants et les dangers qui menacent la société ? Le droit à une information de qualité et diversifiée ne fait-il pas partie des droits fondamentaux d’un peuple dans un Etat qui se donne pour nom la « République » ?
Excellence monsieur le président, les patrons de presse que nous sommes, savons ce que nous voulons pour la presse et ce que la presse peut apporter à ce pays sur la voie de son émergence.
La question est de savoir ce que nos dirigeants, depuis la naissance de ce pays, veulent pour la presse. Nous savons l’importance que vous accordez vous, Excellence monsieur le président, à la presse, et nul ne peut vous apprendre ce que représente la presse dans les grandes démocraties où vous avez longtemps vécu. Il suffit de voir comment vous traitez nos collaborateurs qui vous accompagnent dans vos tournées pour s’en convaincre.
Mais dans ces grandes démocraties où nous avons l’occasion, nous aussi, de temps en temps de nous rendre, les gouvernants ont défini une politique d’aide claire pour la presse en raison du rôle extrêmement important qu’elle joue dans l’éducation des citoyens aux valeurs démocratiques et à l’éveil des consciences des jeunes générations. La presse joue un rôle d’intérêt public au même titre voire plus que les partis politiques qui sont financés avec l’argent public sans que cela n’émeuve personne. Dans les grandes démocraties, l’aide publique à la presse fait partie de l’héritage républicain et occupe une place de choix dans les politiques des gouvernants.
Excellence Monsieur le président, nous vous prions de faire de l’aide publique à la presse dans ce grand pays qu’est la Côte d’Ivoire, un héritage démocratique et républicain. L’histoire s’en souviendra.
Pour ne pas citer d’exemples vu que nos pays n’ont pas les mêmes moyens, en France, l’aide publique directe et indirecte à la presse privée en 2015 s’est élevée à 820 millions d’euros, soit plus de 537 milliards de FCFA. Il ne s’agit pas de prêt. Il s’agit de l’aide publique à la presse, une pratique républicaine dont l’objectif est de permettre au citoyen d’avoir accès à une information plurielle et de bonne qualité. Pour ne pas citer d’exemple encore, dans ce même pays, la TVA pour la presse est fixée à seulement 2,1%. Et cela est sans compter avec les exonérations diverses sur la distribution, l’impression, la publicité, etc. Les résultats, nous le voyons tous et beaucoup parmi nos dirigeants africains en général, préfèrent accorder des interviews aux médias français qu’aux médias de leur pays. Parce qu’ils considèrent ces médias plus crédibles que ceux de leur propre pays.
Dans ce pays nôtre, vous pouvez envoyer plusieurs messages à un ministre en vous présentant, il ne vous répondra pas. Mais si vous lui dites que vous essayez de le joindre de la part d’un journaliste français ou anglais, dans la seconde qui suit, il vous rappelle. Cette attitude se passe de commentaires…
Ici, lorsque vous évoquez la question de l’aide publique à la presse, certaines autorités vous répondent et je cite: « comment voulez vous qu’on vous donne l’argent public pour nous insulter ?» Ce raisonnement est parfaitement étonnant, surtout qu’il existe un régulateur qui est un organisme public créé justement pour empêcher les dérives et qui s’appelle le Conseil National de la Presse dirigé par un homme dont la rigueur et l’impartialité dans le traitement des journaux ne souffrent d’aucune contestation valable, en dépit des apparences.
Ce raisonnement, Excellence Monsieur le Président, n’est pas un raisonnement émergent. Qui n’a pas vu dans ce pays, les crimes que des citoyens désinformés jusqu’au délire, ont pu commettre au nom d’un idéal qui n’en était pas un réellement ?
Excellence monsieur le président, notre pays est un grand pays et votre ambition est de le hisser au même rang que les pays émergents. Mais est-il seulement possible d’atteindre cette émergence sans la participation d’une population bien informée par des journalistes bien formés qui ne désinforment pas, accablés qu’ils sont par la faim et qui tentent de tromper leur faim en trempant leur plume dans toutes les sauces ?
Depuis quelques temps, une réflexion sur la loi de 2004 sur la presse est engagée. Nous souhaitons que l’aide publique à la presse y soit inscrite comme un acte républicain, un gage de notre volonté de construire une nation avec des citoyens qui comprennent les enjeux de la mondialisation, du vivre ensemble et de la cohésion sociale. Ce ne sera pas de l’argent jeté par la fenêtre mais de l’argent pour entretenir notre démocratie et protéger notre stabilité.
Les résolutions des états généraux de la presse qui ont eu lieu il y a bientôt cinq ans vont sans doute connaitre dans les jours à venir une mise en application, mais cela fait plus de dix ans que nous sollicitons une fiscalité spéciale pour ce secteur spécial qu’est la presse, sans suite, pour le moment. Mais nous ne désespérons pas.

Excellente monsieur le président, il suffit de jeter un coup d’œil sur les dernières statistiques de vente des journaux pour se rendre compte que la presse ivoirienne se meurt. Le distributeur qui a subi d’immenses pertes pendant la crise post-électorale n’arrive pas à se relever et la conséquence directe est que de nombreuses villes du pays sont privées de journaux, malgré la réunification du pays.
Nous faisons ce que nous pouvons, en tant que patrons, pour respecter autant que cela est possible, nos engagements vis à vis de nos employés, notamment dans l’application de la convention collective, pour faire face à nos charges fiscales, etc.
Nous savons que vous avez beaucoup fait pour la presse depuis votre accession au pouvoir. Mais tous ces efforts ne produiront pas l’effet escompté s’ils ne sont pas inscrits dans une politique durable que nul ne peut remettre en cause au gré de ses intérêts politiciens après vous. L’émergence que vous voulez pour notre pays est une vision formidable à laquelle nous adhérons tous. Mais que signifient l’émergence et ses exigences pour des citoyens désinformés par une presse affamée ?
Cette émergence ne pourra pas se faire avec une presse qui rame à contre courant de la politique gouvernementale en couvrant toutes sortes de vols, de corruption, de crimes contre le peuple, parce qu’elle doit mendier pour survivre. Aidez la presse à émerger et l’émergence à l’horizon 2020 aura des fondamentaux qui survivront après votre passage à la tête de l’Etat. Parce que la mémoire d’un Etat, la mémoire d’un peuple, ce sont les écrits et les écrits ne s’envolent pas comme les paroles.
Enfin nous voulons profiter de cette occasion et nous finirons notre propos là-dessus, pour insister sur le fait que, sous votre gouvernance monsieur le Président, la critique constructive ou la dénonciation de diverses actions, parfois sous forme satyrique, est bien une réalité alors que dans un passé récent, pour ces mêmes écrits, les organes de Presse, vivaient avec la peur au ventre.
Soyez remercié, au nom de toute la Presse, de cette liberté qui, quelquefois, nous permet d'écorcher certains de vos collaborateurs. Vous, mieux que d'autres, savez que c'est pour la bonne cause…
Excellence Monsieur le Président, la Presse compte sur Vous pour un avenir moins sombre.
Encore une fois : Nous vous souhaitons nos très bons vœux et une pleine réussite dans vos actions entreprises pour le bien de notre Côte d'Ivoire.
Je vous remercie.
Pour le Bureau Exécutif du GEPCI,
Assalé Tiémoko Antoine
Membre.


* les belles paroles ne suivent pas forcément les actes : un ami FB, vrai journaliste -dans la galère- m'a confié avoir travaillé à L’Éléphant Déchainé, "bénévolement", puisque son salaire n'a jamais été versé ! Il faut juste espérer que le Directeur du journal se souviendra de son pigiste après avoir flatté l'égo de Ouattara et obtenu gain de cause !

12:50 Écrit par Shlomit | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | Pin it! | | |

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