Shlomit
topblog Ivoire blogs Envoyer ce blog à un ami

07/01/2016

Extraits de l'interview de Désirée Douati au sujet des prisonniers politiques

ECHOS DES PRISONNIERS POLITIQUES
Il nous plait de faire régulièrement le point de la situation de nos camarades en prison car ils y sont pour avoir mené le meme combat que nous, celui de faire éclater la vérité et faire régner la justice dans notre pays. C'est avec la présidente de l'association des femmes et familles de détenus d'opinion (AFFDO) dame Desirée DOUATI que nous avons ces échos.
Nous avons pris quelques extraits de son interview accordée au journal "Tribune Ivoirienne".


Desirée Douati: Depuis octobre (2015) dès notre lancement nous avons mené différentes actions sur le plan de la communication. Sur le plan diplomatique nous avons pu rencontrer différentes personnalités. Mais permettez que nous n’en disions pas plus, la diplomatie étant silencieuse. Aujourd’hui sur le terrain nous constatons que des prisonniers d’opinion manquent de prise en charge médicale. Nous constatons que l’Etat de Côte d’Ivoire les a abandonnés à leur sort les prisonniers politiques. Les conséquences sont graves parce qu’aujourd’hui, nous enregistrons près de 100 prisonniers malades et déplorons des morts comme c’est le cas récent de Gnépa Eric. C’est vraiment inacceptable parce que selon le droit pénal ivoirien, lorsqu’une personne est incarcérée, quel que soit son délit, il appartient à l’Etat de la prendre en charge durant toute la période d’incarcération. Mais il s’avère que depuis le 11 avril 2011, nos parents sont incarcérés et livrés à leur propre sort. Cela est incompréhensible Parce que lorsqu’il gèle les comptes et que les personnes ne sont pas prises en charge, elles sont de fait condamnées à mourir ! Aujourd’hui, le constat est clair, plus de la moitié d’entre eux, est malade. Comme exemple de cas grave MR Victorien N’Guessan interné au Chu de Treichville depuis le 7 Décembre 2015 pour une insuffisance rénale. Il a par la grâce de Dieu obtenu la libération le 26/12/2015 mais son cas demeure critique. Il y a donc un réel besoin urgent de solidarité autour de la question des détenus en général. Sur le plan juridique la lenteur de cet appareil est réelle et le droit n’est pas respecté.

Est-ce que vous vous attendiez à une telle ampleur de la situation en octobre au moment de votre lancement ?

D.D: C’est parce que nous en étions conscients de l’ampleur et de la gravité des problèmes que nous avons décidé de créer cette association pour venir en aide aux familles, aux personnes détenues mais surtout pour faire un travail de dénonciation et d’éveil des consciences. Notre objectif, c’est de dénoncer tout ce qui se passe dans les prisons, ce qu’il y a d’anormal, ce qu’il y a d’illégal. Nous sommes donc sur cette lancée…

A vos lamentations vos adversaires d’en face vous rétorquent que vous, vous avez eu la chance d’avoir des parents emprisonnés là où les leurs ont été tués du fait de la crise postélectorale. Que leur répondez-vous ?

- Je dirai que la guerre en Côte d’Ivoire a opposé deux camps. Moi Désirée Douati, j’ai ma tante qui a vu son mari et son dernier fils assassinés sous ses yeux. Qu’est-ce qu’on dira à cette personne ? Il y a des proches de l’actuel pouvoir qui ont assassiné des gens et commis toute sorte d’exaction et qui ne sont pas inquiétés. Nous constatons simplement que la justice n’est pas impartiale. On ne peut pas parler d’un fait qui est la détention abusive et puis nous opposer les victimes d’une crise qui a opposé deux camps. De part et d’autre, il y a eu des victimes. Donc ce n’est pas la réponse à nos préoccupations. La réponse à nos préoccupations, c’est la libération pure et simple de nos parents sans aucune condition. Mais je dis au risque de me répéter que si les emprisonnements sont des actes de vengeance et de représailles, que cela soit dit clairement afin d’éviter des gymnastiques judiciaires.

Et si vous aviez en face de vous le président de la République, que lui diriez-vous ?

- Si j’avais cette opportunité je lui ferai part de toutes nos préoccupations en ce qui concerne le respect des Droits de l’Homme en Côte d’Ivoire. Et je lui demanderai très respectueusement de mettre fin à cette politique répressive afin que notre pays aille de l’avant car il y’a plus de LIBERTE même les greffiers sont emprisonnés parce qu’ils demandent une augmentation de salaire. C’est grave !

Comment vont les cadres de l’ex-régime incarcérés si vous les avez visités ?

- Je commencerai par le ministre Hubert Oulaye qui apparemment se porte un peu bien mais normalement il suit un régime. Et cela m’étonnerait qu’il puisse suivre encore ce régime en étant en prison. Je souhaite qu’on le libère ainsi que tous ses compagnons qui sont des personnes d’un certain rang social, d’un certain âge. Ils ont eu à diriger notre nation, il faut qu’on les libère parce qu’ils ne fuiront jamais la justice et il n’est pas bien de créer une jurisprudence. Une fois en liberté, la procédure pourra suivre normalement son cours. Il ne faut pas toujours attendre qu’il soit mal en point pour les libérer. Par contre nous n’avons pas de nouvelles palpables pour Dr Assoa Adou, Lida Kouassi et Koua Justin qui sont détenus au camp pénal de Bouaké sous un régime très strict. Nous souhaitons qu’ils soient tous libérés.

Actuellement le cas auquel nous faisons face est celui de Galéa Gnahoré et Karembéa Georges. Ils avaient été arrêtés pour atteinte à la sureté de l’Etat, ils ont été par la suite libérés et un autre délit leur a été collé. Celui de tentative d’évasion de la prison de Dimbokro. Cela surprend car cela s’apparente à des délits inventés pour les maintenir en prison.

Il y a également le cas Samba David qui est arrivé à la Maca après 3 mois de torture à la DST et dont nous nous réjouissons du fait que le droit ait été enfin respecté. Mais figurez-vous qu’il y est arrivé avec deux nouveaux chefs d’inculpation. Durant son séjour à la DST aucune nouvelle instruction ne lui a été notifiée.

Cela amène à penser que l’on cherche toujours de nouveaux chefs d’inculpation pour maintenir nos parents en prison. A un moment j’espère que cette oppression prendra FIN. Il faut qu’elle prenne FIN.

A la veille de la nouvelle année le Président a dit accorder la grâce selon l’article 49 aux détenus de la crise post-électorale ? Qu’en pensez-vous ?

- Il est difficile de comprendre le message du CHEF de l’ETAT car la grâce ne concernent que les personnes condamnées et dans notre cas se sont des personnes telle que l’ex première Dame SIMONE EHIVET GBAGBO, le General DOGBO BLE BRUNOT et des anonymes comme MR ZIZA JEAN LOUIS, MR KEIPO MARUS, MR ZOKOU SERI KEVIN ou Mr ADOGONI FRANCOIS condamné à défaut (c’est-à-dire sans avoir vu un juge ou été à un procès) pour ne citer que cela. Si ces personnes condamnées recouvrent la liberté grande sera notre joie. Cependant les personnes qui n’ont pas encore été entendu par un juge d’instruction ou qui sont en détention préventive depuis plus ou moins de 4ans doivent également recouvrer LA LIBERTE.

Est-ce que cette grâce concerne réellement les détenus d’opinion ?

- Nous n’attendons que l’application effective pour être mieux situé. Les années précédentes nous assistions à la LIBERATION des détenus du DROIT COMMUN.
Nous espérons que cette année, nos parents seront concernés.

(In tribune Ivoirienne du 6 janvier 2016)
Fier Ivoiriein Il Affdo-ci Detenus d'Opinion

12:16 Écrit par Shlomit | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | Pin it! | | |

Les commentaires sont fermés.