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14/12/2015

Que deviennent les prisonniers politiques?

LES NOUVELLES DES NÔTRES DANS LES PRISONS DE OUATTARA.

L'Ex détenue politique Désirée Douati, présidente et porte-parole de l'association des femmes et familles de détenus d'opinion de Côte d'Ivoire (Affdo-ci) revient une fois encore à la charge. Dans cette interview, elle demande, tout simplement à Alassane Ouattara, de libérer les prisonniers politiques, pour la dignité humaine.

INTER: Mme la présidente, comment réagissez-vous au décès du prisonnier Kouya Gnépa Eric ?
D.Douati: - Je vous remercie. C’est avec beaucoup de tristesse et de désolation que je vous en parle. Le frere Kouya Eric Gnepa est le quatrième parent que nous perdons depuis que les incarcérations arbitraires et les détentions abusives sévissent dans notre pays. Avec ce décès, il y’a lieu de penser que le pouvoir tue à petit feu les prisonniers d’opinion.
Nos parents sont torturés durant leurs arrestations ou avant d’être mis souvent mandat de dépôt. La preuve en n’est que notre regretté Kouya Eric a succombé aux mauvais traitements subis durant son arrestation où 3 orteils lui ont été ôté.
Le pouvoir refuse de prendre en charge les soins de santé. Détenir un être vivant en prison, bloquer ses avoirs et refuser de prendre en charge ses soins de santé est le conduire à la mort. Je déplore ce fait et je tire la sonnette d’alarme pour interpeller toute la société sur le cas des détenus d’opinion de Côte d’Ivoire. Ce n’est pas un problème de partis politiques. Que l’on ne considère pas ce qui se passe dans nos prisons comme étant un problème du FPI, du PDCI, ou du RDR. C’est une question de conscience nationale. Que tous les ivoiriens comprennent qu’aujourd’hui leurs frères sont en train de mourir dans les prisons de la Côte d’ivoire pour des raisons d’opinion.

Selon vous, les arrestations arbitraires continuent-elles ou ont elle prit fin en Côte d'Ivoire ?
- Je vous affirme que les arrestations continuent bel et bien en Côte d'Ivoire. Pas plus tard qu'après les attaques d'Olodio dans la sous-préfecture de Grabo, sept(7) personnes ont été arrêtées et elles sont internées à la Direction de la surveillance du territoire.
C'est l'occasion pour moi de dénoncer que la Dst continue d’être un camp de tortures. Samba David qui a été condamné à six (6) mois de prison y es également. MR Kouamé Richmond, qui a été arrêté lors de la dernière marche de la Coalition nationale pour le changement (Cnc) à son domicile, a été torturé à la Dst pendant un mois avant d'être conduit à la Maca. Lorsqu'il raconte tout ce qu'il a vécu à la Dst, nous sommes choqués que dans notre pays, des citoyens soient soumis à des pratiques inhumaines. On ne peut se taire sur le fait que la Dst soit un camp de tortures. C'est pourquoi, nous interpellons le Chef de l'Etat sur cette question. Il est le président de tous les Ivoiriens, il faut qu'il pose des actes allant dans le sens de la réconciliation et surtout dans le sens du respect des droits de l'homme. Il faut que la Côte d'Ivoire devienne véritablement un Etat de droit.

Pouvez-vous nous décrire comment ces 7 personnes ont-elles été arrêtées après l'attaque de Olodio ?
- Nous confirmons qu'il y a eu 7 personnes qui ont été arrêtées après l'attaque de Olodio et sont internées à la Dst. Les méthodes de la Dst sont connues en matière de tortures. Etre à la DST ou dans un poste de police au-delà du délai légal est une atteinte aux droits des personnes qui s’y trouvent. Les personnes qui s’y trouvent y sont depuis plus de 72 heures ce qui correspond à une violation des droits humains.
Je vais prendre l'exemple de l'étudiant qui a été arrêté à Olodio et qui illustre l’arbitraire. Cet étudiant revenait de la gare où il était allé retirer de l'argent. Une fois à l’entrée de sa maison il a été interpellé par les forces de l'ordre. Il ne savait même pas de quoi les gens parlaient lorsqu'il a été arrêté et emmené sous le regard impuissant des membres de sa famille. Cela n’est pas un cas isolé malheureusement. Au total 7 personnes sont concernées.
C'est de cela que nous parlons. Les arrestations sont arbitraires. C'est de cela que les Ivoiriens sont victimes depuis le 11 avril 2011, il n'y a que des arrestations arbitraires. C'est vraiment dommage. L’observation attentive des cycles attaques-arrestations montre que les attaques coïncident toujours avec les rumeurs de libération de prisonniers. Alors l’on est fondé de se demander s’il n’y a pas une forme d’auto-attaque pour engager de nouvelles arrestations et légitimer la prolongation des détentions de personnes déjà incarcérées. Car cette coïncidence est curieuse et ne peut être fortuite. Dans ce cas, il faut démasquer et dénoncer les mains obscures qui tirent sur les ficelles.

Justement qu'attendez-vous du président de la République, Alassane Ouattara qui , ces derniers jours, a engagé des consultations avec les chefs traditionnels, les guides religieux et la Conariv ?
- J'aimerais simplement interpeller le président de la République sur la question des droits de l'homme et sur celle des détenus politiques. Lorsqu’il dit qu'il n'y a pas des détenus politiques, ce n'est pas juste. Il y a bel et bien des détenus politiques. Il faut qu’un acte concret soit posé. Celui de libérer tous les détenus politiques sans aucune condition.

Croyez-vous à une grâce présidentielle comme le préconisent les chefs traditionnels et les guides religieux quand on sait que la plupart des détenus n'ont pas encore été jugés ?
- On ne peut pas accorder la grâce présidentielle à quelqu'un qu'on n'a pas encore jugé or nous savons que sur plus de 400 prisonniers d’opinion, 80 pourcent n’ont été encore jugé et ils sont donc en détention préventive depuis plus de 4 ans pour la majorité. Je pense que quand les chefs religieux et les chefs traditionnels, en parlant de graĉe présidentielle, ils font certainement allusion à ceux qui ont été déjà jugés, notamment le Général Dogbo Blé et lors du procès en Assises avec l'ex Première dame, Simone Gbagbo.
La lutte de l’AFFDO-CI va au-delà des personnes connues. L’AFFDO-CI parle aussi des personnes anonymes et demande leur libération. L’AFFDO-CI souhaite une libération provisoire comme ce fut le cas pour MM. ABOUDRAMANE SANGARE, Pascal Affi N'Guessan, Alphonse Douati, Michel Gbagbo et autres, il y a deux ans.

Avez-vous des nouvelles fraîches des prisonniers tels que Dano Djédjé, Assoa Adou, Koua Justin et autres ?
- Je tiens à préciser que l’association que je dirige est apolitique. Le Ministre Dano Djédjé commence à mieux se porter par la grâce de Dieu même si son état nécessite encore une surveillance médicale. Le concernant, j’apprécie le fait que l'Etat de Côte d’Ivoire prenne en charge ses soins de santé.
Ce qui n'est malheureusement pas le cas pour les personnes dites anonymes. Et nous pensons qu’il faut éviter de chercher le profit médiatique en ne s’occupant que des personnalités publiques incarcérées. Il faut respecter le droit à vie de tous les détenus en n’abandonnant pas les détenus anonymes comme si eux avaient droit à la mort.
Les Ministres Assoa Adou et Lida Koussi sont détenus au Camp pénal de Bouaké. Ils y sont détenus avec MM. Koua Justin, et bien d'autres anonymes tel que Adohi Samsun, Clark Guiro, Ake Atse Edmond. Malgré les difficultés de communiquer avec eux pour des raisons de restrictions adoptées par les autorités, les informations dont, nous disposons nous amènent à penser que leur santé est bonne.
Cependant il faut que le président de la République LIBERE toutes les personnes incarcérées pour leur opinion supposée. Ils doivent être libres pour aérer le processus de paix et de réconciliation nationale souhaité par TOUS. Il faut que chacun apporte sa pierre à l'édifice. C'est pour cela que nous souhaitons, de tous nos vœux, leur libération avant la prochaine fête de Noël afin que les personnes détenues depuis 2011 pour certains puissent fêter avec leur famille. Le seul cadeau de Noel qu’il puisse offrir aux enfants des détenus est La libération des pères ainsi que de PEHE Alida, la seule femme détenue à part Simone Gbagbo.

Vous qui allez régulièrement à la Maca, que pouvez-vous nous dire sur la récente évasion ?
- J'ai appris comme tout le monde dans la presse qu'il y a eu des évasions à la Maca. Je n'ai rien à dire parce que notre association ne s'occupe que des personnes détenues pour des raisons politiques ou opinion supposé. Les personnes qui se sont évadées sont des détenus de droit commun. Aucun détenue d’opinion n’a cherché à s’évader et n’a d’ailleurs cette intention. Le détenu d’opinion décédé dans cette période n’a rien à voir avec l’évasion contrairement à ce qui se raconte. Je n’ai pas d’approche avec eux. Je ne connais pas leur situation, je ne serai à même de donner un point de vue sur quelque chose que je ne connais pas.

Vous êtes la présidente et porte-parole de l'association des femmes et familles de détenus d'opinion de Côte d'Ivoire. A quelques jours de la fête de la Noël, quel est véritablement le message de votre association ?
- Le message de l'association est simple. Pour la dignité humaine, nous demandons au président de la République, Alassane Ouattara, de libérer nos parents incarnés pour leur opinion politique ou supposée.

Quel message avez-vous à l'endroit aussi de la communauté internationale ?
- Avant de répondre à votre question permettez-moi de remercier la Représentante Spéciale du Secrétaire Générale de l’ONU en Côte d’Ivoire MME Aichatou Midaoudou. Remercier également la division des droits de l’homme de l’onuci pour leur disponibilité à nous recevoir et nous écouter à chaque fois que nous le sollicitons.
Ensuite je voudrais interpeller toute la communauté internationale sur le fait que les prisonniers sont en train de mourir dans les prisons du fait des mauvaises conditions de détention et du non-respect de leur droit de nombreux détenus sont malades.
A la prison de Séguéla, tous les détenus au nombre de seize (16) sont malades.
A Katiola, il y a une épidémie qui est en cours. Je ne sais pas le nom puisqu'ils n'ont pas droit à la visite de medecins. Les peaux des dix (10) détenus de Katiola sont couvertes de plaies.
A Bouna, tous les quinze (15) détenus sont également malades. Ils souffrent de l'hypertension, d'insuffisance rénale et de Béri-béri. Cette maladie avait disparu mais est revenue suite à la malnutrition.
A Boundiali, les quinze (15) prisonniers sont tous atteints d'insuffisance rénale et sont sans soins de santé. Idem pour le huit (8) prisonniers de Dimbokro, les 15 de Bouna et les sept (7) de Toumodi.
A la Maca, il est difficile de donner un nombre parce que de nouveaux prisonniers y arrivent à tout moment et l’état de leur santé se dégrade de jours en jours.
Le détenu N’Guessan N’Guessan Victorien arrêté le 01/03/2013 est en ce moment hospitalisé au chu de Treichville sans aucune assistance de l’état. Pour ce prisonnier malade, notre association a sollicité des personnes de bonnes volontés qui interviennent selon leurs moyens qui sont forcément limités. Les autorités doivent agir au plus vite pour éviter un autre décès.
Il y a aussi des Frci qui y sont détenus parce qu’ils ont protesté pour les salaires impayés. Nous demandons également leur libération car ils sont des détenus pour avoir revendiqué leur DROIT cela s’apparente à un délit d’opinion.
Environ 500 citoyens sont détenus pour leur opinion. Je fais un plaidoyer auprès de la communauté internationale et de toutes les organisations de défense des droits de l’Homme en particulier la division des droits de l’homme de l’ONUCI. Je les exhorte à nous aider à aboutir à la LIBERATION DE TOUS LES DETENUS D’OPINION DE COTE D’IVOIRE.
( Extrait de l'interview réalisée par Cyrille DJEDJED pour L'INTER de ce 14 décembre 2015)
Fier Ivoiriein

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