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16/04/2012

Le Protecteur

Alassane Ouattara dans la tourmente


1302342176.gif« Je veux que les Ivoiriens soient jugés en Côte d'Ivoire (...) Ma préférence, c'est de juger nos compatriotes ici (…) Moi, j'ai préféré les juger ici(…), Je veux protéger les Ivoiriens (…). (Alassane Ouattara, lors d’une interview télévisée avec la Rti1 et Frat-Mat.)

En d’autres circonstances, nous aurions salué cette volonté de Monsieur Ouattara de vouloir enfin protéger les ivoiriens, mais… A bien y regarder de près, ces propos soulèvent quelques interrogations auxquelles nous avons voulu apporter quelques réponses.

La première: Pourquoi ce changement soudain de langage ? Car il était en effet question au tout début de laisser la justice internationale juger tous les ivoiriens auteurs de crimes de guerre, crimes contre l’humanité, au détriment de la justice ivoirienne que l’on a estimée incompétente. La deuxième: Pourquoi, alors que nous savons tous que des partisans de Ouattara figurent bel et bien sur la ‘’liste noire’’ de la Cour Pénale Internationale (CPI), ce dernier n’a-t-il pas encore mis tout en œuvre pour leur arrestation et leur transfèrement à la Haye, comme ce fut le cas pour Laurent Gbagbo, pour qui Ouattara est allé jusqu’à affréter son avion présidentiel ? Les faits sont là, indéniables: aucun de ses ‘’seigneurs de guerre’’ et complices n’est inquiété jusqu’à aujourd’hui. Mieux, dans ses propos, lui et celui de ses partisans considèrent cette armée de rebelles comme des « combattants de la liberté » ou encore comme des « libérateurs de la Côte d’Ivoire ». Alors en fait, qui donc Ouattara veut-il protéger en renonçant finalement à faire recours à la CPI ?
En voici encore une autre: qui sont ceux que Ouattara souhaite protéger, alors que les agissements de son régime contribuent à dégrader les conditions de vie des ivoiriens, les rapprochant ainsi de jour en jour plus près de la tombe ?

Sachez, pour ce faire, que pendant la guerre post-électorale, toutes les régions de la Côte d’Ivoire n’ont pas été touchées de la même façon. Un bref aperçu sur la carte, montre que seules les régions de la zone sud et celles situées plus à l’ouest ont été gravement atteintes. C’est aussi là que se concentre le plus grand nombre de crimes, d’exactions, de tueries, de tous genres, et ce, même après la guerre d’Abidjan, à l’issue de laquelle Ouattara s’est arrogé le pouvoir. Le génocide de Duékoué en est l’exemple le plus marquant. Et les témoignages ne manquent pas : des crimes ont été perpétrés par les Frci, l’armée d’Alassane Ouattara, ce n’est un secret pour personne. Pire, depuis bientôt plus d’un an qu’il est arrivé au pouvoir, le pays tout entier est pris dans une spirale de violences et d’insécurité galopantes ; dans des d’affrontements communautaires, entre les Frci et les populations civiles…,sans que le mentor du Rdr ne puisse rien y faire, malgré ses quelques décisions qui au demeurant, restent lettres mortes. N’a-t-il pas avoué lui-même, au détour de cette interview télévisée, son impuissance à maîtriser ces milliers de combattants enrôlés dans son armée de Frci ? Une situation sécuritaire alarmante et les propos d’un chef d’Etat, à mêmes d’inquiéter au plus haut point ses administrés, voilà comment Ouattara envisage protéger les ivoiriens.

En marge de la question sécuritaire, il existe aussi la question sociale. Elle aussi non moins préoccupante. Ouattara veut protéger les ivoiriens, mais de quels ivoiriens s’agit-il ? Lorsqu’on lui pose la question de savoir pourquoi, depuis son arrivée au pouvoir, il ne fait que la promotion des gens du nord, l’homme répond : « Ce n’est qu’un rattrapage (…) ». Ici, le rattrapage ethnique s’entend bien sûr, privilégier un certain groupe ethnique au détriment des 59 autres ethnies que regorge la Côte d’Ivoire.

Qui d’autre protège t-il, sinon ses ministres et collaborateurs trempés dans des scandales financiers et des bévues administratives et qu’il se complaît à reconduire et à rétribuer sur le dos des contribuables ivoiriens, pendant que nous assistons au calvaire des fonctionnaires ivoiriens qui voient du jour au lendemain leurs salaires diminuer de près de 5000 F CFA, du fait d’une décision unilatérale d’augmenter l’âge de départ à la retraite, lorsque parallèlement, le coût de la vie, lui ne fait que grimper ? Ces fonctionnaires qui ne peuvent nier la nette différence du temps de Laurent Gbagbo, avec qui ils ont connu des augmentations significatives de salaires et la revalorisation de leurs emplois, n’aurons certainement, avec Ouattara, que leurs yeux pour pleurer !

Qui protège t-il enfin, quand les enfants des plus nantis continuent allègrement leurs études universitaires à l’étranger et quand plusieurs générations de nos jeunes sœurs et frères étudiants sont laissés pour compte ?

Dans ce contexte très amer, nous nous étonnons quelques fois du silence des syndicats, de la société civile et des organisations des droits de l’homme. Des structures naguère si promptes à soulever la hache de guerre ! Aujourd’hui, comment interpréter cette léthargie ? Plusieurs rasions peuvent être évoquées : soit, les ivoiriens n’ont pas encore pris la pleine mesure de ce qui se trame, soit ils approuvent entièrement les conditions qu’ils subissent, soit ils sont tout simplement habités par la peur.

La dernière nous semble la plus plausible, au regard des machinations du régime Ouattara. Pour un régime installé aux forceps des armes françaises, ayant du coup foulé au pied la légitimité du peuple ivoirien, Ouattara cherche visiblement et par-dessus tout, à protéger son régime et donc à le ‘’verrouiller’’. Avec toutes ces arrestations arbitraires, ces emprisonnements, ces enlèvements, qui sont désormais monnaie courante ; et l’injonction faite ces derniers temps, à tous ceux qui possèdent une connexion internet ou une carte Sim sur le territoire ivoirien, de se faire formellement identifier, les risques que les libertés individuelles soient menacées s’accentuent, bien plus qu’elles ne le sont déjà. Pour tout dire, Alassane Ouattara désire d’abord et avant tout, se protéger, lui et son régime. Ensuite, protéger ses partisans et complices coupables de basses besognes. Quant au reste des ivoiriens, il peut leur dire : « allez voir ailleurs si j’y suis ! ». Voilà tout le sens de cette phrase, sortie droit de la bouche d’Alassane Ouattara et qui se traduit au quotidien dans les faits. Ivoiriens, ivoiriennes, vous êtes donc avertis. Votre protection ne se trouve nulle part ailleurs, sinon entre vos propres mains.

source : Marc Micaël
abidjandirect.net

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